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Mobilisation du 17 octobre : la bascule — Transcript

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  1. 0:06Salut et bienvenue sur Mediapart.
  2. 0:09Les colères ne retombent pas, elles s’agrègent.
  3. 0:11Le 17 octobre, elles ont convergé
  4. 0:13dans une journée de mobilisation massive.
  5. 0:16En l’absence de réponse politique apportée aux revendications
  6. 0:19des manifestants, le gouvernement mise sur les gaz lacrymogènes, les matraques
  7. 0:23et les grenades, qui continuent de mutiler.
  8. 0:25Samedi, ces mêmes forces de l’ordre se sont retrouvées impuissantes
  9. 0:27face au pillage des commerces, à l’incendie d’une mairie,
  10. 0:30dont les images éclipsent les revendications
  11. 0:33et les graves blessures des manifestants.
  12. 0:35Un aveu d’échec du gouvernement,
  13. 0:37qui mêle sa voix à celle de l’extrême droite pour fabriquer
  14. 0:40un coupable désigné d’avance, La France insoumise,
  15. 0:43quitte à orienter les notes de ses services de renseignement.
  16. 0:46Autres coupables désignés, les immigrés,
  17. 0:48ou désignés comme tels par le RN et une partie de la droite
  18. 0:51qui laissent libre cours à un racisme de plus en plus débridé
  19. 0:54dans une forme d’indifférence politique.
  20. 0:57Le 17 octobre marque une bascule sociale,
  21. 1:00insurrectionnelle, peut-être, et assurément politique.
  22. 1:03Bienvenue dans « À l’air libre ».
  23. 1:12« À l’air libre » est disponible gratuitement sur YouTube et en podcast.
  24. 1:16Si vous le pouvez, abonnez-vous à Mediapart
  25. 1:18pour faire vivre cette émission et faire vivre toutes nos enquêtes.
  26. 1:21Avec nous aujourd’hui, des invités qui, à différents titres,
  27. 1:25ont presque tous été dans la rue le 17 octobre.
  28. 1:28Sarah Bennani, vous êtes présidente et cofondatrice de Jeunesse Populaire,
  29. 1:32une organisation créée après la dissolution pour inciter
  30. 1:36les jeunes des quartiers populaires à s’engager en politique.
  31. 1:39David Libeskind, vous êtes membre de la coordination des Gilets jaunes,
  32. 1:44qui a co-organisé la journée du 17 octobre,
  33. 1:47et vous êtes aussi avocat.
  34. 1:48Coppélia Moreau, vous êtes membre du comité de mobilisation Interfac.
  35. 1:52Vous êtes aussi membre du NPA-Révolutionnaires
  36. 1:55et vous êtes étudiante en 2e année de master d’anthropologie à Nanterre.
  37. 1:59Margot Pugliese, vous êtes avocate pénaliste
  38. 2:02et vous êtes membre de Flagrant Déni, qui est une ONG qui milite
  39. 2:05pour les droits des victimes de violences policières.
  40. 2:08À côté de vous, Fabien Truong.
  41. 2:09Vous êtes sociologue, enseignant à l’université Paris-VIII
  42. 2:12et vos travaux portent notamment
  43. 2:14sur la jeunesse des quartiers populaires.
  44. 2:15Votre dernier ouvrage s’appelle « Terrain vague »
  45. 2:19et c’est aux éditions de l’EHESS.
  46. 2:22On voit la couverture qui s’affiche.
  47. 2:24Avec nous également aujourd’hui, deux élues.
  48. 2:27Lucie Castets, vous êtes maire écologiste
  49. 2:29du 12e arrondissement parisien et vous avez été celle
  50. 2:32que le Nouveau Front populaire avait choisie comme Première ministre
  51. 2:35après les législatives anticipées de 2024.
  52. 2:38Alma Dufour va nous rejoindre dans peu de temps,
  53. 2:41députée insoumise de Seine-Maritime, qui a également été Gilet jaune.
  54. 2:45Et enfin, deux journalistes de Mediapart avec nous.
  55. 2:47Camille Polloni, tu travailles au service enquêtes
  56. 2:50et tu es spécialiste police-justice,
  57. 2:52où tu documentes notamment les affaires de violences policières.
  58. 2:55Pierre Jequier-Zalc, tu es journaliste au service économie et social
  59. 2:59de Mediapart, où tu travailles notamment sur les mouvements sociaux,
  60. 3:02et tu as particulièrement suivi ce mouvement
  61. 3:04depuis les premiers blocages lycéens.
  62. 3:06Merci à vous toutes et tous d’être avec nous
  63. 3:08sur ce plateau aujourd’hui.
  64. 3:10Alors, il y a plein de leçons à tirer sur cette journée de samedi dernier.
  65. 3:14Mais d’abord, on va refaire un point rapide
  66. 3:16pour faire un peu le bilan et essayer
  67. 3:18de rappeler ce qui s’est passé dans cette journée du 17 octobre.
  68. 3:21Une journée, donc, de convergence des luttes
  69. 3:24qui a rassemblé 550 000 personnes selon la police,
  70. 3:27800 000 selon les organisateurs.
  71. 3:29D’un côté, des cortèges massifs, joyeux,
  72. 3:32qui ont défilé partout en France dans le calme.
  73. 3:34Des étudiants, des lycéens, des Gilets jaunes,
  74. 3:37des slogans aux revendications très diverses sur l’éducation,
  75. 3:40sur la vie chère, sur le climat et j’en passe.
  76. 3:43On voit ici, sur les images de Laura Wojcik, celles et ceux
  77. 3:46qui ont pu rejoindre la manifestation parisienne dans une ambiance festive.
  78. 3:49Ces images-là ont moins fait la une, mais il faut le rappeler aussi,
  79. 3:53l’immense majorité des manifestants a défilé dans la joie.
  80. 3:56Et on retient notamment cette image de la statue de Marianne,
  81. 3:59place de la République, habillée d’un gilet jaune
  82. 4:02dénonçant les mutilations de lycéens.
  83. 4:04Sur cette même place, un peu plus tôt, avant le début de la manifestation,
  84. 4:08les premiers arrivés se sont fait nasser et gazer,
  85. 4:11obligeant les manifestants à s’éparpiller dans les rues adjacentes
  86. 4:14pour tenter de rejoindre le cortège.
  87. 4:16On voit ici l’orchestre du Nouveau Monde qui a dû interrompre son concert
  88. 4:20sous l’effet des grenades lacrymogènes.
  89. 4:22Un journaliste de Blast a également été blessé.
  90. 4:24Et tout au long de la journée,
  91. 4:26des images de violences policières ont tourné sur les réseaux sociaux.
  92. 4:29Des images de manifestants matraqués au sol.
  93. 4:32À Saint-Étienne, un jeune de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade.
  94. 4:36À Mulhouse, une jeune fille,
  95. 4:38également âgée de 17 ans, a perdu son œil.
  96. 4:40Deux hommes sont morts ce week-end à Paris.
  97. 4:44Des enquêtes ont été ouvertes pour recherche des causes de la mort.
  98. 4:48Et puis, il y a eu ces scènes de pillage de grands magasins de luxe,
  99. 4:51de téléphonie, des commerces alimentaires.
  100. 4:53Plus de 3 000 en tout auraient été touchés ce week-end.
  101. 4:56Plusieurs mairies ont été dégradées, à Lille, à Marseille,
  102. 4:59et celle de Limoges a été détruite dans un incendie.
  103. 5:01Alors, face à l’absence de réponse politique du gouvernement,
  104. 5:04la coordination des Gilets jaunes a déjà lancé un appel à la mobilisation
  105. 5:08pour un acte II samedi prochain.
  106. 5:09Hier, des couvre-feux ont été instaurés dans plusieurs villes.
  107. 5:13Et à Lyon, alors que les manifestations étaient interdites,
  108. 5:16des néonazis ont défilé dans le centre
  109. 5:18aux cris de « La rue, la France nous appartient »
  110. 5:22sans être visiblement interpellés par les forces de l’ordre.
  111. 5:27Sarah Bennani, la première question est pour vous.
  112. 5:30On a vu plein d’images de cette journée.
  113. 5:33J’ai envie de vous demander d’abord :
  114. 5:34laquelle vous retenez, vous, de cette journée du 17 octobre ?
  115. 5:38C’est vrai que revoir les images, ça nous remet à samedi.
  116. 5:42Nous, on a eu la possibilité de défiler avec l’Union étudiante.
  117. 5:45C’est un choix qu’on a fait d’appeler
  118. 5:47dans ce cadre organisé et autorisé par la préfecture,
  119. 5:52parce qu’on ne voulait pas mettre en danger nos jeunes
  120. 5:54et on voulait aussi leur permettre d’avoir un espace sur lequel manifester.
  121. 5:58Évidemment, on a envie de retenir ces images-là de samedi,
  122. 6:02qui sont pour moi, et je pense que vous l’avez très justement dit,
  123. 6:05un exemple parfait de la convergence des luttes.
  124. 6:08On en rigolait dans les slogans, mais les gens, ils étaient à la fois là
  125. 6:11pour le prix du pass Navigo, pour Mon Master ou Parcoursup.
  126. 6:16Et en fait, de voir autant de personnes qu’on ne voit pas en manifestation,
  127. 6:21des jeunes de quartiers populaires, des jeunes racisés,
  128. 6:24des jeunes minorisés, et qui, en plus, sont confrontés
  129. 6:27au danger réel de la répression policière,
  130. 6:30évidemment, ça fait chaud au cœur
  131. 6:31et c’est le genre d’image qu’on veut retenir.
  132. 6:33Alors, justement, avant d’aborder tout ce qui s’est passé,
  133. 6:36j’aimerais qu’on revienne sur les revendications de ce mouvement,
  134. 6:38parce qu’elles ont été largement éclipsées depuis samedi.
  135. 6:43Est-ce qu’elles ont évolué, ces revendications, Coppélia Moreau,
  136. 6:46depuis samedi, où on a justement observé
  137. 6:48cette convergence des luttes dont parlait Sarah Bennani ?
  138. 6:51Oui, parce qu’en fait, il y a eu l’arrivée, l’entrée en scène
  139. 6:54dans cette manifestation de travailleurs et de travailleuses.
  140. 6:57Comme ce qui a été dit, c’est qu’en fait,
  141. 7:00c’était des travailleurs de ville urbaine qui sont arrivés,
  142. 7:04des jeunes issus de l’immigration, mais qui sont aussi
  143. 7:07des chauffeurs VTC, des intérimaires.
  144. 7:10En effet, ce n’est pas forcément
  145. 7:11un public qu’on voit toujours en manifestation.
  146. 7:13Et donc, ça permet aussi, en effet, aux revendications de se lier.
  147. 7:17C’est un combat, de toute façon, une colère qu’on partage toutes et tous,
  148. 7:19parce qu’aujourd’hui, ce qui se joue, c’est à la fois le manque de moyens
  149. 7:22dans l’éducation nationale, dans l’enseignement supérieur, etc.,
  150. 7:25mais c’est aussi la question des salaires.
  151. 7:27Aujourd’hui, ce n’est pas 200 euros qui manquent à la fin du mois,
  152. 7:29c’est 600 ou 700 euros.
  153. 7:30C’est ça, aujourd’hui, qui est posé.
  154. 7:32La question des licenciements.
  155. 7:33Comment expliquer qu’il y ait autant de plans de licenciement en France ?
  156. 7:36Et donc, tout ça, c’est des trucs qui lient la jeunesse,
  157. 7:39le monde du travail, les travailleurs et les travailleuses,
  158. 7:41pour construire ensemble une greffe sur toutes ces questions-là.
  159. 7:44Et puis, je retiens, en effet, à la fois le nombre,
  160. 7:46mais aussi que le gouvernement essaye de...
  161. 7:48L’État se durcit, en fait.
  162. 7:50Parce que, là, c’est ce que vous dites,
  163. 7:51état d’urgence, couvre-feu,
  164. 7:53les hélicoptères et tout, les interpellations.
  165. 7:55Je crois qu’il y a eu plus d’interpellations
  166. 7:57que dans les manifestations des Gilets jaunes.
  167. 7:59En fait, là, l’État se durcit. Pourquoi ?
  168. 8:01Parce qu’en fait, il veut esquiver
  169. 8:02le fait de répondre justement sur ces revendications.
  170. 8:05Alors, David Libeskind, vous êtes, je le rappelle, Gilet jaune.
  171. 8:08C’est un mouvement qui avait fini par s’éteindre en 2020.
  172. 8:11Aujourd’hui, vous êtes de nouveau dans la rue
  173. 8:13aux côtés des étudiants, des lycéens.
  174. 8:15Est-ce qu’on est, avec ce mouvement,
  175. 8:18dans un moment de bascule vers quelque chose d’insurrectionnel ?
  176. 8:21C’est un mot qu’on entend beaucoup.
  177. 8:23Alors, j’aimerais dire au préalable qu’on a quand même réussi
  178. 8:26quelque chose que les Gilets jaunes n’avaient pas réussi,
  179. 8:29qui était la convergence.
  180. 8:30On avait quand même réussi la convergence
  181. 8:33avec Extinction Rebellion à l’époque, puisqu’on avait fait une action.
  182. 8:36C’était la prise du centre commercial Italie Deux.
  183. 8:39Donc, c’était la réelle convergence.
  184. 8:41Aujourd’hui, la colère monte.
  185. 8:43Et donc, on a réussi une convergence.
  186. 8:46C’est-à-dire que vous avez vraiment toutes les strates de la société.
  187. 8:49Il y a eu un appel qui a été fait par un jeune Gilet jaune le 17 octobre.
  188. 8:54Ensuite, on a eu le mouvement des lycéens et étudiants
  189. 8:56qui s’est joint, en fait, à cet appel.
  190. 8:59Vous avez également la CGT.
  191. 9:00Il faut quand même le souligner. Ça reste un syndicat représentatif.
  192. 9:04Il n’est pas dans les habitudes de la CGT d’appeler
  193. 9:07à rejoindre un mouvement qu’elle-même n’a pas initié.
  194. 9:11Donc, ça reste quand même un fait exceptionnel.
  195. 9:13Est-ce qu’on est dans un stade insurrectionnel ?
  196. 9:16Effectivement, lorsqu’on voit les images,
  197. 9:18en tout cas, colportées par les médias mainstream,
  198. 9:21si j’ose dire, évidemment, on a le sentiment,
  199. 9:24ceux qui regardent, les spectateurs, on a le sentiment qu’on est
  200. 9:27dans un stade insurrectionnel, voire pré-révolutionnaire,
  201. 9:31compte tenu des violences,
  202. 9:32compte tenu des vitrines qui sont cassées, etc.
  203. 9:35Mais ce que je voudrais dire à ce propos : peut-être.
  204. 9:38Je pense qu’on est dans un stade pré-révolutionnaire,
  205. 9:40mais depuis le mouvement des Gilets jaunes.
  206. 9:42Mais s’il y a eu autant de casse, s’il y a eu des violences
  207. 9:45de part et d’autre, c’est la faute de qui ?
  208. 9:46En fait, il faut chercher le responsable.
  209. 9:48C’est la faute de la préfecture de police de Paris.
  210. 9:51Parce que nous, en fait, on avait réussi une convergence
  211. 9:54sur le trajet de la manifestation qui était Opéra Bastille ou...
  212. 10:01Comment dire ?
  213. 10:03C’était quelle place ?
  214. 10:05— De la Bourse. — Voilà.
  215. 10:07Soit Opéra Bastille, ou soit arrivée à place de la Bourse.
  216. 10:10On était tous d’accord, même la CGT. Tout le monde était d’accord.
  217. 10:14Les organisations lycéennes, les organisations étudiantes.
  218. 10:17Et la préfecture avait donné son accord pour le départ place de la Bastille
  219. 10:22lors du dernier round de la négociation, vendredi.
  220. 10:25La préfecture a décidé qu’on devait arriver à place de Clichy,
  221. 10:29ce que nous avons refusé, puisque l’objectif, c’était quand même
  222. 10:32de manifester plus à l’ouest de Paris.
  223. 10:34Et sachant que la place de Clichy est une toute petite place
  224. 10:37qui n’aurait pas pu contenir l’ensemble des manifestants.
  225. 10:40Donc, s’il y a eu des violences de part et d’autre,
  226. 10:42s’il y a eu de la casse,
  227. 10:44c’est la faute de la préfecture qui, en fin de compte, n’a pas voulu
  228. 10:47nous donner le trajet que nous avions initialement proposé.
  229. 10:51La stratégie du maintien de l’ordre est aujourd’hui très contestée.
  230. 10:54On va essayer d’y voir plus clair. Parce qu’on a vu, d’un côté,
  231. 10:57une répression extrêmement forte des manifestants, on l’a dit,
  232. 11:00deux jeunes de nouveau mutilés par des grenades,
  233. 11:02et de l’autre, une police totalement dépassée
  234. 11:06par des scènes de pillage, de dégradations.
  235. 11:09Tu as enquêté, Camille, pour Mediapart, sur cet échec
  236. 11:12de la stratégie du maintien de l’ordre qui a été déployée le 17 octobre.
  237. 11:16Y voit-on un peu plus clair sur ce qui n’a pas fonctionné,
  238. 11:18notamment du côté des services de renseignement ?
  239. 11:20C’est sûr que les services de renseignement ont été
  240. 11:22beaucoup critiqués, parce qu’il leur a été reproché
  241. 11:25un manque d’anticipation.
  242. 11:26Ce qu’on peut dire là-dessus,
  243. 11:28c’est que le renseignement territorial avait, ça, c’est sûr, sous-estimé
  244. 11:32le nombre de manifestants qui allaient défiler partout en France.
  245. 11:35Pas à Paris, puisque précisément, leur zone,
  246. 11:37c’est tout ce qui ne concerne pas Paris,
  247. 11:38qui est géré directement par la préfecture de police.
  248. 11:41Donc, ils avaient anticipé entre 80 000
  249. 11:43et 110 000 manifestants hors Paris.
  250. 11:46Et en réalité, il y en a eu au moins 550 000, dont 110 000 à Paris.
  251. 11:51En revanche, sur les événements qui pouvaient se produire,
  252. 11:53les incidents qui pouvaient se produire au cours de la manifestation,
  253. 11:56ils avaient été assez réalistes,
  254. 11:58puisque dans la note que Mediapart s’était procurée
  255. 12:01et que d’autres médias ont citée également, il était question,
  256. 12:04déjà deux jours avant la manifestation, d’un risque de violences urbaines,
  257. 12:07de dégradations, de pillages, etc.
  258. 12:09Donc, c’était quelque chose qui était anticipé.
  259. 12:11Ensuite, les services de renseignement, leur rôle, c’est de renseigner l’État,
  260. 12:15et le dispositif est adapté en fonction de ce qu’en font
  261. 12:19les autorités politiques et policières.
  262. 12:22Et ça, c’est une autre question.
  263. 12:23C’est-à-dire, évidemment,
  264. 12:24que ce dépassement dont tu parlais tout à l’heure,
  265. 12:27cette impression que d’un côté, les manifestants étouffaient
  266. 12:30enserrés par la police et par ses moyens d’action,
  267. 12:34tels que les gaz lacrymogènes
  268. 12:36sur la place de la République à Paris dès le début de la manifestation.
  269. 12:39Dans d’autres villes, ça s’est passé un peu de la même manière.
  270. 12:41Ça, évidemment, c’était, par contraste, une police complètement absente
  271. 12:47à des endroits où des interpellations auraient pu avoir lieu.
  272. 12:50Ce qui est très difficile à réaliser, puisque le principe
  273. 12:53de gens qui cassent des commerces ou qui pillent,
  274. 12:55c’est qu’ils vont très vite, qu’ils se déplacent,
  275. 12:57qu’ils sont nombreux, que chacun fait un petit bout du bazar
  276. 13:01et c’est très difficile d’intervenir.
  277. 13:03Donc, évidemment, il faut aussi prendre en compte tous ces facteurs-là.
  278. 13:06Et ensuite, je dirais que pour les prochaines fois,
  279. 13:08il faut aussi anticiper le retour d’un dilemme qui se pose
  280. 13:12aux autorités politiques et policières depuis plus de 10 ans.
  281. 13:15Est-ce qu’on lâche un peu la bride aux manifestants ?
  282. 13:18Est-ce qu’on les laisse défiler ? Est ce qu’on les laisse exercer
  283. 13:20une liberté fondamentale qui est celle de manifester ?
  284. 13:23Ou est-ce qu’on les encage dans quelque chose
  285. 13:25de très contraignant au risque de faire monter la tension,
  286. 13:29d’avoir beaucoup plus de blessés, d’avoir tout le monde qui s’énerve
  287. 13:33et voire de détourner les manifestants de la manifestation officielle
  288. 13:37pour aller ailleurs, parce que c’est vraiment impossible de manifester ?
  289. 13:40Là, on voit que depuis 10 ans, ce qui prime, c’est une espèce
  290. 13:43de saturation policière de l’espace public,
  291. 13:45que cette solution-là,
  292. 13:46c’est généralement celle qui est retenue.
  293. 13:48Et le Premier ministre a annoncé aujourd’hui
  294. 13:51une réponse policière massive lors des prochaines mobilisations.
  295. 13:54Donc, on peut s’attendre à ce que ce soit encore plus risqué,
  296. 13:57en réalité, de manifester dans les semaines qui viennent
  297. 14:00si cette option-là est retenue, et qu’il y ait malheureusement
  298. 14:03encore plus de blessés, alors que tu l’as déjà dit, il y en a eu beaucoup.
  299. 14:06Oui. Alors, justement, ça, ce sont des choix.
  300. 14:09Le maintien de l’ordre, c’est toujours des stratégies et des choix.
  301. 14:12On va revenir avec vous sur ce choix qui a été fait sur cette journée.
  302. 14:16Mais d’abord, tu as parlé de cette sous-anticipation
  303. 14:20du nombre de manifestants.
  304. 14:23Pierre, toi qui as suivi un peu le mouvement depuis le début,
  305. 14:26est-ce que c’était quand même prévisible ?
  306. 14:29Est-ce que le gouvernement aurait dû voir, à la fois
  307. 14:31par les manifestations passées, mais aussi sur tout ce qui se passait
  308. 14:34sur les réseaux, ce qui allait se produire samedi ?
  309. 14:37Oui, il aurait dû voir et il aurait pu prévoir.
  310. 14:39C’est-à-dire que moi, j’ai été assez sidéré
  311. 14:42de la réponse du gouvernement en amont du 17 octobre,
  312. 14:45de dire que les mobilisations allaient être assez faibles,
  313. 14:49d’avoir des prédictions, comme l’a rappelé Camille,
  314. 14:51vraiment très légères.
  315. 14:53Alors que le 17 octobre, en fait, il vient des réseaux sociaux.
  316. 14:56La première publication a lieu le 8 septembre,
  317. 14:59avant le mouvement lycéen, qui se déclenche le 17 septembre.
  318. 15:01À ce moment-là, c’est un appel que nous, on aime dire nébuleux,
  319. 15:04on ne sait pas trop d’où il vient,
  320. 15:06et il part d’une revendication simple, c’est la vie chère,
  321. 15:09le gasoil à 2,40, l’essence à 2,30,
  322. 15:11et un pouvoir d’achat où les gens n’arrivent plus à s’en sortir.
  323. 15:14Là, il y a une question qui se pose : est-ce que ce mouvement-là,
  324. 15:17qui naît sur les réseaux sociaux, va avoir une traduction concrète ?
  325. 15:19Sauf qu’il y a quelque chose qui vient percuter cet appel,
  326. 15:22c’est le mouvement des lycéens et de la jeunesse.
  327. 15:24Et ça, peut-être que le gouvernement ne l’a pas vu ou n’a pas voulu le voir,
  328. 15:27mais dans le mouvement de la jeunesse, dès le 6 octobre,
  329. 15:30quand les étudiants rejoignent le mouvement,
  330. 15:32il y a cet appel tout de suite à faire tenir,
  331. 15:35tenir jusqu’au 17 octobre.
  332. 15:38Et du coup, pendant deux semaines, les étudiants le répétaient sans cesse,
  333. 15:42les lycéens le répétaient sans cesse : « On va tenir jusqu’au 17 octobre »,
  334. 15:45la date des vacances scolaires,
  335. 15:46« et on va faire en sorte que le 17 octobre soit la journée massive. »
  336. 15:50Donc, ça, c’était sur le terrain, ce qu’on observe.
  337. 15:52Et ensuite, il y a eu les réseaux sociaux,
  338. 15:53Peut-être que le gouvernement n’a pas TikTok,
  339. 15:56mais en tout cas, si le gouvernement avait TikTok,
  340. 15:58il aurait vu à quel point le 17 octobre
  341. 16:00est devenu plus qu’une trend, une « tendance »,
  342. 16:03c’est vraiment devenu un appel qu’on a vu circuler,
  343. 16:06monter énormément. Il y a eu des chiffres
  344. 16:08que nos confrères du Monde ont publié,
  345. 16:10que sur les deux dernières semaines avant le 17 octobre,
  346. 16:12il y a eu plus de 460 000 messages sur le 17 octobre.
  347. 16:16Donc, ne pas avoir vu ça, c’est à la fois ne pas avoir vu
  348. 16:19la colère qui existait, qui était réelle, qui est profonde,
  349. 16:22et ne pas avoir non plus voulu voir
  350. 16:25que des gens qui font des posts sur les réseaux sociaux,
  351. 16:27c’est aussi des gens qui peuvent se mobiliser le jour J.
  352. 16:31Donc, il y a eu un gros défaut d’anticipation.
  353. 16:34Une commission d’enquête va être ouverte à l’Assemblée nationale
  354. 16:38sur le maintien de l’ordre,
  355. 16:39la stratégie qui a été adoptée ce 17 octobre.
  356. 16:42Comment vous qualifiez, Alma Dufour,
  357. 16:44la stratégie du gouvernement sur cette journée de mobilisation ?
  358. 16:48Honnêtement, je la qualifie de criminelle.
  359. 16:50On en parle quand même assez peu,
  360. 16:51mais il y a deux personnes qui sont mortes.
  361. 16:53Une personne samedi, à Magenta, sur une charge policière.
  362. 16:56Je rappelle que deux enquêtes sont ouvertes sur ces deux cas.
  363. 17:00Tout à fait. Et encore heureux.
  364. 17:01Mais ce que je veux dire, c’est qu’on est quand même très atterrés
  365. 17:04que les médias d’information en continu n’aient pas du tout fait mention
  366. 17:08du décès de deux personnes, quand même.
  367. 17:10Évidemment, aussi des éborgnements,
  368. 17:12évidemment, aussi des mutilations en tout genre.
  369. 17:15Il faut la voir, cette stratégie, comme la suite, quand même,
  370. 17:17de la répression du mouvement lycéen,
  371. 17:19qui est absolument sans commune mesure.
  372. 17:21On n’a jamais vu ça sur des mineurs, en tout cas depuis 60 ans, je pense.
  373. 17:24Des lycéens démembrés. Je vais employer des vrais mots.
  374. 17:27Démembrés. On lui arrache un bras, c’est un démembrement.
  375. 17:31On a des lycéens éborgnés. Ce sont des mineurs.
  376. 17:33Et d’ailleurs, une des personnes qui n’a rien à voir, ni avec l’ultragauche,
  377. 17:36ni avec les quartiers islamisés dont CNews parle,
  378. 17:39et pas que CNews, BFM et même le gouvernement,
  379. 17:41Quentin D, guide de montagne, qui a été arrêté samedi
  380. 17:44et qui est écroué maintenant pour des dégradations,
  381. 17:47a justifié, apparemment, lors de sa comparution immédiate,
  382. 17:50qu’il avait aussi la colère
  383. 17:51à cause du traitement qui avait été fait aux enfants.
  384. 17:54Il faut comprendre qu’une grande partie des gens qui sont allés manifester,
  385. 17:58non seulement sont venus manifester pour le pouvoir d’achat, évidemment,
  386. 18:01pour l’essence à 2,40 euros, mais aussi parce que,
  387. 18:05et c’est encore heureux qu’il y a des gens que ça scandalise
  388. 18:08qu’on éborgne des enfants qui demandent à pouvoir étudier,
  389. 18:11à avoir plus de moyens et aller à la fac.
  390. 18:14Donc, moi, je la trouve criminelle, cette stratégie,
  391. 18:16à la fois évidemment dans tous les gens qu’ils ont traumatisés,
  392. 18:18dans tous les blessés, dans le fait qu’ils n’aient pas anticipé, évidemment,
  393. 18:21et ça, vous l’avez très bien dit, mais aussi dans le fait que,
  394. 18:24et encore une fois, merci de nous donner cette tribune,
  395. 18:27parce qu’on peut dire des choses ici
  396. 18:29qu’on n’a pas le temps de dire à BFMTV ou LCI
  397. 18:31sans être coupé au moins 10 fois dans la phrase.
  398. 18:34Il y a plusieurs vidéos depuis le début du mouvement lycéen,
  399. 18:36y compris le 17 octobre,
  400. 18:37qui montrent des forces de l’ordre habillées en casseurs,
  401. 18:40qui cassent elles-mêmes des bâtiments publics,
  402. 18:42des bâtiments privés, qui lancent des projectiles
  403. 18:45sur les forces de l’ordre aussi, ou sur les passants, sur les citoyens,
  404. 18:49ce qui est parfaitement illégal. C’est parfaitement illégal.
  405. 18:53Là-dessus, il y a même eu des confirmations
  406. 18:54que c’était bien des forces de l’ordre dans certains cas.
  407. 18:57On n’a aucune réponse du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez,
  408. 19:00avec le petit simulacre de démission qui, à mon avis,
  409. 19:02était calculé avec Macron au départ, il a déjà fait ça, il me semble,
  410. 19:05avec un autre ministre il y a quelque temps, et là pareil.
  411. 19:09On apprend, et c’est grâce à vous, grâce à Mediapart,
  412. 19:11donc je vous remercie pour ça,
  413. 19:13on apprend hier que des agents du renseignement territorial
  414. 19:16ont été sommés de dire pendant deux jours
  415. 19:19que c’était la faute de La France insoumise.
  416. 19:21Or, on voit sur le profil, aujourd’hui, des interpellés qui ont cassé,
  417. 19:25que visiblement, ce sont des profils, comme vous l’avez dit,
  418. 19:27qui représentent toute la société.
  419. 19:29On a des guides de montagne, des mécaniciens, des vendeuses,
  420. 19:32on a à peu près tout le monde qui se retrouve là-dedans.
  421. 19:34Et ça, c’est criminel aussi, parce qu’on est en période électorale.
  422. 19:37Je finirai là-dessus. Ce gouvernement,
  423. 19:39on le soupçonne même d’avoir laissé faire certaines choses.
  424. 19:42Et notamment le maire de Marseille, Benoît Payan,
  425. 19:44qui accuse vraiment le maintien de l’ordre
  426. 19:46d’avoir laissé des casseurs entrer dans la mairie,
  427. 19:48vidéos de caméras de surveillance à l’appui.
  428. 19:50On va revenir un peu plus tard dans cette émission
  429. 19:52sur ces révélations de Mediapart, effectivement,
  430. 19:55sur les services de renseignement.
  431. 19:59Mais d’abord, pour continuer à faire tourner un peu la parole
  432. 20:01sur cette stratégie du maintien de l’ordre, Lucie Castets,
  433. 20:04est-ce que vous qualifiez aussi cette stratégie de criminelle ?
  434. 20:08Est-ce qu’on est dans un aveuglement répressif de la part du gouvernement
  435. 20:11à l’égard de ce mouvement social ?
  436. 20:12Je partage toute la description qui a été faite
  437. 20:15de la stratégie de maintien de l’ordre,
  438. 20:17et en particulier le jour même de la manifestation.
  439. 20:20Ce qui est sûr, c’est que nous, élus locaux,
  440. 20:22on n’a pas du tout été prévenus, et pour cause,
  441. 20:24de l’ampleur de la manifestation attendue.
  442. 20:26Nous-mêmes, qui allions manifester,
  443. 20:28on s’attendait à quelque chose de beaucoup plus vaste et plus massif
  444. 20:31que ce que la police et la préfecture attendaient.
  445. 20:33Donc, sur la responsabilité de la préfecture de police,
  446. 20:36sur la stratégie, je partage complètement cette idée.
  447. 20:39Ce qu’on a vu à République, c’était hallucinant,
  448. 20:41et on ne l’a pas vu depuis très longtemps.
  449. 20:43Même s’il faut rappeler, les manifestations précédentes
  450. 20:46avaient été aussi réprimées de manière violente.
  451. 20:48Mais ce qu’on a vu, c’est que dès 13h,
  452. 20:50ça commençait à gazer à la lacrymo sur toute la place de la République.
  453. 20:54Et donc, ils ont créé eux-mêmes, de ce fait,
  454. 20:56les conditions d’un chaos ultérieur
  455. 20:57en séparant les petits groupes, en nassant des petits groupes,
  456. 21:00et les gens n’avaient, pour toute une partie de la place de la République,
  457. 21:03pas d’issue pour manifester paisiblement,
  458. 21:06comme c’est leur droit le plus strict.
  459. 21:08Donc là-dessus, je partage la responsabilité,
  460. 21:10mais je me permets d’élargir la responsabilité au gouvernement
  461. 21:13et au président de la République
  462. 21:14sur le fait que la colère ne date pas du 17 octobre.
  463. 21:17La colère, elle date, en réalité, depuis 10 ans et même plus.
  464. 21:21En fait, la responsabilité, elle est liée au fait
  465. 21:24que ce gouvernement et le président de la République,
  466. 21:27avec ses gouvernements successifs,
  467. 21:29n’ont pas écouté cette colère monter, cette colère se sédimenter.
  468. 21:32Quand vous disiez : « On a réussi aujourd’hui quelque chose
  469. 21:34qu’on n’avait pas réussi avec les gilets jaunes. »
  470. 21:36Merci qui ? Merci le gouvernement et merci Emmanuel Macron.
  471. 21:39Ça fait 10 ans que les collectifs, les associations, les syndicats
  472. 21:43alertent sur le fait qu’on est en train, progressivement,
  473. 21:45de détruire les services publics et que rien ne se passe.
  474. 21:48Les infirmières, elles sont dans la rue. Pourquoi ?
  475. 21:50Parce qu’on a applaudi pendant le Covid
  476. 21:52et ensuite, l’hôpital public est laissé à l’abandon.
  477. 21:54L’enseignement public, c’est pareil,
  478. 21:55qu’il soit primaire, secondaire ou supérieur.
  479. 21:57Et c’est de ça qu’est né le mouvement, c’est les lycéens qui se révoltent.
  480. 22:01Et toute cette colère, elle s’est sédimentée,
  481. 22:03et le fait de n’y apporter une réponse que répressive et pas du tout politique
  482. 22:07conduit à l’impasse politique dans laquelle on est aujourd’hui.
  483. 22:09Margot Pugliese, vous qui êtes avocate,
  484. 22:12est-ce qu’on est en train de basculer dans une forme d’État policier,
  485. 22:14quand on fait le bilan sur ces dernières journées de manifestation
  486. 22:17et cette forte répression ?
  487. 22:18Ce qui est très inquiétant depuis le début du mouvement lycéen,
  488. 22:21mais en fait, on a constaté la même chose
  489. 22:23à chaque fois qu’il y a eu des mouvements sociaux.
  490. 22:25c’était pareil pour les gilets jaunes en 2018, et rien ne change,
  491. 22:29on constate une instrumentalisation de la procédure judiciaire
  492. 22:35pour réduire le rang des manifestants
  493. 22:38et pour faire en sorte que les gens aient peur d’aller manifester.
  494. 22:46Justement, on parle, depuis le début, beaucoup de la répression policière.
  495. 22:51Il y a eu plus de 2500 gardes à vue, je crois, ce week-end,
  496. 22:57avec à la clé des comparutions immédiates,
  497. 22:59des peines très sévères, parfois.
  498. 23:02En tant qu’avocate, vous avez accompagné certaines de ces personnes.
  499. 23:05C’est aussi une forme de répression,
  500. 23:08cette judiciarisation et cette sévérité des peines
  501. 23:11poussées et revendiquées par le gouvernement ?
  502. 23:13Le gouvernement utilise toutes les mesures de contrainte,
  503. 23:16qu’elles soient des mesures policières ou judiciaires,
  504. 23:20pour afficher une répression massive.
  505. 23:24Donc, ça va être des interpellations massives
  506. 23:26depuis le début du mouvement lycéen,
  507. 23:28avec parfois des gamins qui ont juste écrit « ACAB » sur une pancarte.
  508. 23:35Et outre ces interpellations massives, on a des gardes à vue qui se prolongent,
  509. 23:38et tout ça se termine par lundi une note du garde des sceaux,
  510. 23:43le garde des sceaux qui a donné pour instruction
  511. 23:47à l’ensemble des procureurs de France d’ouvrir les enquêtes
  512. 23:51dans le cadre de la criminalité organisée.
  513. 23:54Les morts dont on parle tout à l’heure,
  514. 23:56on a des enquêtes minimales pour recherche des causes de la mort.
  515. 23:59C’est-à-dire que pour ces morts-là et les mutilés,
  516. 24:01on va avoir les mêmes enquêtes que pour des suicides.
  517. 24:04Ce ne sont pas les mêmes moyens,
  518. 24:06ni les mêmes techniques d’investigation qui vont être déployées
  519. 24:09que celles qui vont être déployées pour criminaliser les manifestants.
  520. 24:15Donc, on va...
  521. 24:18Là, c’est une ingérence manifeste dans la liberté de manifester.
  522. 24:23Et là, on déploie des moyens d’enquête qui sont terrifiants
  523. 24:27et qui tendent à mettre en place une surveillance généralisée.
  524. 24:31Fabien Truong, on voit des manifestants gazés,
  525. 24:35nassés, blessés, et une forme de judiciarisation,
  526. 24:38voire, Margot Pugliese disait, de criminalisation des manifestants.
  527. 24:42Est-ce que vous partagez ce constat qu’il y aurait peut-être une volonté
  528. 24:47de décourager, de faire peur aux manifestants
  529. 24:49qui souhaiteraient éventuellement retourner manifester samedi prochain ?
  530. 24:52Et surtout, est-ce que ça peut marcher ?
  531. 24:55Je souscris à tout ce qui a été dit,
  532. 24:57donc je ne vais pas répéter ce qui a été dit,
  533. 24:59mais ça pose aussi la question...
  534. 25:01Déjà, on voit qu’il y a une configuration qui a été créée,
  535. 25:04qui produit du chaos, du désordre,
  536. 25:07et qui a produit des effets d’opportunité
  537. 25:09pour le cassage, le pillage. Et ça, il faut bien l’entendre,
  538. 25:12c’est vraiment un effet d’opportunité de configuration
  539. 25:15qui a permis toutes ces destructions,
  540. 25:18et pas un agenda de casseurs ultra organisés.
  541. 25:21C’est quand même très clair quand on regarde les profils,
  542. 25:24comment ça s’est passé, par grappes, etc...
  543. 25:26Donc ça, c’est important,
  544. 25:28c’est la configuration du maintien de l’ordre.
  545. 25:32C’est-à-dire ? C’est parce que le cortège était très dispersé ?
  546. 25:35En fait, ça a été dit, le fait de nasser les personnes,
  547. 25:38et donc du coup, d’avoir pleins de points
  548. 25:41où il n’y a plus vraiment la police,
  549. 25:43où, par grappes de 5, 10 personnes, on va pouvoir agir
  550. 25:47parce qu’il y a cette effervescence, il y a de la colère,
  551. 25:50il y a beaucoup de choses qui sont liées à une configuration un peu physique
  552. 25:55et qui a permis...
  553. 25:57Et ce n’est même pas une question d’agenda, en fait,
  554. 26:00c’est vraiment physique, c’est géophysique, j’ai envie de dire.
  555. 26:04Et ça, ça a permis ces effets d’opportunité.
  556. 26:08Et ça, c’est vraiment important, parce qu’on est vraiment loin
  557. 26:11d’un mouvement de casseurs-voleurs organisés
  558. 26:14ou un mouvement politique qui voudrait semer le chaos avec une stratégie.
  559. 26:18On a entendu ça.
  560. 26:20Ce truc de l’organisation et de la volonté,
  561. 26:23il fait un peu fi de la configuration concrète
  562. 26:26du maintien de l’ordre et de la gestion de l’espace, en réalité,
  563. 26:31et aussi de la tension et de la colère.
  564. 26:33Parce qu’en fait, ce qui se passe aussi dans ces moments de nasse,
  565. 26:36mais ça a été bien dit, donc je ne vais pas le répéter,
  566. 26:39mais il y a une excitation, aussi.
  567. 26:40Et ce qui se passe sur les côtés, où il n’y a plus personne.
  568. 26:43Donc, il y a toute cette dimension-là.
  569. 26:44Et ça pose aussi une autre question, c’est la question, en gros...
  570. 26:48On parle beaucoup de sécurité,
  571. 26:50et c’est la question de qui protège la police.
  572. 26:54C’est un peu une vieille question, mais là, elle est très concrète.
  573. 26:57C’est-à-dire que la police
  574. 26:59est quand même censée protéger le droit à manifester.
  575. 27:01Et là, on voit que ça pose vraiment question de ce point de vue-là,
  576. 27:04je ne vais pas répéter ce qui a été dit.
  577. 27:06La police est censée protéger les commerçants et les petits commerces.
  578. 27:10Là aussi, il y a échec.
  579. 27:12Et aussi, la police, elle fait peur à une grande partie de la population.
  580. 27:16Moi, je travaille beaucoup sur les quartiers populaires.
  581. 27:19C’est une très longue histoire, et je suis content ici
  582. 27:22qu’on puisse dire... Il y a plein de choses qu’on ne découvre pas.
  583. 27:24Et le fait que par exemple, dans les quartiers populaires,
  584. 27:30la majorité de la population a peur quand la police arrive,
  585. 27:33pour tout un tas de raisons, je ne vais pas...
  586. 27:36Ça aussi, c’est une réalité très ancienne, en réalité.
  587. 27:41Et juste pour terminer sur cette question de la sécurité,
  588. 27:45parce qu’il y a aussi cette musique sur le fait que les revendications
  589. 27:49sont très disparates, qui génère tout ce discours autour du bordel.
  590. 27:52« C’est un bordel. »
  591. 27:54Terme qui a été repris par le gouvernement.
  592. 27:55Oui, mais en fait, en réalité,
  593. 27:57si vous regardez l’ensemble des revendications,
  594. 28:00c’est une demande de sécurité, de sérénité.
  595. 28:03Ce sont des demandes très concrètes
  596. 28:05qui n’ont pas été satisfaites depuis longtemps, qui sont matérielles,
  597. 28:08qui sont en réalité des demandes de normalité :
  598. 28:11des tables, des chaises, des enseignants,
  599. 28:13pouvoir avoir à manger à la fin du mois quand on a travaillé,
  600. 28:17pouvoir se déplacer quand vous travaillez
  601. 28:19sans que ça vous coûte plus que ce que vous gagnez.
  602. 28:22Et tout ça tient en effet ensemble,
  603. 28:25c’est la question de la sérénité et du rapport, aussi, à l’avenir.
  604. 28:31Et je terminerai là-dessus.
  605. 28:34En fait, quand vous êtes précaire, quand vous êtes pauvre,
  606. 28:38quand vous n’avez pas d’enseignants, c’est votre avenir qui est confisqué.
  607. 28:42Et ça, la sociologie a très bien montré
  608. 28:45que finalement, une des grandes inégalités,
  609. 28:48c’est le rapport au temps.
  610. 28:49Et que, d’une certaine manière, de confiner et de nasser les gens
  611. 28:55dans cette situation-là rend le rapport au présent encore plus,
  612. 29:00comment dire, dramatique, d’une certaine manière.
  613. 29:03Mais c’est ça qui est en jeu. Et ça, c’est des questions de sécurité.
  614. 29:06Il y a eu, samedi, on l’a dit, un jeune qui a perdu sa main,
  615. 29:10une jeune fille qui a perdu un œil,
  616. 29:12tous les deux suite à des tirs de grenades.
  617. 29:14Est-ce qu’on sait, Camille, combien de personnes ont été blessées
  618. 29:17depuis le début du mouvement lycéen et combien d’enquêtes ont été ouvertes ?
  619. 29:21Évidemment, on ne sait pas exactement combien de personnes ont été blessées
  620. 29:24parce qu’il n’y a pas de décompte, il n’y a pas de recensement officiel
  621. 29:28du nombre de blessés faits par l’action des forces de l’ordre.
  622. 29:31Ce qu’on peut dire, c’est qu’il y a plusieurs personnes
  623. 29:34qui ont été mutilées, à coup sûr,
  624. 29:36et ce sont des personnes dont on a entendu parler,
  625. 29:38donc ça nous permet de savoir qu’elles existent.
  626. 29:41Il y a eu ce jeune homme à Saint-Ouen-l’Aumône
  627. 29:43qui s’est pris un tir de lance-grenades
  628. 29:45à bout portant, à 1,50 m, dans le visage.
  629. 29:48Il y a eu deux lycéens, vers le début du mouvement,
  630. 29:50à Tours et à Argenteuil, qui ont reçu un tir de LBD dans l’œil.
  631. 29:55Il y a ce lycéen de Lens qui a perdu sa main.
  632. 29:58Ce sont des personnes
  633. 30:00réellement mutilées, donc définitivement...
  634. 30:03Qui gardent des séquelles définitives, évidemment, de ce qui s’est passé.
  635. 30:06Ensuite, on peut mesurer le nombre de témoignages qu’on reçoit,
  636. 30:09y compris à la rédaction, de personnes qui ont été blessées
  637. 30:11beaucoup plus légèrement, mais qui ont reçu
  638. 30:14un éclat de grenade dans la cuisse,
  639. 30:17un coup de matraque sur la tête,
  640. 30:19ou qui ont des hématomes, un petit trou...
  641. 30:22Il y a quand même un grand nombre de personnes
  642. 30:23qui témoignent de blessures, avec des passages hospitaliers aussi.
  643. 30:27Les personnels hospitaliers ont vu,
  644. 30:29lors des grandes vagues de manifestations,
  645. 30:31qu’il y avait un afflux de personnes qui venaient.
  646. 30:34En termes d’enquêtes, il y a quatre enquêtes IGPN
  647. 30:37qui ont été ouvertes sur la journée de samedi
  648. 30:39et il y a 36 enquêtes qui avaient été ouvertes auparavant par l’IGPN
  649. 30:43depuis le début du mouvement lycéen, sachant que toutes les personnes
  650. 30:46qui ont été blessées n’ont pas déposé plainte,
  651. 30:48que l’IGPN est un service qui compte à peu près 110 enquêteurs
  652. 30:52sur tout le territoire français, avec des antennes régionales,
  653. 30:55sachant que celle de Paris est la plus grande
  654. 30:56et qu’une quarantaine de personnes y travaillent.
  655. 30:59Beaucoup d’enquêtes aussi peuvent être menées,
  656. 31:01y compris quand elles portent sur des policiers ou sur des gendarmes,
  657. 31:05dans des services locaux,
  658. 31:06qui ont encore moins de garanties d’indépendance que l’IGPN,
  659. 31:09et sur lesquelles on n’a aucun bilan qui a été publié
  660. 31:11depuis le début du mouvement lycéen.
  661. 31:13On ne sait pas s’il y a des enquêtes qui sont ouvertes de ce côté-là,
  662. 31:16combien il y en aurait. A priori, il n’y a pas d’enquête ouverte
  663. 31:19par l’Inspection de la gendarmerie nationale à ce jour.
  664. 31:22Pour l’instant, on n’a pas de bilan régulier sur ce point.
  665. 31:27On a entendu Gérald Darmanin, au regard de tout ce que
  666. 31:30tu viens d’énumérer, se féliciter hier du travail
  667. 31:33des policiers et des gendarmes qui, dit-il, font un travail formidable.
  668. 31:39Qu’est-ce que ça vous évoque ?
  669. 31:41Est-ce que ça vous fait réagir, Sarah Bennani ?
  670. 31:44Écoutez, si on commence à réagir à tout ce que dit le gouvernement,
  671. 31:49surtout par rapport à ce sujet-là,
  672. 31:51je pense qu’on n’est pas près de s’en sortir.
  673. 31:52Mais qu’est-ce que ça dit politiquement de voir le gouvernement
  674. 31:55qui se réjouit, qui félicite les forces de l’ordre
  675. 31:58pour « le travail formidable qu’elles font » ?
  676. 32:00Je pense que ça montre une fois de plus que le gouvernement et l’État
  677. 32:04se désengagent totalement de tout ce qui se passe.
  678. 32:09L’État laisse à l’abandon ses enfants.
  679. 32:12Je ne comprends pas comment un ministre peut
  680. 32:15se permettre de dire ça.
  681. 32:17Madame la députée l’a justement rappelé.
  682. 32:20Quand on a des jeunes qui perdent leurs mains, leurs yeux...
  683. 32:23Quand on a 15, 16, 17 ans, déjà, on a autre chose à faire
  684. 32:27que d’aller en manifestation, normalement,
  685. 32:29surtout quand c’est pas dans notre culture politique.
  686. 32:31La première manif de ma vie où j’ai été seule,
  687. 32:33c’était après la mort de Nahel.
  688. 32:37En fait, on a autre chose à faire. On aimerait bien avoir une vie calme,
  689. 32:41pas avoir peur quand la police vient dans nos quartiers.
  690. 32:44Par exemple, cet été, les petits de chez moi
  691. 32:46ont mis une piscine, parce qu’il faisait chaud,
  692. 32:48parce qu’il y avait la canicule
  693. 32:50et qu’ils n’avaient pas les moyens d’aller à la piscine publique.
  694. 32:53La police, au bout de dix minutes, est arrivée.
  695. 32:55Ils ont dit : « On vide la piscine. » C’est ça, le quotidien des gens aussi.
  696. 32:59Quand on a 15, 16, 17 ans, qu’on se retrouve en manif
  697. 33:02pour avoir une vie digne, pour pouvoir...
  698. 33:05Parce que, en fait, on subvient à nos besoins,
  699. 33:07on subvient aux besoins de nos parents.
  700. 33:08J’ai vu une vidéo d’un jeune lycéen qui est encore au lycée, qui a 17 ans.
  701. 33:13Il disait que, lui, il est au lycée et il est déjà obligé
  702. 33:16d’avoir des jobs dits étudiants que, normalement,
  703. 33:18on obtient dans le supérieur, à côté de ses études.
  704. 33:21En fait, c’est pas normal.
  705. 33:23C’est pas une vie acceptable
  706. 33:26qu’on peut proposer aux enfants de la République.
  707. 33:28Il y a 45 % des personnes qui sont pauvres
  708. 33:30qui sont des jeunes entre 18 et 29 ans.
  709. 33:33Moi, je trouve ça alarmant et j’aimerais bien que Gérald Darmanin
  710. 33:37et tout le gouvernement puissent y prêter davantage attention.
  711. 33:41Alors, parmi tout l’arsenal des moyens qui sont développés
  712. 33:45pour tenter de maintenir l’ordre,
  713. 33:47il y a notamment des couvre-feux partiels.
  714. 33:49On vient d’apprendre qu’ils ont été renouvelés ce soir
  715. 33:51à Paris, Lyon, Bordeaux et Nice.
  716. 33:55Donc dans votre ville, Lucie Castets, où vous êtes élue.
  717. 33:59Ces mesures sont liberticides ou elles sont nécessaires ?
  718. 34:02Elles sont liberticides
  719. 34:03et, surtout, elles sont extrêmement paresseuses,
  720. 34:06c’est-à-dire qu’on s’attaque à des causes,
  721. 34:09mais comment prétendre résoudre des problèmes
  722. 34:11sans essayer de comprendre les causes, sans essayer
  723. 34:14d’aller chercher à la racine ce qui conduit à ça ?
  724. 34:18Ça me fait vraiment penser à la posture du Premier ministre,
  725. 34:20M. Lecornu, qui nous dit : « Maintenant,
  726. 34:23vous devez choisir votre camp. Soit vous êtes avec la République
  727. 34:26et les forces de l’ordre, soit vous êtes pour les casseurs. »
  728. 34:29Quelle paresse ! Quelle paresse intellectuelle !
  729. 34:32Je pense qu’il s’agit en réalité d’une immense mauvaise foi.
  730. 34:35Mais quelle paresse
  731. 34:37et quel manque de dignité face à la République !
  732. 34:39Ces gens-là ont chaque jour à la bouche les mots de la République,
  733. 34:43mais que recouvre le terme « République »,
  734. 34:45si ça ne recouvre pas des mesures concrètes
  735. 34:47qui permettent notamment de prendre en compte
  736. 34:49l’avis des plus précaires, l’avis des gens
  737. 34:51qui font la République au quotidien, les agents publics par exemple ?
  738. 34:54Quand on met en scène une répression judiciaire
  739. 34:58sans commune mesure avec ce qui s’est fait avant,
  740. 35:00on ne respecte pas la République,
  741. 35:02puisqu’on ne respecte pas la séparation des pouvoirs.
  742. 35:04La République, c’est aussi la séparation des pouvoirs.
  743. 35:06Tout ça me paraît coupable,
  744. 35:10déraisonnable, parce qu’il n’y a aucune aspiration
  745. 35:13à apporter une quelconque espèce de réponse politique
  746. 35:16au chaos dans lequel ils nous plongent, en réalité.
  747. 35:19Je trouve ça extrêmement inquiétant.
  748. 35:20On va parler de cette absence de réponse politique,
  749. 35:23puisque, dimanche soir, Emmanuel Macron a pris la parole
  750. 35:26dans un message télévisé.
  751. 35:28Aucun mot dans son discours sur les revendications des manifestants.
  752. 35:31Il a surtout dénoncé « la violence débridée des factieux ».
  753. 35:35On va regarder tout de suite un extrait de son intervention.
  754. 35:38Des commerces ont été pillés, des bâtiments publics,
  755. 35:42des magasins, des mairies ont été attaqués
  756. 35:45et pour certains détruits,
  757. 35:47et plusieurs centaines de policiers et de gendarmes ont été blessés.
  758. 35:52En regardant ces images, nous nous sommes tous demandé :
  759. 35:54« Qu’ont-ils dans la tête ? »
  760. 35:56Comment des Français peuvent faire cela à la France ?
  761. 36:00Pourquoi brûler la mairie de Limoges, l’office de tourisme à Lyon,
  762. 36:04envahir la mairie à Marseille ou attaquer la résidence
  763. 36:07du préfet à Bordeaux ? Comment peuvent-ils en arriver là ?
  764. 36:11Rien ne le justifie,
  765. 36:13rien ne l’explique,
  766. 36:14rien ne l’excuse.
  767. 36:16Alors, depuis samedi, toute l’attention médiatique
  768. 36:19et le discours politique se tournent vers la violence des pillages,
  769. 36:21la violence des casseurs.
  770. 36:23Quand tu étais sur le terrain, samedi soir, Pierre,
  771. 36:25tu as assisté au moins à une scène de ces fameux pillages place Vendôme.
  772. 36:30Déjà, pour commencer, quel est le profil des gens
  773. 36:32— que tu as vus sur place ? — Le profil est dur à dire,
  774. 36:35parce que c’est des choses qui se passent vite.
  775. 36:39Les gens sont plutôt cagoulés et il fait nuit, factuellement.
  776. 36:42— Vous n’avez pas de rayons X ? — Non, je n’ai pas de rayons X.
  777. 36:45Il y a quelque chose qu’on peut dire : c’était des gens très jeunes.
  778. 36:48Moi, j’ai été impressionné, parce que ça fait longtemps
  779. 36:50qu’on couvre les mouvements sociaux,
  780. 36:52par le nombre de femmes dans ce genre d’actions.
  781. 36:54En l’occurrence, c’est un Guerlain qui était pillé.
  782. 36:58Il y avait beaucoup d’envies de rouge à lèvres sur place.
  783. 37:03Outre ces profils, il y a deux choses
  784. 37:06à souligner sur ce moment-là. C’est qu’on est vraiment
  785. 37:09au cœur du pouvoir. Sur la place Vendôme,
  786. 37:10on a le ministère de la Justice, on a le Ritz.
  787. 37:13C’est vraiment un des endroits les plus cossus de la capitale.
  788. 37:16Je ne sais plus lequel ou laquelle d’entre vous
  789. 37:19disait ça tout à l’heure, mais que c’était parfois compliqué,
  790. 37:21parce que c’était des grappes très mobiles, etc.
  791. 37:24Ce n’est pas ce que j’ai observé. La séquence dure 40 minutes.
  792. 37:27On est 40 minutes place Vendôme, et les boutiques, une par une...
  793. 37:30Ça prend du temps. Les gens reviennent.
  794. 37:32Il y a des gens qui arrivent, qui vont se servir,
  795. 37:35sans aucune présence policière.
  796. 37:37C’est ça qui m’a particulièrement frappé samedi soir.
  797. 37:40C’est l’absence des forces policières, même à un endroit
  798. 37:42comme la place Vendôme qui est quand même a priori
  799. 37:45un endroit particulièrement...
  800. 37:47Qui est très proche de l’Élysée, pour les non-Parisiens.
  801. 37:49En fait, ce qui est drôle...
  802. 37:51Enfin, je sais pas si c’est drôle, mais quand on...
  803. 37:53Donc c’est la rue Saint-Honoré qui se transforme
  804. 37:55en rue du Faubourg-Saint-Honoré, qui est la rue où il y a l’Élysée.
  805. 37:58Quand on avance, c’est au moment où ça devient
  806. 38:01la rue du Faubourg-Saint-Honoré qu’il y a un barrage de CRS,
  807. 38:03mais qui sont décasqués. Il y a une grille et un camion à eau.
  808. 38:06Il y a des forces de l’ordre qui sont à 300 mètres à peu près,
  809. 38:10qui font un barrage, qui ont barricadé l’Élysée.
  810. 38:14Il y a eu un blocage de l’Élysée, entre guillemets, samedi soir.
  811. 38:17Par contre, à l’inverse,
  812. 38:19il n’y avait pas de forces de l’ordre là.
  813. 38:22Dernière petite chose sur ce que dit Emmanuel Macron.
  814. 38:25Il y a quelque chose qui est très intéressant
  815. 38:27et qui boucle avec ce que disaient Sarah et Lucie Castets.
  816. 38:31C’est la question de « Rien ne l’explique ».
  817. 38:33Quand il dit ça, il y a quelque chose qui est extrêmement particulier
  818. 38:37et qui est aussi intéressant
  819. 38:38sur la question des profils que tu me posais, Samia.
  820. 38:40En fait, si on ne veut pas chercher à expliquer,
  821. 38:42si on ne veut pas chercher à comprendre
  822. 38:44ce qui est en train de se passer, c’est hyper dur de répondre à ça.
  823. 38:48Alors, il y a beaucoup de termes qui sont utilisés
  824. 38:51pour parler de ce qui s’est passé, de toutes ces scènes.
  825. 38:54Nous-mêmes, à la rédaction, à chaque fois qu’il y a
  826. 38:56ce genre d’événements, on a beaucoup de questions.
  827. 38:58Est-ce qu’il faut parler d’émeutes, de révolte ?
  828. 39:01Fabien Truong, en tant que sociologue, vous employez quel terme ?
  829. 39:06En fait, c’est toujours dur de réagir à chaud.
  830. 39:08En plus, là, je pense qu’il y a des configurations un peu différentes,
  831. 39:12des motivations, entre guillemets, un peu différentes.
  832. 39:14C’est vrai que, le vocabulaire de l’émeute,
  833. 39:16— il a une tendance... — Une connotation.
  834. 39:19Oui, il a une connotation. C’est pas vraiment un vocabulaire
  835. 39:22qu’on utilise en sociologie. On parle plutôt de révolte,
  836. 39:24mais au sens de comprendre ce qui motive.
  837. 39:27C’est le sens de votre question. La colère, etc.
  838. 39:30Je pense que, pour le coup, il faut prendre au sérieux
  839. 39:33la parole du président Macron, quand il se demande
  840. 39:35un peu de manière naïve : « Comment ont-ils pu en arriver là ? »
  841. 39:41Parce que, s’il est vraiment sincère dans son étonnement, ça rend...
  842. 39:46En fait, on a énormément d’informations.
  843. 39:47C’est-à-dire qu’il y a eu beaucoup de mouvements sociaux.
  844. 39:50Il y a un travail associatif et militant qui a documenté
  845. 39:54la question de la pauvreté, la question des inégalités.
  846. 39:56En sciences sociales, on travaille
  847. 40:00tous les jours sur ces questions des violences structurelles,
  848. 40:02comment les violences structurelles, mécaniquement...
  849. 40:05Tout ça, c’est documenté. On peut l’expliquer
  850. 40:07de manière très fine, détaillée et caractérisée,
  851. 40:10notamment quand on fait de l’ethnographie, etc.
  852. 40:12On est beaucoup à travailler sur ces questions,
  853. 40:14à montrer que les violences structurelles
  854. 40:17produisent aussi tout le temps
  855. 40:18des violences physiques ou microphysiques.
  856. 40:21En fait, cette géographie
  857. 40:25de l’explication de la violence, en réalité, est connue.
  858. 40:30— Je ne vais pas détailler, là. — Est-ce que, pour vous,
  859. 40:32il y a une dimension politique dans tous ces actes ?
  860. 40:35Pour continuer, ça veut dire que
  861. 40:37ce gouvernement ne met pas les radars aux bons endroits.
  862. 40:42C’est quand même un gouvernement, si on regarde la socialisation scolaire
  863. 40:45des personnes qui sont en responsabilité,
  864. 40:47qui sont plutôt passées par des écoles de commerce,
  865. 40:49par de la communication,
  866. 40:51qui a une approche managériale du pouvoir politique.
  867. 40:54C’est là qu’il y a un problème, parce qu’on voit qu’on est
  868. 40:57dans de la gestion de crise, comme si on était en entreprise.
  869. 41:00De la communication, beaucoup.
  870. 41:02En fait, ces réflexes-là, ce n’est pas de la politique.
  871. 41:05Il me semble que cette séquence nous montre aussi cela,
  872. 41:08parce qu’il y a des connaissances, elles sont là, donc c’est un peu...
  873. 41:13Il y a quelque chose de presque obscène, d’une certaine manière,
  874. 41:16par rapport à la réalité de ce que l’on sait.
  875. 41:19Vous vouliez réagir, Alma Dufour ?
  876. 41:20Oui, parce que, moi, je pense qu’il n’est pas naïf du tout.
  877. 41:25Pardon, mais Emmanuel Macron, peut-être qu’il est
  878. 41:28complètement hors sol, et ses ministres aussi,
  879. 41:30par leur bourgeoisie et leur milieu.
  880. 41:31Néanmoins, ils ne peuvent pas ne pas savoir
  881. 41:34que le prix de l’essence est trop élevé pour les classes moyennes et populaires.
  882. 41:38Pourquoi ils ne peuvent pas ne pas le savoir ?
  883. 41:40Parce qu’il y a des intérimaires qui ne vont plus bosser
  884. 41:43- ils ont les chiffres - et parce que l’État est en récession.
  885. 41:45Pourquoi l’État est en récession ? Parce que les gens ne consomment plus.
  886. 41:48Pourquoi ils ne consomment plus ? Parce qu’ils n’arrivent plus
  887. 41:51à s’en sortir avec le prix de l’essence. Ça, quand ils essayent
  888. 41:53de boucler leur budget, ils le savent très bien.
  889. 41:55Le prix de l’essence, ça fait depuis le mois de février
  890. 41:58qu’il est en train de saper absolument, j’allais dire, le pouvoir d’achat,
  891. 42:02mais même la capacité de vivre décemment
  892. 42:05de quasiment plus de la moitié des Français.
  893. 42:07Ça, ils le savent. Ils ne peuvent pas ne pas savoir
  894. 42:09qu’il a supprimé des dizaines de milliers de places
  895. 42:12à l’université publique
  896. 42:14et que, du coup, les élèves qui se sont mobilisés,
  897. 42:17s’ils ont Parcoursup, c’est parce qu’il y a moins de places.
  898. 42:20C’est lui qui fait les coupes dans le budget.
  899. 42:21Gabriel Attal ne peut pas ne pas savoir
  900. 42:25qu’il a, d’un coup de plume, supprimé 700 millions
  901. 42:28de crédits en plus dans l’enseignement supérieur
  902. 42:30après le vote du budget. En fait, ils le savent très bien.
  903. 42:32Il faut arrêter de penser qu’ils sont juste un peu hors sol.
  904. 42:36Comme je vous l’ai dit, et vous l’avez très bien dit aussi,
  905. 42:38dans le maintien de l’ordre, il y a des cas très problématiques,
  906. 42:41que ce soit des élus qui le disent, comme à Marseille...
  907. 42:44À Limoges, il ne le dit pas, mais des élus de chez nous le disent.
  908. 42:47Comme ce que vous venez de dire sur la place Vendôme
  909. 42:49ou des vidéos qui montrent qu’il y a eu du laisser-faire,
  910. 42:51voire de la participation du gouvernement.
  911. 42:54Ils savent très bien ce qu’ils font. Je sais ce qu’ils font.
  912. 42:56C’est une lutte des classes. Regardez leur budget.
  913. 42:59Ils n’ont pas prévu d’aider d’une seule manière que ce soit
  914. 43:03ni les lycéens, ni les Françaises et les Français
  915. 43:05sur leur pouvoir d’achat, parce que, leur objectif,
  916. 43:08c’est de faire des coupes budgétaires encore et encore.
  917. 43:10Ils se préparent à une fin de règne.
  918. 43:12Ces gens-là vont bientôt quitter le gouvernement.
  919. 43:15Il faut le comprendre. Je vous le dis
  920. 43:16et je suis très en colère, parce que, même quand on essaye
  921. 43:19d’assister des ouvriers qui subissent un plan social...
  922. 43:22Chez Renault, par exemple, ça a été le cas,
  923. 43:24ou les travailleurs de SFR.
  924. 43:26Rendez-vous compte que, depuis deux ans,
  925. 43:27ces gens-là n’ont plus accès à un seul ministre.
  926. 43:30Rendez-vous compte que, à Bercy,
  927. 43:31les ministres ne reçoivent plus les délégués syndicaux de SFR.
  928. 43:34Il y a 12 500 emplois qui vont disparaître.
  929. 43:36Ce que je veux dire, c’est que c’est une fin de règne.
  930. 43:38La preuve, ils se disputent tous entre eux.
  931. 43:40Même certains macronistes dénoncent la stratégie,
  932. 43:42et même à la télé. Ces chaînes d’info en continu
  933. 43:45que j’ai critiquées, ça commence un peu à parler.
  934. 43:49Bien sûr qu’ils sont déconnectés de la réalité des Françaises
  935. 43:52et des Français, mais ils ont un programme à appliquer.
  936. 43:54Il ne faut pas non plus les prendre pour des imbéciles.
  937. 43:57Ils savent que, là, les gens sont en train de craquer.
  938. 44:00En fait, ils font diversion, parce qu’ils n’ont pas envie
  939. 44:04de prendre des vraies mesures, tout simplement.
  940. 44:06En attendant, pour le moment, il y a un cadrage médiatique particulier
  941. 44:08qui est celui de...
  942. 44:11On retient les scènes de pillage, on retient la violence.
  943. 44:15Comment vous l’expliquez, Coppélia Moreau ?
  944. 44:18Et puis, surtout, qu’est-ce que ça fait,
  945. 44:20quand on va manifester dans un cortège pacifique,
  946. 44:22de voir que, ce qui est retenu, ce sont ces images-là ?
  947. 44:25Moi, je trouve que, déjà, il y a une tentative
  948. 44:27de la part du gouvernement, et qui est reprise
  949. 44:29par tout un tas de médias, d’essayer de diviser,
  950. 44:32de faire le tri entre des bons et des mauvais manifestants.
  951. 44:35Moi, je trouve que c’est un piège
  952. 44:36dans lequel ils essayent de nous faire tomber.
  953. 44:39La division, pour moi, qui existe, c’est celle entre le gouvernement
  954. 44:42qui est en train de mener toutes ces politiques contre nous
  955. 44:45et nous qui les subissons au quotidien. Ils nous parlent de casseurs,
  956. 44:48mais les plus grands casseurs, les plus grands voyous
  957. 44:51et les plus grosses racailles, c’est ce gouvernement.
  958. 44:53C’est la fraude fiscale des multinationales,
  959. 44:55l’évasion fiscale des multinationales.
  960. 44:58Aujourd’hui, tu as Fillon,
  961. 45:00je sais pas combien de Go Sport il a pillé, François Fillon,
  962. 45:03avec toute la... Bon, voilà.
  963. 45:06On a des candidats à la présidentielle avec des bracelets électroniques,
  964. 45:09donc qu’on ne vienne pas nous faire des leçons de morale.
  965. 45:11Ce gouvernement, cette société n’a aucune leçon de morale à nous faire.
  966. 45:16Elle est responsable de la casse du code du travail,
  967. 45:19la casse de nos vies, de nos retraites, de nos conditions d’études.
  968. 45:23C’est ce qu’on dit sur la question de Parcoursup.
  969. 45:24C’est quand même pas compliqué d’abolir Parcoursup.
  970. 45:27Et là, le gouvernement, avec ça, il nous fait une allocution
  971. 45:30où il pense qu’il peut se faire l’économie
  972. 45:32de répondre à nos revendications
  973. 45:33en ne parlant que d’une chose, c’est la question de la violence,
  974. 45:36de la sanction, des prisons, de l’état d’urgence, des hélicoptères,
  975. 45:39et il pense que la mobilisation va s’arrêter,
  976. 45:42mais il a pas compris.
  977. 45:43Il va être obligé de répondre à nos revendications.
  978. 45:45Et nous, ça va pas nous aller parce qu’il parle d’états généraux...
  979. 45:49Je sais pas, c’est quoi, la prochaine étape ?
  980. 45:50C’est un conclave ? Je sais pas, c’est...
  981. 45:54Enfin voilà, une commission, une réunion,
  982. 45:56on va être reçus par le ministère... Enfin, on est où, là ?
  983. 45:58En fait, il faut l’abrogation de Parcoursup,
  984. 46:00mais il faut aussi l’augmentation des salaires,
  985. 46:02il faut mettre fin aux licenciements, il faut répondre à nos revendications.
  986. 46:05Et s’il fait ça, et je termine là-dessus, c’est que...
  987. 46:07En fait, il faut comprendre que toute cette stratégie autoritaire
  988. 46:10qu’il a décidée, parce qu’ils ont voulu la logique du chaos samedi
  989. 46:13et ils sont responsables de ce qui s’est passé,
  990. 46:15s’il la décide,
  991. 46:16c’est parce qu’ils veulent défendre les profits aujourd’hui du Medef.
  992. 46:19C’est ça, aujourd’hui, la raison qu’il y a derrière
  993. 46:21toute cette stratégie autoritaire, c’est de défendre les profits du Medef.
  994. 46:24Ils ont peur, et d’une certaine manière, ils ont raison d’avoir peur,
  995. 46:27parce que, et je rejoins la question que vous me posiez tout à l’heure,
  996. 46:30les revendications, en effet, s’élargissent,
  997. 46:33mais la mobilisation, elle est portée avec une colère extrêmement forte
  998. 46:36sur toute la logique qui existe aujourd’hui,
  999. 46:38y compris la logique du profit,
  1000. 46:40et nous, on n’attendra pas 2027 pour poser tous ces problèmes-là.
  1001. 46:43C’est une grève qu’il faut, comme ils sont en train de faire en Espagne.
  1002. 46:46Le 11 novembre, ils appellent à la grève générale.
  1003. 46:48C’est ça qui est devant nous et c’est ça dont ils ont peur,
  1004. 46:50et ils ont raison d’avoir peur, et nous, c’est ça qu’il faut qu’on construise.
  1005. 46:53Effectivement, il y a aussi dans d’autres pays des mouvements
  1006. 46:57et il y a aussi des scènes de pillage, on l’a vu en Italie.
  1007. 47:02Est-ce que, Margot Pugliese, dans tout mouvement social,
  1008. 47:04il y a toujours ce qu’on appelle des pillages,
  1009. 47:07des débordements, des violences ?
  1010. 47:11Est-ce qu’il y a une forme de « violence acceptable »
  1011. 47:14dans les manifestations qui aurait diminué ?
  1012. 47:17Moi, la question que je me pose,
  1013. 47:20c’est : dans quel État les enfants partent manifester
  1014. 47:24avec le numéro d’un avocat sur le bras ?
  1015. 47:26Dans quel État les enfants ont peur de manifester devant leur lycée ?
  1016. 47:30Dans quel État des policiers peuvent tuer ou mutiler
  1017. 47:34sans jamais avoir à rendre des comptes à des juges ?
  1018. 47:38Dans quel État on ouvre des enquêtes quasiment administratives
  1019. 47:41lorsqu’il y a des morts et des mutilés
  1020. 47:42et on déploie
  1021. 47:44des mesures d’enquête et d’investigation dérogatoires
  1022. 47:49exceptionnelles qui sont potentiellement attentatoires
  1023. 47:51à la vie privée de l’ensemble des citoyens ?
  1024. 47:56Dans quel État on fait tout ça ?
  1025. 47:58Je ne sais pas si dans tous les mouvements sociaux,
  1026. 48:00il y a des débordements. En revanche,
  1027. 48:03il n’y a pas dans tous les États de droit
  1028. 48:06de tels débordements
  1029. 48:08et un usage complètement illégitime de la contrainte
  1030. 48:10par les forces de l’ordre et par le pouvoir exécutif,
  1031. 48:14qui instrumentalise le juge pénal à des fins politiques.
  1032. 48:19À la coordination des Gilets jaunes, David Libeskind, vous dites :
  1033. 48:22« On nous demande de condamner ces violences,
  1034. 48:26les émeutes, les barricades.
  1035. 48:27Nous refusons d’ajouter nos voix au concert de l’indignation. »
  1036. 48:31Pourquoi ?
  1037. 48:32Parce que la première violence est institutionnelle.
  1038. 48:34Je crois qu’on a tous écouté ces personnes sur votre plateau
  1039. 48:38qui ont fait part des difficultés de vie des personnes qu’elles représentent,
  1040. 48:44donc la première violence, elle est institutionnelle,
  1041. 48:46et on n’a pas à condamner ces violences
  1042. 48:48dès lors que la préfecture de police n’a pas mis les moyens en œuvre
  1043. 48:52pour assurer un très bon ordre de la manifestation.
  1044. 48:55En quoi nous, on serait coupables ?
  1045. 48:56En quoi va-t-on condamner ces violences ?
  1046. 49:00Qu’est-ce qu’il a dit, Emmanuel Macron ?
  1047. 49:02Il a dit qu’il allait recevoir les organisations syndicales,
  1048. 49:06les organisations lycéennes,
  1049. 49:08mais en réalité, il fait un copier-coller
  1050. 49:09de ce qui s’est passé dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes.
  1051. 49:12Il va faire des réunions, il ne va rien annoncer,
  1052. 49:15puisque déjà,
  1053. 49:17tout le monde a entendu son discours, il n’y a pas eu d’annonces.
  1054. 49:20Les seules annonces, c’est des réunions,
  1055. 49:22pour discuter, etc.
  1056. 49:24Il va écouter, tout le monde va rentrer chez soi
  1057. 49:26et ça va recommencer comme avant.
  1058. 49:27D’ailleurs, vous, vous demandez à le rencontrer.
  1059. 49:30Oui, on l’a demandé, mais c’est ce qu’il avait fait...
  1060. 49:32Vous n’avez pas eu de réponse pour l’instant.
  1061. 49:34On n’a pas eu de réponse.
  1062. 49:36C’est ce qu’il avait fait exactement durant le mouvement des Gilets jaunes.
  1063. 49:39Ensuite, il va organiser un vrai débat.
  1064. 49:41Il l’a annoncé. « On va débattre »,
  1065. 49:43comme il l’avait fait dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes.
  1066. 49:46Il avait organisé des débats dans les mairies.
  1067. 49:51« Transmettez-moi vos cahiers de doléances. »
  1068. 49:53D’ailleurs, on ne sait pas ce qu’ils sont devenus.
  1069. 49:55On attend toujours. Donc en fin de compte...
  1070. 49:58Ils sont dans les archives départementales.
  1071. 50:00Pour les chercheurs peut-être, pour les universitaires.
  1072. 50:03Même publiés, ils ne peuvent pas le faire.
  1073. 50:05Exactement. En fait, il utilise exactement la même méthode,
  1074. 50:08qui a marché, disons-le, puisqu’après,
  1075. 50:10il a été réélu président de la République en 2022,
  1076. 50:13grâce à la gestion du Covid, on va dire.
  1077. 50:15Il utilise la même méthode.
  1078. 50:18Il ne faut pas être dupe, il ne va pas satisfaire
  1079. 50:20les revendications des lycéens, des étudiants.
  1080. 50:25Et c’est grave, ce qui se passe dans notre pays, parce que...
  1081. 50:27Moi, je suis très sensible au discours des lycéens
  1082. 50:32qui veulent la suppression de Parcoursup,
  1083. 50:34parce que je considère que la France était un des seuls pays au monde
  1084. 50:39qui permettait la réussite sociale
  1085. 50:41de quelqu’un qui vient d’un milieu qui n’est pas très favorisé.
  1086. 50:45Excusez-moi, je vais vous donner mon exemple.
  1087. 50:48Moi, j’ai fait un bac technologique.
  1088. 50:50J’ai fait un bac technologique.
  1089. 50:52Si, aujourd’hui, je sortais d’un bac technologique,
  1090. 50:55jamais je n’aurais pu faire des études de droit,
  1091. 50:57sachant qu’en plus, mon bac technologique,
  1092. 50:59je l’ai eu à 10 de moyenne au premier tour.
  1093. 51:02J’ai fait un bac technologique, j’ai fait des études de droit
  1094. 51:04et j’ai terminé un doctorat en droit à Assas.
  1095. 51:07Donc on m’a donné cette chance.
  1096. 51:08Bien sûr, médecine, ça aurait été compliqué pour moi
  1097. 51:11avec mon bac technologique.
  1098. 51:12Et là, aujourd’hui, en fait, on stresse les lycéens,
  1099. 51:15on stresse les étudiants, parce qu’il y a également Mon Master,
  1100. 51:19ils sont dans la même configuration.
  1101. 51:22Dès le début de leur vie, on les stresse
  1102. 51:23pour essayer d’aller au plus vers l’excellence,
  1103. 51:26alors que moi, en fin de compte, je n’étais pas super bon en secondaire,
  1104. 51:30parce que j’ai eu une interruption, et après, je m’y suis remis.
  1105. 51:33En fait, c’était l’égalité des chances.
  1106. 51:35Il n’y a plus d’égalité des chances parce qu’en fait,
  1107. 51:38les lycéens de banlieue ne seront jamais admis à Parcoursup,
  1108. 51:41ça ne sera que les lycéens
  1109. 51:46des lycées de l’ouest de Paris, voire de l’est de Paris.
  1110. 51:51Je trouve ça hyper révoltant.
  1111. 51:54Sur cette question de la violence, des pilleurs, des casseurs, etc.,
  1112. 51:58est-ce que ça vous fatigue, Sarah Bennani,
  1113. 52:00qu’on demande toujours aux manifestants de condamner ?
  1114. 52:02Est-ce que vous considérez, vous, qu’il y a une un aspect politique
  1115. 52:06dans ces scènes qu’on a vues, voire une part de violence légitime ?
  1116. 52:10Moi, ça me fatigue grandement,
  1117. 52:12et je pense que « grandement », ça ne commence pas à couvrir
  1118. 52:14le niveau de fatigue qu’on a collectivement
  1119. 52:18face à tout ce qui se passe.
  1120. 52:21Pour une fois, j’aimerais reprendre les mots d’Emmanuel Macron.
  1121. 52:23Il dit : « On ne comprend pas comment on peut en arriver là. »
  1122. 52:26Ah bah si, si, on peut comprendre, et il y a mille raisons.
  1123. 52:30Il y a mille raisons.
  1124. 52:31Très justement, ce que disait le camarade des Gilets jaunes,
  1125. 52:34en fait, on n’a pas de perspective d’avenir.
  1126. 52:37On n’a pas de perspective d’avenir,
  1127. 52:39donc déjà, la vie, actuellement, elle est compliquée,
  1128. 52:41et puis en fait, dans les générations précédentes,
  1129. 52:43il y avait un peu ce mythe de se dire :
  1130. 52:45« Quand on aura notre CDI, quand on sera propriétaire... »,
  1131. 52:49mais c’est un rêve.
  1132. 52:51Ça n’existe pas pour nos générations.
  1133. 52:53C’est une chose à laquelle on ne pense même pas.
  1134. 52:57Il y a des jeunes de mon âge qui dorment dehors.
  1135. 53:00On en est à ce stade-là.
  1136. 53:02Je pense que personne ne prend la mesure des choses.
  1137. 53:06On n’a pas d’avenir, on n’a pas de projection.
  1138. 53:09Parcoursup, Mon Master, c’est un super exemple.
  1139. 53:11Moi, Parcoursup, j’ai fini par faire une licence
  1140. 53:14que je n’aimais pas du tout,
  1141. 53:15parce que j’ai été acceptée trop loin de chez moi
  1142. 53:17et que je n’avais pas les moyens pour prendre un logement
  1143. 53:20sur cette université qui était trop loin.
  1144. 53:22Mon Master, j’ai été refusée de toutes mes candidatures,
  1145. 53:25et du coup, je me suis retrouvée dans une école privée
  1146. 53:27qui n’était pas du tout au niveau de l’enseignement public.
  1147. 53:30Donc en fait, c’est ça, la vie qu’on propose à nos jeunes.
  1148. 53:34Le camarade disait qu’il a fait un bac technologique.
  1149. 53:36Moi, j’ai un pote qui a fait un bac technologique
  1150. 53:38et qui voulait faire des études supérieures.
  1151. 53:40Pareil, refusé de partout, et là, ça fait cinq ans qu’il bosse à Amazon,
  1152. 53:43pour ne pas les citer.
  1153. 53:46En fait, comment est-ce qu’on peut
  1154. 53:48prendre la parole à heure de grande écoute,
  1155. 53:51se poser en tant que président de la République
  1156. 53:54et dire des choses comme ça ?
  1157. 53:55C’est indécent.
  1158. 53:56Donc la fatigue, elle est là, mais il y a de la colère aussi, surtout.
  1159. 54:00Lucie Castets, je vous vois approuver ce que vient de dire Sarah Bennani.
  1160. 54:03Je rappelle que vous êtes maire d’arrondissement à Paris.
  1161. 54:06Vous, vous avez accompagné les commerçants qui ont été touchés,
  1162. 54:09mais est-ce que vous aussi,
  1163. 54:14vous partagez ce constat
  1164. 54:16de l’absence de réponse politique depuis le début de ce mouvement ?
  1165. 54:19Est-ce que, pour vous, ça vient aussi d’une forme de déni démocratique ?
  1166. 54:23Je rappelle que, par exemple, en 2024,
  1167. 54:26vous aviez été proposée pour...
  1168. 54:28Pardon de ramener ça sur le tapis,
  1169. 54:30mais ça a son importance dans la discussion
  1170. 54:32parce que quand on parle de déni démocratique,
  1171. 54:34on se souvient qu’après la dissolution, aux élections législatives anticipées,
  1172. 54:38le parti qui obtient
  1173. 54:39le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée,
  1174. 54:42c’est la coalition du NFP,
  1175. 54:44et finalement,
  1176. 54:46Emmanuel Macron choisit de nommer Michel Barnier,
  1177. 54:49qui est un homme de droite.
  1178. 54:51Qui se coalise avec le Rassemblement national,
  1179. 54:54enfin qui cherche ses voix à l’Assemblée quelques semaines plus tard.
  1180. 54:57Est-ce qu’il y a aussi ces racines-là dans la colère d’aujourd’hui
  1181. 55:01qui éclate aussi sous forme de violence ?
  1182. 55:03Déjà, je voulais aussi intervenir dans la continuité de ce qui a été dit.
  1183. 55:06On entend tous les ministres macronistes et d’autres dire :
  1184. 55:09« La violence n’a pas sa place dans notre société »
  1185. 55:12en réaction aux pillages, aux cassages, etc.
  1186. 55:16Je trouve que c’est ignorer le fait
  1187. 55:18que la violence est partout dans notre société.
  1188. 55:20Sarah en a exprimé quelques exemples : des jeunes qui dorment dans la rue,
  1189. 55:24des jeunes qui ont un avenir totalement bouché.
  1190. 55:27Il faut avoir conscience que la violence est partout,
  1191. 55:29Alma le disait,
  1192. 55:30dans le fait que les gens ne peuvent plus vivre dignement,
  1193. 55:33ne peuvent plus vivre en sécurité matérielle,
  1194. 55:35psychique, mentale, sanitaire,
  1195. 55:37et que donc, leur renvoyer au visage
  1196. 55:40qu’il y a une violence qui n’est pas acceptable
  1197. 55:43et, en creux, que tout le reste
  1198. 55:44de la violence sociale et institutionnelle
  1199. 55:47que les gens subissent l’est, c’est inadmissible,
  1200. 55:49et je comprends que ça crée une colère immense.
  1201. 55:52Et dire ça, ça ne veut pas dire que je trouve ça formidable
  1202. 55:55et que j’applaudis des deux mains le fait qu’on saccage des magasins.
  1203. 55:58Et je trouve que cette absence totale de nuance possible dans le débat,
  1204. 56:02notamment du fait du traitement médiatique,
  1205. 56:04met aussi notre société sous cloche,
  1206. 56:06nous empêche d’avoir des discussions constructives,
  1207. 56:08et ça, vraiment, je le regrette énormément.
  1208. 56:10Et d’ailleurs, ça, j’ai l’impression que les gens s’en rendent compte.
  1209. 56:13Moi, quand je vais sur le terrain dans le 12e...
  1210. 56:15Dimanche, j’étais allée voir les habitants
  1211. 56:17et les commerçants du 12e arrondissement
  1212. 56:19qui avaient pour certains tout perdu.
  1213. 56:22Ils disaient : « Nous, on ne comprend pas.
  1214. 56:24On est abandonnés. Pourquoi la police n’est pas venue ?
  1215. 56:27Pourquoi on ne nous dit rien ? »
  1216. 56:28On essaye d’apporter des réponses à l’échelle de la collectivité,
  1217. 56:31mais ce n’est pas notre responsabilité de premier rang.
  1218. 56:34Mais je pense que les gens attendent des réponses politiques,
  1219. 56:37même des gens qui ne sont pas forcément politisés,
  1220. 56:39encore moins politisés à gauche.
  1221. 56:40En tout cas, ça fait bouger quelque chose,
  1222. 56:43et je pense que maintenant va s’ouvrir le chapitre de la réponse politique.
  1223. 56:47On va en parler après, je ne spoile pas la suite, mais...
  1224. 56:50C’est maintenant. Vous m’offrez une transition,
  1225. 56:53sauf si vous avez encore quelque chose à ajouter.
  1226. 56:55Non, mais je veux bien après rebondir sur ça.
  1227. 56:58Il se passe plein de choses sur le plan politique
  1228. 57:00depuis le début de ce mouvement,
  1229. 57:01mais ça s’est vraiment accéléré depuis le 17 octobre.
  1230. 57:05En tout cas, il y a une petite musique qui montait depuis le début
  1231. 57:09avec le gouvernement qui, parmi d’autres voix,
  1232. 57:12dénonçait la supposée responsabilité de La France insoumise
  1233. 57:15et de ses supposés « proxys d’ultragauche », je cite,
  1234. 57:19dans les violences. Hier, Mediapart a révélé
  1235. 57:21que les services de renseignement auraient pu avoir pour consigne
  1236. 57:25de cibler le parti de Jean-Luc Mélenchon.
  1237. 57:27« On nous demande d’écrire que LFI est derrière le mouvement.
  1238. 57:30Il y a des choses indicibles, mais quand on nous demande texto
  1239. 57:33d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement
  1240. 57:36alors que c’est objectivement faux
  1241. 57:38de l’avis général des renseignements territoriaux,
  1242. 57:41forcément on a des décisions politiques »,
  1243. 57:43rapporte un commissaire du renseignement territorial.
  1244. 57:46« Je ne vois pas ce qu’a à voir LFI dans l’histoire de ce fiasco »,
  1245. 57:49déplore le responsable d’une organisation syndicale de police.
  1246. 57:52« C’est dangereux de politiser ainsi un échec aussi grossier
  1247. 57:55et surtout de ne pas en assumer l’entière responsabilité.
  1248. 57:58Pourtant, je ne porte pas LFI dans mon cœur », fin de citation.
  1249. 58:01Alma Dufour, quelle est la portée de ces révélations,
  1250. 58:04et surtout, quelles conclusions politiques il faut en tirer ?
  1251. 58:08Écoutez, j’aimerais vous dire que ça nous a surpris.
  1252. 58:12Malheureusement, ce n’est pas le cas,
  1253. 58:14parce que je vais vous rappeler la très douloureuse affaire
  1254. 58:17de la mort de Quentin Deranque,
  1255. 58:20où, effectivement, on a vu de la même manière,
  1256. 58:23à quelques jours des municipales, se dérouler un scénario
  1257. 58:26où, en fait, les renseignements généraux
  1258. 58:28n’ont pas tout dit de ce dont ils avaient été témoins,
  1259. 58:32c’est-à-dire d’une rixe réelle entre extrême droite et antifas,
  1260. 58:37c’est-à-dire qu’ils étaient présents
  1261. 58:39au moment des coups portés à Quentin Deranque
  1262. 58:41et qu’ils ont vu Quentin Deranque repartir seul,
  1263. 58:43et après, effectivement, il n’est pas allé à l’hôpital, il est décédé.
  1264. 58:46Tout ça, on l’a appris plusieurs jours après,
  1265. 58:48après, effectivement, qu’il y a eu un hommage
  1266. 58:50rendu à l’Assemblée nationale pour une personne
  1267. 58:53dont le gouvernement savait déjà qu’il était néonazi, littéralement,
  1268. 58:57et, pareil, souvenez-vous, tout a été mis
  1269. 58:59pour vraiment nous accuser, accuser Rima Hassan,
  1270. 59:02accuser tout le monde d’avoir provoqué volontairement cette mort
  1271. 59:05et complètement cacher tout ce qui s’était passé juste avant.
  1272. 59:08Le procureur a fait une conférence de presse
  1273. 59:10où il a littéralement menti, menti à la presse,
  1274. 59:13et après, des vidéos démontrent effectivement qu’il y a une rixe,
  1275. 59:16que ce n’est pas une agression gratuite, quoi qu’il en soit.
  1276. 59:20Malheureusement, c’est très grave.
  1277. 59:21M. Nuñez, qui était donc toujours ministre de l’Intérieur à l’époque,
  1278. 59:24n’a pas du tout été inquiété.
  1279. 59:26Personne ne lui a dit : « Attendez, là, vous êtes allé trop loin
  1280. 59:28dans vos prérogatives de ministre de l’Intérieur »,
  1281. 59:31c’est-à-dire que vous envoyez des procureurs
  1282. 59:33mentir à la télé, donc aux citoyens,
  1283. 59:35vous contrôlez les renseignements généraux...
  1284. 59:37Non mais c’est la vérité. Pardon, excusez-moi,
  1285. 59:39je sais que c’est pour des gens, c’est choquant.
  1286. 59:42Je suis députée. Croyez-moi que ce n’est pas de gaieté de cœur
  1287. 59:45que je dis qu’un procureur ment à la télé, honnêtement,
  1288. 59:48mais il faut quand même qu’on se...
  1289. 59:50Un procureur, je ne dis pas tous les procureurs en permanence.
  1290. 59:52Et donc, sur cette enquête, en fait, c’est la même chose.
  1291. 59:55Effectivement, la question maintenant, pour moi et pour nous, est :
  1292. 59:59est-ce qu’ils nous instrumentalisent
  1293. 1:00:01pour couvrir leur fiasco de non-anticipation ?
  1294. 1:00:05Ou est-ce que c’est pire que ça,
  1295. 1:00:07puisque, encore une fois, et je resoulève la question
  1296. 1:00:09des vidéos montrant des agents provocateurs,
  1297. 1:00:11des policiers casseurs et aussi les témoignages des maires,
  1298. 1:00:14il y a eu du laisser-faire dans les dégradations ?
  1299. 1:00:17Ou est-ce qu’il n’y a pas une stratégie, ce qui est encore plus coupable,
  1300. 1:00:20volontaire de laisser faire certaines choses,
  1301. 1:00:23je ne dis pas tout, mais certaines choses,
  1302. 1:00:24pour marquer des points électoralement
  1303. 1:00:27et pour essayer de disqualifier totalement
  1304. 1:00:30la première force d’opposition,
  1305. 1:00:32j’allais dire à gauche, mais aussi à sa politique en général,
  1306. 1:00:35quand on voit aujourd’hui
  1307. 1:00:36les propositions du Rassemblement national
  1308. 1:00:38qui emboîtent totalement le pas à celles d’Emmanuel Macron
  1309. 1:00:41en termes de coupes budgétaires, 130 milliards d’économies,
  1310. 1:00:43qui auront les mêmes effets qui sont déplorés aujourd’hui dans la rue,
  1311. 1:00:46ou même leur réaction déjà pendant le mouvement lycéen
  1312. 1:00:49et évidemment depuis le 17 octobre,
  1313. 1:00:50avec aucune mise en recul
  1314. 1:00:52de la légitimité de certaines revendications :
  1315. 1:00:55« Rentrez chez vous. Taisez-vous. Aux ordres. »
  1316. 1:00:59Je me mets à la place de certains électeurs
  1317. 1:01:00du Rassemblement national, dont les enfants vont
  1318. 1:01:02dans des lycées professionnels et des lycées publics.
  1319. 1:01:05Ils disent à leurs gosses : « Sacrifiez votre avenir.
  1320. 1:01:07Vous n’avez pas le droit de vous battre pour plus.
  1321. 1:01:09Rentrez chez vous. » Et donc, à un moment donné,
  1322. 1:01:11moi, je le vois comme une stratégie de manipulation.
  1323. 1:01:13J’en tire les conséquences avant même que Marine Le Pen
  1324. 1:01:17soit éventuellement élue au pouvoir, alors que Macron fait beaucoup de choses
  1325. 1:01:20pour qu’elle y arrive... On est déjà en train de basculer
  1326. 1:01:22dans un glissement qui ne ressemble plus à l’État de droit,
  1327. 1:01:25et je rejoins ce qu’a dit l’avocate derrière moi, c’est-à-dire :
  1328. 1:01:28« Dans quel État de droit sommes-nous ? »
  1329. 1:01:30On en arrive, effectivement, et ça, c’est depuis des décennies,
  1330. 1:01:33à une absence de justice quand la police est impliquée
  1331. 1:01:36dans des affaires de meurtres et de violences,
  1332. 1:01:38mais aussi à une instrumentalisation du renseignement intérieur
  1333. 1:01:41et des procureurs, et aussi de la justice pour Rima Hassan,
  1334. 1:01:45quand M. Nuñez avait donné des informations fausses et illégales,
  1335. 1:01:48au cours d’une enquête aux médias... Dans quel État sommes-nous ?
  1336. 1:01:52Est-ce que nous ne sommes pas déjà en train de glisser
  1337. 1:01:54— dans un État illibéral ? — Margot Pugliese,
  1338. 1:01:57est-ce qu’on est, avec ce qui est en train de se passer,
  1339. 1:02:01justement, dans un glissement vers un État autoritaire ?
  1340. 1:02:06Ce qui se passe, mais ce qui se passe en réalité depuis 2018...
  1341. 1:02:12On assiste à exactement la même chose, c’est-à-dire à un garde des Sceaux
  1342. 1:02:16qui donne des consignes à tous les procureurs de France
  1343. 1:02:19qui tendent à mettre à mal un mouvement social.
  1344. 1:02:25Il y a un terme qui est assez éloquent dans l’arrêté préfectoral de Paris
  1345. 1:02:29pour justifier le couvre-feu.
  1346. 1:02:32Ils viennent dire : « Les violences urbaines
  1347. 1:02:34qui ont caractérisé le développement des mouvements lycéen et estudiantin. »
  1348. 1:02:39C’est-à-dire que pour justifier le couvre-feu,
  1349. 1:02:44on vient dire que ce mouvement était intrinsèquement violent
  1350. 1:02:47depuis le départ.
  1351. 1:02:49Et en fait, on vient systématiquement dire
  1352. 1:02:53que les gens sont violents,
  1353. 1:02:55que les gens qui manifestent sont violents,
  1354. 1:02:56que les gens qui essaient de revendiquer des droits sont violents
  1355. 1:03:01pour justifier des interpellations massives,
  1356. 1:03:04pour justifier des défèrements,
  1357. 1:03:06pour justifier des mesures de garde à vue
  1358. 1:03:07et des détournements de procédures, en réalité.
  1359. 1:03:09Parce que quand le garde des Sceaux vient demander
  1360. 1:03:11aux procureurs de la République d’ouvrir toutes les enquêtes
  1361. 1:03:15dans le cadre de la criminalité organisée,
  1362. 1:03:18ça n’est ni plus ni moins qu’une demande du garde des Sceaux
  1363. 1:03:21tendant à détourner la procédure pénale
  1364. 1:03:23afin de pouvoir allonger les délais de garde à vue,
  1365. 1:03:25afin de pouvoir faire des perquisitions de nuit,
  1366. 1:03:28afin de pouvoir procéder à des interceptions téléphoniques,
  1367. 1:03:32afin de pouvoir récupérer tout un tas de données
  1368. 1:03:35des citoyens français dans un cadre légal
  1369. 1:03:40qui n’est plus le cadre pour lequel... Qui est illégitime, en réalité.
  1370. 1:03:47Et là, on assiste à un glissement, à un basculement et à une ingérence
  1371. 1:03:52dans nos libertés fondamentales qui est très inquiétante.
  1372. 1:03:56Cet après-midi, il a été interrogé, Laurent Nuñez,
  1373. 1:04:00sur ces révélations-là.
  1374. 1:04:02Camille, tu es l’une des autrices de ces révélations, de cet article.
  1375. 1:04:07Et donc, Laurent Nuñez, cet après-midi à l’Assemblée, il dit :
  1376. 1:04:10« C’est faux, tout est faux. » Il le dit trois fois.
  1377. 1:04:14Et il dit : « C’est juste un off, comme ça, d’un policier. »
  1378. 1:04:18Pourtant, en fait, il n’y a pas qu’une source dans cette enquête.
  1379. 1:04:20Qu’est-ce que ça dit, cette réaction de Laurent Nuñez ?
  1380. 1:04:23Ça dit que Laurent Nuñez dit que des policiers mentent,
  1381. 1:04:27alors que jusqu’à présent, il dit que ce n’est pas possible.
  1382. 1:04:29Donc, soit Laurent Nuñez désavoue ses troupes
  1383. 1:04:35qui disent avoir reçu des consignes politiques...
  1384. 1:04:37Ce n’est pas nous qui écrivons dans un article
  1385. 1:04:39que des consignes politiques ont été données
  1386. 1:04:41pour charger la mule sur LFI.
  1387. 1:04:42Il se trouve qu’il y a des déclarations publiques de ministres,
  1388. 1:04:45que ce soit Laurent Nuñez ou Sébastien Lecornu,
  1389. 1:04:47des déclarations faites à la télévision ou à l’Assemblée nationale,
  1390. 1:04:50devant tout le monde, qui tendent à donner un rôle à LFI
  1391. 1:04:54dans le mouvement lycéen et estudiantin, en les accusant d’attiser le feu.
  1392. 1:04:59On a cité dans cet article de nombreuses paroles
  1393. 1:05:02qui ont été prononcées par ces ministres,
  1394. 1:05:04donc c’est, j’allais dire, leur ligne éditoriale
  1395. 1:05:06depuis le début du mouvement que d’accuser LFI d’une part
  1396. 1:05:08et l’ultragauche d’autre part,
  1397. 1:05:10qui est donc pas très bien définie dans leur bouche.
  1398. 1:05:13Mais en tout cas, il y a une ultragauche qui,
  1399. 1:05:15aux côtés de LFI, voire ensemble, serait à l’origine de tout ça.
  1400. 1:05:21Ensuite, ce qu’on retrouve dans les paroles de policiers
  1401. 1:05:24qu’on a interrogés pour cet article...
  1402. 1:05:26C’est des policiers qui, en réalité,
  1403. 1:05:28critiquent cette ligne éditoriale gouvernementale en disant :
  1404. 1:05:31« Nous, on trouve que le gouvernement exagère en disant que LFI
  1405. 1:05:34est derrière les violences et que c’est faux de le dire. »
  1406. 1:05:38Donc, on a plusieurs témoignages
  1407. 1:05:40de plusieurs policiers différents, évidemment,
  1408. 1:05:43et parmi les éléments qui nous permettent
  1409. 1:05:45de construire cet article, il y a un message qui est envoyé
  1410. 1:05:49par un commissaire du renseignement territorial
  1411. 1:05:51à d’autres policiers.
  1412. 1:05:54C’est un échange qui ne nous a pas été, j’allais dire, donné à nous.
  1413. 1:05:57Ce n’est pas quelqu’un qui témoigne auprès de nous,
  1414. 1:05:59c’est quelqu’un qui parle à ses collègues,
  1415. 1:06:00et on a eu accès à cet échange écrit qu’on a pu lire.
  1416. 1:06:04Et donc, dans cet échange écrit, cette personne se plaint
  1417. 1:06:06d’avoir reçu des consignes pour modifier les notes de renseignement,
  1418. 1:06:11dans le sens qui tendrait à dire que LFI est responsable.
  1419. 1:06:15Ensuite, Laurent Nuñez se débrouille avec ça,
  1420. 1:06:17et s’il dit que c’est faux, nous, on ne fait que rapporter des faits.
  1421. 1:06:20Pierre, toi qui as suivi toutes les manifestations,
  1422. 1:06:22tous les blocages, enfin certains blocages, pas tous,
  1423. 1:06:26ça t’aurait pris beaucoup de temps depuis le 17 septembre,
  1424. 1:06:28qu’est-ce que tu peux nous dire de cette supposée responsabilité,
  1425. 1:06:32qui tourne beaucoup dans les discours, de LFI sur les violences,
  1426. 1:06:35des liens avec l’ultragauche, etc. Qu’est-ce que tu as vu sur le terrain ?
  1427. 1:06:38Je trouve qu’il y a deux choses qui sont intéressantes là-dedans.
  1428. 1:06:41C’est déjà la chronologie des faits, donc comment commence ce mouvement.
  1429. 1:06:45Le mouvement, il commence le 17 septembre,
  1430. 1:06:46c’est-à-dire il y a un mois tout pile, par une grève de professeurs
  1431. 1:06:49au lycée Saint-Exupéry de Créteil, qui est un lycée polyvalent,
  1432. 1:06:52parce que la rentrée est catastrophique,
  1433. 1:06:54ils n’ont plus de proviseur adjoint, ils n’ont plus de CPE, et surtout,
  1434. 1:06:57il leur manque un chef de travaux, c’est-à-dire les professeurs qui,
  1435. 1:07:00pour les filières professionnelles, sont en capacité
  1436. 1:07:02de leur donner des stages, de signer les conventions de stage, etc.
  1437. 1:07:05Le lendemain, les élèves de Terminale embrayent et font un blocus.
  1438. 1:07:09— Ensuite... — Un blocage.
  1439. 1:07:10Un blocage, pardon. Ensuite, LFI arrive à partir du lundi,
  1440. 1:07:14c’est-à-dire que Louis Boyard, député de la circonscription,
  1441. 1:07:18vient sur le blocus...
  1442. 1:07:19Le blocage, pardon, et il fait une vidéo...
  1443. 1:07:22On a aussi nos débats internes à Mediapart sur les termes.
  1444. 1:07:25Au début, j’écrivais blocus, c’est pour ça que ça me perd.
  1445. 1:07:28Il fait une vidéo qui, c’est vrai, devient un petit peu virale,
  1446. 1:07:31et ensuite, le mouvement part,
  1447. 1:07:33mais le mouvement ne part pas de la vidéo de Louis Boyard,
  1448. 1:07:35il part de la condition de base des lycées qui manquent de moyens.
  1449. 1:07:40Et c’est sur ça qu’ensuite, les autres lycées,
  1450. 1:07:43les autres lycéens, en fait, se sentent concernés
  1451. 1:07:47et embrayent sur le mouvement.
  1452. 1:07:49Et d’ailleurs, on le voit tout au long du mouvement,
  1453. 1:07:51et je vais, pardon, critiquer un tout petit peu LFI,
  1454. 1:07:54mais LFI a parfois été à la rue dans ce mouvement.
  1455. 1:07:57Je vais prendre un exemple tout bête, c’est le mardi 13 octobre
  1456. 1:08:01où il y a eu deux cortèges à Paris : il y a eu un cortège intersyndical
  1457. 1:08:04et il y a eu un cortège qui a été mené par l’Interfac.
  1458. 1:08:06On a Coppélia qui en est une représentante ici.
  1459. 1:08:10LFI était dans le cortège intersyndical, où il y avait beaucoup moins de monde
  1460. 1:08:14et où le cortège était beaucoup plus... J’allais dire « médiocre ».
  1461. 1:08:17C’est méchant, mais en tout cas, beaucoup plus terne.
  1462. 1:08:21Alors que l’autre, ça a été une vraie démonstration de force,
  1463. 1:08:23avec beaucoup de cortèges extrêmement joyeux,
  1464. 1:08:26on a aussi documenté ça dans Mediapart,
  1465. 1:08:29beaucoup plus de monde et beaucoup plus de jeunes,
  1466. 1:08:32notamment issus des quartiers populaires et des lycées populaires.
  1467. 1:08:35Et donc, en fait, ça montre que cette accusation vis-à-vis de LFI,
  1468. 1:08:38elle est totalement fausse, dans le sens où c’est infantiliser
  1469. 1:08:44les lycéens et les étudiants dans leurs revendications,
  1470. 1:08:47où c’est dire qu’en fait, ces gens-là ne sont pas capables de penser
  1471. 1:08:50et ne sont pas capables d’avoir des revendications
  1472. 1:08:53sur leur réalité propre, que LFI essaye de défendre
  1473. 1:08:56avec des propositions, et ça, en l’occurrence,
  1474. 1:08:58ce n’est pas à moi d’en juger. Mais ce que je veux dire,
  1475. 1:09:00c’est que ces revendications-là, elles existaient bien avant
  1476. 1:09:04que LFI arrive « en soutien au mouvement ».
  1477. 1:09:07— Fabien Truong. — Oui, et je voudrais rebondir
  1478. 1:09:09sur l’infantilisation, aussi, du débat public, parce qu’en fait,
  1479. 1:09:12dans ce narratif, c’est un évitement du politique.
  1480. 1:09:15C’est-à-dire qu’on cherche un responsable,
  1481. 1:09:18on cherche un méchant, en fait. Et du coup,
  1482. 1:09:20comme si on allait trouver le méchant, on allait régler le problème.
  1483. 1:09:25Et le problème, en fait, et là, on l’a bien entendu,
  1484. 1:09:27c’est le problème d’un sous-investissement massif
  1485. 1:09:31depuis 15 ans dans l’éducation.
  1486. 1:09:33Ce qu’il faut rappeler, c’est que depuis les années 90,
  1487. 1:09:37on a voulu avoir une politique de massification scolaire,
  1488. 1:09:40qui est réelle dans l’ouverture aux classes populaires.
  1489. 1:09:43C’est-à-dire que de manière continue, croissante, tous les ans,
  1490. 1:09:46on a de plus en plus de jeunes de milieux populaires
  1491. 1:09:48qui font des études longtemps et durablement,
  1492. 1:09:51et notamment à l’université. Donc, cette ouverture,
  1493. 1:09:54les aspirations qui vont avec et les attentes qui vont avec,
  1494. 1:09:57qu’on entend très bien en fait, ici, elles se sont...
  1495. 1:10:00Ça, ça a existé, mais on ne s’est jamais doté
  1496. 1:10:02des moyens pour, en fait, accueillir. Et c’est intéressant, l’idée...
  1497. 1:10:08Quand j’entends « Moi, il y a quelques années,
  1498. 1:10:11c’était "plus possible" », c’est basique :
  1499. 1:10:15le rapport entre les individus et les moyens était plus favorable.
  1500. 1:10:18Moi, j’ai fait une enquête sur des jeunes de quartiers populaires
  1501. 1:10:21qui commence à dater, il y a dix ans,
  1502. 1:10:22et je vois bien la différence entre le niveau d’accompagnement
  1503. 1:10:26qu’ils ont pu avoir à l’époque et celui qu’ils ont aujourd’hui.
  1504. 1:10:29Ce n’est pas que la question des profs,
  1505. 1:10:31c’est aussi la question, on n’en a pas parlé,
  1506. 1:10:33mais du secteur associatif, du travail social,
  1507. 1:10:35de tout l’enveloppement éducatif qui permet...
  1508. 1:10:37En fait, dans les quartiers populaires,
  1509. 1:10:39la réussite, elle est toujours collective.
  1510. 1:10:40C’est un enveloppement qui permet à des trajectoires
  1511. 1:10:44d’avoir suffisamment de sécurité morale, sociale, scolaire,
  1512. 1:10:47qui fait qu’on peut battre les déterminismes sociaux.
  1513. 1:10:51Je peux donner aussi un chiffre en ce qui concerne l’université.
  1514. 1:10:54Entre 2010 et 2020, on a une croissance,
  1515. 1:10:56dans les universités, de 20 % des effectifs étudiants.
  1516. 1:11:00Dans le même temps, on a une diminution de 2 %
  1517. 1:11:02du personnel enseignant.
  1518. 1:11:03Je veux dire, on ne peut pas accueillir. On accueille mal.
  1519. 1:11:06Et puis, on a aussi des problèmes de bâti.
  1520. 1:11:09Le stress et l’angoisse qui portent sur Parcoursup,
  1521. 1:11:12c’est aussi lié au fait que dans un système hyper contraint,
  1522. 1:11:15avec beaucoup de pénurie, eh bien en fait, les jeunes
  1523. 1:11:18vont aller chercher les filières où on est mieux accueillis,
  1524. 1:11:22classes prépas, STS, IUT, et en fait,
  1525. 1:11:27derrière la question de la sélection, il y a une question aussi
  1526. 1:11:30de ségrégation, mais de différents niveaux d’accueil :
  1527. 1:11:33matériel, concret, éducatif.
  1528. 1:11:36Et c’est ça qui est en jeu dès le lycée,
  1529. 1:11:39parce que quand on n’a pas de prof, ça crève les yeux,
  1530. 1:11:41d’une certaine manière, mais ça se rejoue dans le supérieur.
  1531. 1:11:44Et pareil, le fait que les étudiants rejoignent les lycéens...
  1532. 1:11:50Ils ne rejoignent pas les lycéens, c’est un continuum, en fait.
  1533. 1:11:54Et donc, la question politique,
  1534. 1:11:56c’est la question du niveau d’investissement.
  1535. 1:11:58Et là, il y a un énorme rattrapage à faire, en fait.
  1536. 1:12:01Tant qu’on n’aura pas posé cette question sur la table
  1537. 1:12:03de manière très concrète
  1538. 1:12:05et tant qu’on discutera pas de comment on fait ce rattrapage,
  1539. 1:12:08parce qu’en fait, il y a quand même un consensus sur cette question...
  1540. 1:12:11Je pense que tout le monde en France est d’accord pour dire
  1541. 1:12:14que tout le monde devrait avoir des profs, des tables et des chaises.
  1542. 1:12:16Je pense que c’est vraiment une sorte de revendication « de base »,
  1543. 1:12:20qui est en plus dans le cœur de la devise républicaine.
  1544. 1:12:24Et donc maintenant, la question, c’est : quels moyens on met ?
  1545. 1:12:27Il y a un rattrapage à faire. Ça, il faut le dire, il faut l’entendre.
  1546. 1:12:30Et du coup, ça nécessite plus que de petits arbitrages budgétaires.
  1547. 1:12:35Coppélia Moreau, sur ce terme d’ « infantilisation » du mouvement,
  1548. 1:12:39est-ce que vous êtes d’accord avec ça ?
  1549. 1:12:41Oui, tout à fait, mais ça rejoint un peu ce qu’on disait tout à l’heure
  1550. 1:12:44sur le fait que ni le gouvernement, ni cette société
  1551. 1:12:46n’ont de leçon de morale à nous faire,
  1552. 1:12:48et c’est pourtant ce qu’ils essayent partout.
  1553. 1:12:50Là, je rejoins évidemment ce qui a été dit
  1554. 1:12:52sur la question de l’État dans les universités.
  1555. 1:12:54Et en fait, je pense que ce que le gouvernement n’aime pas,
  1556. 1:12:57c’est qu’il y a aussi une compréhension,
  1557. 1:12:59même s’il essaye d’infantiliser la jeunesse.
  1558. 1:13:01En effet, la jeunesse comprend le but et l’objectif
  1559. 1:13:04qu’il y a derrière Parcoursup, Mon Master
  1560. 1:13:06et la sélection à l’entrée à l’université.
  1561. 1:13:07C’est-à-dire que c’est pas juste de faire de l’économie sur notre dos,
  1562. 1:13:10alors que de l’argent, en fait, on voit qu’il y en a pour la guerre.
  1563. 1:13:13Les lycéens, on leur dit...
  1564. 1:13:14Parce que Parcoursup, c’est 1 jeune sur 3,
  1565. 1:13:161 candidat sur 3 qui sort du lycée avec son bac en poche,
  1566. 1:13:19qui candidate et qui n’a rien. Mais après, le gouvernement
  1567. 1:13:22met de l’argent pour le service militaire volontaire
  1568. 1:13:24et il va faire sa propagande dans les lycées.
  1569. 1:13:26Donc nous, on le dit, il n’y a pas d’argent pour nous,
  1570. 1:13:28mais il y en a pour la guerre. C’est déjà la première chose,
  1571. 1:13:30la question de l’économie qui est faite sur notre dos,
  1572. 1:13:32mais aussi une compréhension, quand même,
  1573. 1:13:35que le gouvernement essaye par tous les bouts...
  1574. 1:13:39Là, par exemple, si je fais juste le lien
  1575. 1:13:41avec ce qu’on disait tout à l’heure, il y a un durcissement
  1576. 1:13:44de la part du gouvernement, on le voit, état d’urgence, etc,
  1577. 1:13:46mais là, les attaques aussi sur des organisations de gauche,
  1578. 1:13:50de la mobilisation, que ce soit La France insoumise,
  1579. 1:13:53les organisations d’extrême gauche aussi,
  1580. 1:13:55parce qu’il cite le NPA-Révolutionnaires,
  1581. 1:13:57il cite aussi le NPA anticapitaliste, il cite Révolution permanente...
  1582. 1:14:00En fait, il essaye d’attaquer comme il le peut, par tous les bouts,
  1583. 1:14:04tous les bouts par lequel il peut le prendre pour juste, en fait,
  1584. 1:14:07ne pas avoir à répondre à nos revendications,
  1585. 1:14:09alors que c’est pas compliqué. Je fais juste le lien
  1586. 1:14:11avec la question de la sélection. Vous voyez, par exemple,
  1587. 1:14:13il y a la campagne des « sans-facs » à l’université de Nanterre.
  1588. 1:14:16Vous avez dû en entendre parler. Ça qui existe tous les ans.
  1589. 1:14:19C’est une campagne qui est menée aussi à Lille, à Lyon, à Grenoble.
  1590. 1:14:21C’est des jeunes qui ont été refusés sur les plateformes
  1591. 1:14:24et qui demandent à avoir des inscriptions.
  1592. 1:14:26Nous, on le dit tous les ans...
  1593. 1:14:27Regardez, à l’université de Nanterre, c’est une poignée.
  1594. 1:14:29Tu les inscris, ça coûte absolument rien.
  1595. 1:14:31Donc en fait, pourquoi la présidence de l’université de Nanterre,
  1596. 1:14:34Mme Caroline Rolland-Diamond, ne les inscrit pas ?
  1597. 1:14:36Pourquoi le ministère ne donne pas un rendez-vous
  1598. 1:14:38où ça aboutit à des inscriptions ? Ça devrait prendre une heure.
  1599. 1:14:41On devrait dans deux jours avoir un rendez-vous
  1600. 1:14:43et avoir en une heure des inscriptions. Pourquoi ils ne le font pas ?
  1601. 1:14:45Parce qu’ils essayent d’imposer une logique aujourd’hui,
  1602. 1:14:48dans la société, dans les universités,
  1603. 1:14:50vis-à-vis de la jeunesse, où ils vont nous apprendre
  1604. 1:14:52à directement aller dans la case « monde du travail ».
  1605. 1:14:54Nous, c’est contre tout ça qu’on se bat.
  1606. 1:14:56Et donc, évidemment, nous, face à toutes ces attaques,
  1607. 1:14:58parce qu’il faut comprendre que c’est exactement la même chose,
  1608. 1:15:01ne pas répondre aux revendications
  1609. 1:15:03et réprimer par tous les bouts par lequel on peut le prendre,
  1610. 1:15:05il faut qu’on fasse bloc, et ce qui est devant nous,
  1611. 1:15:08et je termine là-dessus, car ce qui est intéressant aussi,
  1612. 1:15:10c’est que le gouvernement disait que le mouvement s’essouffle.
  1613. 1:15:13Mais pas du tout, en fait ! On est en train de s’organiser.
  1614. 1:15:15Et c’est ça qui est intéressant, parce qu’ils se demandent
  1615. 1:15:18si ça va passer les vacances. Évidemment que ça va les passer !
  1616. 1:15:20Attendez, mais on ne va pas leur donner ce bonheur-là de dire :
  1617. 1:15:23« La mobilisation va s’arrêter. » Absolument pas.
  1618. 1:15:25Dimanche dernier, il y a eu une coordination nationale étudiante,
  1619. 1:15:28la première qui a eu lieu à Grenade...
  1620. 1:15:30N’importe quoi. À Grenoble. Grenade aussi, bientôt.
  1621. 1:15:33Il y a la grève générale dans l’État espagnol
  1622. 1:15:37qui est appelée pour le 11 novembre.
  1623. 1:15:40Voilà, il y a des coordinations nationales lycéennes.
  1624. 1:15:42Il y a la manifestation jeudi dans Paris, samedi.
  1625. 1:15:46La coordination nationale étudiante, elle a dit :
  1626. 1:15:49« À la rentrée, le 2 novembre, on fait grève, on ne va pas faire cours.
  1627. 1:15:52Le 3, manifestation. Le 5, on rejoint l’appel de la grève. »
  1628. 1:15:55Il y a un calendrier de lutte et de mobilisation, on s’organise.
  1629. 1:15:58Et c’est ça, l’enjeu qui est devant nous,
  1630. 1:16:00c’est de voir comment on se regroupe,
  1631. 1:16:01et on appelle ensemble des travailleurs et des travailleuses
  1632. 1:16:04et aussi des structures syndicales,
  1633. 1:16:05Sophie Binet, mais aussi Jean-Luc Mélenchon,
  1634. 1:16:07on devrait, ensemble, appeler à une date de grève en commun
  1635. 1:16:11pour construire vraiment la grève générale ensemble
  1636. 1:16:13parce que les travailleurs et les travailleuses,
  1637. 1:16:15on n’a pas juste besoin qu’ils viennent
  1638. 1:16:17comme des grands frères en soutien à nos revendications,
  1639. 1:16:19il faut qu’ils viennent sur leurs propres revendications,
  1640. 1:16:21les salaires, les licenciements, etc. C’est ça qui est devant nous.
  1641. 1:16:24On redira un mot à la fin de cette émission
  1642. 1:16:26sur les différentes dates, justement, qui s’annoncent
  1643. 1:16:29et les prochains actes,
  1644. 1:16:32mais juste un dernier mot parce que, cet après-midi encore,
  1645. 1:16:34aux questions de l’actualité au gouvernement à l’Assemblée,
  1646. 1:16:38le gouvernement a redit la responsabilité supposée de LFI
  1647. 1:16:42malgré les révélations d’hier soir et, en fait,
  1648. 1:16:45c’est un discours qui est porté
  1649. 1:16:47dans une large partie de la classe politique,
  1650. 1:16:49de Raphaël Glucksmann à Gérard Larcher,
  1651. 1:16:52président du Sénat, donc deuxième personnage de l’État,
  1652. 1:16:55qui se joint à ceux qui posent la question d’une interdiction de LFI.
  1653. 1:17:00Est-ce que ça, pour vous, c’est une bascule politique,
  1654. 1:17:04ce qui est en train de se passer, Lucie Castets ?
  1655. 1:17:06Oui, c’est une bascule politique et c’est une manière de ne pas,
  1656. 1:17:09encore une fois, répondre à la question politique au sens noble
  1657. 1:17:12qui est soulevée par tous ces gens qui sont dans la rue,
  1658. 1:17:14pas que des jeunes, on l’a dit. La convergence des luttes conduirait
  1659. 1:17:17normalement n’importe quel pouvoir normalement constitué
  1660. 1:17:20et aussi n’importe quel élu... C’est pour ça que les élus sont élus,
  1661. 1:17:23c’est pour penser notre situation, c’est pour penser notre situation
  1662. 1:17:26à l’aune de ce qui s’est passé dans notre histoire,
  1663. 1:17:29ce que la sociologie nous enseigne
  1664. 1:17:31et aussi ce qu’on veut pour notre avenir,
  1665. 1:17:33et donc, de chercher des boucs-émissaires comme ça,
  1666. 1:17:35ça nous empêche aussi de penser aux réponses qu’on veut apporter,
  1667. 1:17:39et à cet égard, moi, ce que je veux dire, c’est que je pense
  1668. 1:17:41que ce mouvement est une opportunité pour la gauche.
  1669. 1:17:44C’est à la fois un immense risque, mais aussi une opportunité,
  1670. 1:17:47et pour moi, la gauche a beaucoup de choses à apporter,
  1671. 1:17:50il faut juste qu’elle ne loupe pas, une nouvelle fois,
  1672. 1:17:53un rendez-vous avec la jeunesse, avec les classes populaires,
  1673. 1:17:56avec les agents publics, avec les chômeurs,
  1674. 1:17:58avec tous les gens qui composent la France,
  1675. 1:18:00mais c’est vraiment une opportunité d’apporter des réponses politiques,
  1676. 1:18:03et pour ça, il va falloir faire preuve de courage politique.
  1677. 1:18:07Pendant des années, on nous a envié
  1678. 1:18:09nos services publics, notre hôpital public,
  1679. 1:18:11on nous a envié nos universités, on nous a envié notre système éducatif,
  1680. 1:18:15ça, on peut le retrouver, cette espèce de fierté française
  1681. 1:18:18qui était liée à nos services publics, on pourrait la retrouver.
  1682. 1:18:20Il faut du courage politique sur le sujet des financements,
  1683. 1:18:23il faut aussi renouer avec un tissu associatif
  1684. 1:18:27qui est aujourd’hui exsangue, qui a été mis à genoux,
  1685. 1:18:29il faut renouer avec les syndicats qui ne demandent qu’à se mettre
  1686. 1:18:33au travail aussi et font des propositions tous les jours,
  1687. 1:18:36et puis, il faut s’appuyer sur les mouvements
  1688. 1:18:38qui ont lieu partout en France.
  1689. 1:18:40il y a un mouvement à Orléans, samedi, qui est en train de se construire
  1690. 1:18:43avec toutes sortes de personnalités. Et je pense que si la gauche veut
  1691. 1:18:46pouvoir être au rendez-vous de ça, il faut qu’elle s’unisse,
  1692. 1:18:49mais vous connaissez ma position là-dessus.
  1693. 1:18:50Je pense que c’est la seule manière qu’elle puisse apporter un contre-poids
  1694. 1:18:54parce que, sinon, c’est le Rassemblement national qui va rafler la mise.
  1695. 1:18:57Sarah, vous vouliez réagir.
  1696. 1:18:58Je voulais réagir surtout par rapport à ce que vous avez dit
  1697. 1:19:01par rapport au fait que ce soit infantilisant.
  1698. 1:19:03Moi, j’irais même plus loin, je pense que c’est insultant.
  1699. 1:19:05En fait, c’est insultant de s’adresser à ces jeunes-là
  1700. 1:19:08et à leur capacité de s’auto-organiser parce qu’il faut dire ce que c’est.
  1701. 1:19:11C’est de l’auto-organisation, et vous le disiez très justement,
  1702. 1:19:14mais avant la vidéo de Louis Boyard, il y a aussi un journaliste
  1703. 1:19:17qui s’appelle Walid Anaflous qui a réalisé une vidéo chez Booska-P
  1704. 1:19:20qui mettait en avant la mobilisation de ces jeunes à Créteil,
  1705. 1:19:23et en fait, je pense aussi que c’est le sujet du gouvernement
  1706. 1:19:26et c’est le sujet aussi d’une classe politique beaucoup plus large,
  1707. 1:19:29mais il y a de la peur parce qu’en fait, on n’a jamais vu ça.
  1708. 1:19:31On n’a jamais vu un mouvement auto-organisé
  1709. 1:19:34qui se déplace massivement dans la rue
  1710. 1:19:37à l’aide des réseaux sociaux, qui crée ses propres codes.
  1711. 1:19:39C’est des choses qu’on n’a jamais vues,
  1712. 1:19:41donc évidemment, le gouvernement a peur et,
  1713. 1:19:43pour rebondir sur ce que tu disais, Lucie,
  1714. 1:19:45évidemment, c’est une opportunité pour la gauche,
  1715. 1:19:47mais il faut aussi que la gauche, elle soit en capacité
  1716. 1:19:50et à la hauteur de donner les réponses que ces jeunes-là attendent.
  1717. 1:19:53Ça fera certainement l’objet de plusieurs émissions
  1718. 1:19:56de « À l’air libre » d’ici l’élection présidentielle.
  1719. 1:19:59Un dernier mot sur ces accusations d’instrumentalisation
  1720. 1:20:04ou d’encouragement du mouvement et de la violence
  1721. 1:20:08par LFI, en tout cas dénoncée par une partie de la classe politique.
  1722. 1:20:11Margot Pugliese, la procureure de Paris, Laure Beccuau,
  1723. 1:20:14a démenti, elle aussi, que les personnes placées en garde à vue
  1724. 1:20:16aient un lien avec l’ultragauche
  1725. 1:20:20disant que leur profil ne correspond pas avec ce que dit le gouvernement.
  1726. 1:20:24Vous, vous accompagnez
  1727. 1:20:27des personnes qui ont été placées en garde à vue,
  1728. 1:20:31ce discours sur des profils d’ultragauche
  1729. 1:20:36chez les casseurs, qu’est-ce que vous avez à en dire ?
  1730. 1:20:38Alors, moi, j’ai assisté des enfants qui ont été placés en garde à vue,
  1731. 1:20:43des lycéens, comme je disais tout à l’heure,
  1732. 1:20:45qui ont écrit parfois « ACAB » sur leurs panneaux pour manifester,
  1733. 1:20:51j’ai assisté des personnes qui n’avaient rien à voir avec l’ultragauche
  1734. 1:20:56et qui étaient, au demeurant, placées en garde à vue,
  1735. 1:21:00des gardes à vue qui ont parfois été levées très vite,
  1736. 1:21:04ce qui prouve leur caractère complètement infondé
  1737. 1:21:06et ce qui démontre bien
  1738. 1:21:08que les forces de l’ordre et les procureurs de la République
  1739. 1:21:14utilisent la garde à vue comme un moyen de dissuasion
  1740. 1:21:17parce que les jeunes, désormais, ont peur d’aller en garde à vue,
  1741. 1:21:21donc ils ont peur d’aller manifester.
  1742. 1:21:24Voilà, sur le gros des manifestants, alors, moi, je n’ai pas de chiffres,
  1743. 1:21:29donc je ne sais pas si l’ultragauche était très représentée,
  1744. 1:21:34mais en tout cas, le caractère massif
  1745. 1:21:38des mesures de contrainte qui ont été employées démontre bien
  1746. 1:21:41que ça ne concernait pas que l’ultragauche et, encore une fois,
  1747. 1:21:46les instructions du garde des Sceaux adressées à l’ensemble
  1748. 1:21:51des procureurs de la République de France
  1749. 1:21:54démontrent bien une volonté d’ouvrir des enquêtes
  1750. 1:21:58les plus larges possibles pour tous les profils,
  1751. 1:22:02donc de ne pas du tout individualiser
  1752. 1:22:04les profils des personnes qui sont placées en garde à vue,
  1753. 1:22:07mais plutôt d’afficher une répression massive
  1754. 1:22:10quelle que soit la nature de l’infraction
  1755. 1:22:12pour laquelle vous êtes placé en garde à vue,
  1756. 1:22:13quel que soit le temps pour lequel vous êtes placé en garde à vue,
  1757. 1:22:16quel que soit votre profil, si vous avez un casier ou pas de casier,
  1758. 1:22:20il n’y a aucune distinction qui est faite.
  1759. 1:22:22Avec des peines de prison, parfois, de plusieurs années,
  1760. 1:22:25une sévérité très poussée qui est demandée.
  1761. 1:22:28Hier, Gérald Darmanin, je crois, a dit :
  1762. 1:22:30« Le peuple français réclame une grande sévérité »,
  1763. 1:22:33je ne sais plus exactement quels étaient ses termes,
  1764. 1:22:35mais est-ce que ça se traduit très concrètement
  1765. 1:22:37par des peines qui sont inhabituelles pour ce genre de situations,
  1766. 1:22:40des comparutions immédiates après des manifestations ?
  1767. 1:22:43Très concrètement, il y a des peines de prison avec sursis très lourdes
  1768. 1:22:46qui sont prononcées, il y a des mandats de dépôt qui sont prononcés.
  1769. 1:22:50Hier, à Paris, en comparution immédiate,
  1770. 1:22:52il y a des mandats de dépôt de deux mois qui ont été prononcés,
  1771. 1:22:55c’est-à-dire qu’on fait partir en prison des gens pour deux mois
  1772. 1:22:58alors que les prisons sont surpeuplées, ça n’a aucun sens,
  1773. 1:23:02donc la seule volonté qui est sous-jacente,
  1774. 1:23:07c’est une volonté politique, puisqu’en termes de répression,
  1775. 1:23:10ça n’a strictement aucun sens.
  1776. 1:23:12Ça n’empêchera pas qui que ce soit d’aller casser quoi que ce soit,
  1777. 1:23:16simplement, ça envoie un message politique très fort,
  1778. 1:23:19notamment à l’extrême droite, sans doute.
  1779. 1:23:21Vous parlez de l’extrême droite. Justement, l’autre coupable tout désigné
  1780. 1:23:25en plus de LFI, c’est l’immigration.
  1781. 1:23:30Depuis samedi, l’extrême droite déroule un discours raciste
  1782. 1:23:33de plus en plus décomplexé.
  1783. 1:23:35Hier, Jordan Bardella était l’invité de CNews.
  1784. 1:23:39À côté, vous avez la France des ultras, la France des « wallah »
  1785. 1:23:43qui n’est mue que par un sentiment de haine
  1786. 1:23:46et par un sentiment de revanche. Il ne faut pas que Jean-Luc Mélenchon
  1787. 1:23:49et que l’ensemble de ses amis politiques,
  1788. 1:23:51l’ensemble des casseurs et l’ensemble des hordes sauvages dans les banlieues,
  1789. 1:23:54qui sont mus par un sentiment de revanche contre la France,
  1790. 1:23:56gagnent cette bataille de la sécurité.
  1791. 1:23:58Quand vous dites « la France des "wallah" », vous pointez quoi ?
  1792. 1:24:01La jeunesse issue de l’immigration ? Pour dire les choses clairement.
  1793. 1:24:04Il y a une très grande partie des pilleurs
  1794. 1:24:06qui sont des gens issus de l’immigration,
  1795. 1:24:09qui ne se sentent pas français.
  1796. 1:24:12— Sarah Bennani... — Est-ce qu’ils ne sont pas racistes ?
  1797. 1:24:16Il y a beaucoup de personnes racisées dans les manifestants
  1798. 1:24:18qui revendiquent leurs droits pacifiquement,
  1799. 1:24:22on l’a dit tout à l’heure, et il y en a plus que d’habitude.
  1800. 1:24:25Est-ce que c’est ça qui dérange, au final,
  1801. 1:24:27et est-ce que vous avez peur que, finalement,
  1802. 1:24:30ce n’est pas ça qu’on retienne, mais cette image
  1803. 1:24:33qu’essaie de fabriquer le RN, celle qui représente
  1804. 1:24:36les jeunes racisés des quartiers populaires
  1805. 1:24:38comme, je cite, « des hordes de sauvages » ?
  1806. 1:24:40Je pense que, de toute façon, l’extrême droite, elle a son agenda,
  1807. 1:24:44manifestations ou pas manifestations. D’ailleurs, ils ne sont pas contents
  1808. 1:24:48depuis le début du mouvement lycéen, ça ne changera pas.
  1809. 1:24:52En fait, ce qui est cool aussi, c’est qu’il y a une certaine lucidité
  1810. 1:24:56de la part des lycéens quant à l’extrême droite.
  1811. 1:25:00Moi, je suis super contente, en fait, d’aller en manifestation
  1812. 1:25:03et de voir des jeunes qui me ressemblent,
  1813. 1:25:06de voir des jeunes qu’on n’a pas l’habitude de voir
  1814. 1:25:08parce qu’en fait, je leur disais, et mes camarades en rigolaient samedi,
  1815. 1:25:12mais je leur ai dit : « Vous êtes beaux, vous êtes belles.
  1816. 1:25:15Vos pancartes, elles sont du sens. »
  1817. 1:25:16Et en fait, ces jeunes-là, on ne les voit pas en manifestation
  1818. 1:25:19parce qu’ils ne se sentent pas à leur place,
  1819. 1:25:21parce que, aussi, ce n’est pas un mode de mobilisation
  1820. 1:25:23dont ils ont l’habitude, avec lequel ils se sentent familiers,
  1821. 1:25:29et en fait, je dirais que, même, c’est pas grave.
  1822. 1:25:31Moi, s’il y a des gens qui ne viennent pas en manifestation,
  1823. 1:25:34ce n’est pas la fin du monde et, au contraire, ça se comprend à 100 %.
  1824. 1:25:37En fait, c’est une prise de pouvoir politique
  1825. 1:25:41de voir ces jeunes-là dans la rue
  1826. 1:25:43et c’est quelque chose qui fait peur à l’extrême droite,
  1827. 1:25:45qui fait peur à la macronie aussi
  1828. 1:25:46parce qu’on se rend compte que ces jeunes-là vont,
  1829. 1:25:49ou ne vont pas voter, d’ailleurs, parce que le but, à la fin, en vrai,
  1830. 1:25:52de la part des partis, c’est que ça se transforme dans les urnes,
  1831. 1:25:55mais en fait, il faut que ça aille plus loin.
  1832. 1:25:57On s’en fiche, en fait, à la fin des fins,
  1833. 1:25:59de la mobilisation électorale, etc, même si ça reste très important.
  1834. 1:26:02Ce qui compte, c’est de voir ces jeunes-là dans la rue,
  1835. 1:26:05et en fait, on peut voir que Jordan Bardella ou d’autres,
  1836. 1:26:07ça les énerve. Eh ben, on va continuer,
  1837. 1:26:10on va continuer encore plus.
  1838. 1:26:12Il y en a d’autres qu’on a vus défiler hier dans les rues de Lyon,
  1839. 1:26:14je l’ai dit au début de cette émission,
  1840. 1:26:16des néonazis qui ont défilé dans les rues criant :
  1841. 1:26:21« La rue, la France, elle est à nous. »
  1842. 1:26:23Cet après-midi, Laurent Nuñez a dit qu’il y aurait des suites,
  1843. 1:26:26mais sur le coup, il n’y a eu aucune intervention policière
  1844. 1:26:29malgré une interdiction de manifester.
  1845. 1:26:32Est-ce que ça aussi, c’est un moment de bascule ?
  1846. 1:26:35Oui, mais encore une fois, je pense que la bascule,
  1847. 1:26:37elle a eu lieu, j’en ai parlé, avec l’affaire Quentin Deranque où,
  1848. 1:26:40encore une fois, je pense avoir démontré que tous les médias
  1849. 1:26:42qui s’en sont saisis après ont démontré
  1850. 1:26:44qu’il y avait une responsabilité claire du ministre de l’Intérieur
  1851. 1:26:47de faire organiser une minute de silence
  1852. 1:26:48pour quelqu’un qu’il savait être un néonazi.
  1853. 1:26:50Ce n’est pas la première fois qu’il y a des marches néonazies, effectivement,
  1854. 1:26:54qui se tiennent en toute tranquillité, en toute impunité en France.
  1855. 1:26:57Là, la première, c’est que, comme vous l’avez dit,
  1856. 1:26:59normalement, c’était complètement interdit.
  1857. 1:27:01Est-ce qu’il y a l’organisation d’une impunité pour l’extrême droite
  1858. 1:27:04ou, en tout cas, une répression bien moindre ? Oui.
  1859. 1:27:08Est-ce que le gouvernement a choisi son camp
  1860. 1:27:11et est-ce que le président a choisi son camp
  1861. 1:27:13entre la gauche, et notamment La France insoumise, mais pas que,
  1862. 1:27:16et l’extrême droite ? Oui. Et ce n’est pas un tournant.
  1863. 1:27:19Je rappellerai justement l’époque du NFP,
  1864. 1:27:21l’époque où Lucie, ici présente, était notre candidate à Matignon,
  1865. 1:27:26on a appris, grâce à un journaliste, encore une fois,
  1866. 1:27:28mais ça a été très peu relayé dans les chaînes d’info en continu,
  1867. 1:27:31qu’Emmanuel Macron en personne avait appelé plusieurs députés Renaissance,
  1868. 1:27:36donc de son camp, pour qu’ils ne se désistent pas
  1869. 1:27:39quand il y avait des triangulaires qui risquaient de faire gagner
  1870. 1:27:41le Rassemblement national et qu’ils étaient arrivés troisièmes.
  1871. 1:27:44Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une stratégie.
  1872. 1:27:47Je pense qu’il va falloir arrêter de leur trouver trop d’excuses.
  1873. 1:27:50Oui, ils veulent donner des gages à l’extrême droite,
  1874. 1:27:53oui, ils préféreront gouverner avec l’extrême droite
  1875. 1:27:55plutôt qu’avec la gauche,
  1876. 1:27:57oui, ils défendent des intérêts financiers,
  1877. 1:28:00oui, la plupart des milliardaires de ce pays, aujourd’hui,
  1878. 1:28:03roulent plutôt avec l’extrême droite qu’avec La France insoumise
  1879. 1:28:06et le camp de gauche, et c’est exactement ça qui se passe,
  1880. 1:28:08c’est exactement ça qui se passe, donc est-ce que c’est une bascule ?
  1881. 1:28:11Oui, comme aux États-Unis, ça a été une bascule.
  1882. 1:28:14Quand on prend et qu’on re-cite les travaux des historiens
  1883. 1:28:17qui travaillent sur la montée du fascisme,
  1884. 1:28:18oui, on a cet endroit de bascule
  1885. 1:28:20où les élites financières et une partie du camp libéral,
  1886. 1:28:24qui est proche des élites économiques et financières,
  1887. 1:28:27commencent à servir pas mal la soupe au Rassemblement national,
  1888. 1:28:30en l’occurrence, en France. Dans d’autres pays,
  1889. 1:28:32ce serait d’autres partis, mais c’est exactement la même chose,
  1890. 1:28:35et donc ça, c’est une bascule historique qui est en train de se passer.
  1891. 1:28:38Vous parlez des États-Unis. Justement, depuis les États-Unis,
  1892. 1:28:41Donald Trump a eu son petit mot sur ce qui se passe en France
  1893. 1:28:43en pleine campagne des midterms.
  1894. 1:28:45Il a lui aussi mis en cause l’immigration,
  1895. 1:28:47qui serait « la cause des violences en France »,
  1896. 1:28:50et il a appelé notre pays à fermer ses frontières.
  1897. 1:28:54Lucie Castets, est-ce que,
  1898. 1:28:56quand on entend les propos de Donald Trump,
  1899. 1:28:58on est en train de franchir un pas de plus
  1900. 1:29:00dans la consolidation d’une internationale fasciste
  1901. 1:29:02et est-ce que ça peut avoir
  1902. 1:29:05une réelle influence chez nous dans cette campagne ?
  1903. 1:29:07D’une part, oui, c’est un témoignage,
  1904. 1:29:09si on avait besoin d’une nouveau témoignage,
  1905. 1:29:11de la création et de la construction progressive
  1906. 1:29:13d’une internationale fasciste dans le monde.
  1907. 1:29:16C’est aussi le signal clair qu’il y aura des ingérences étrangères,
  1908. 1:29:19notamment américaines, mais pas que. Évidemment, on peut s’attendre aussi
  1909. 1:29:23à des ingérences russes, notamment, dans la campagne présidentielle à venir.
  1910. 1:29:27Je rejoins complètement ce qui vient d’être dit
  1911. 1:29:29sur le fait que la responsabilité là-dedans d’Emmanuel Macron
  1912. 1:29:32est immense. Emmanuel Macron, il est arrivé en 2017 en disant :
  1913. 1:29:35« Moi président, l’extrême droite reculera. »
  1914. 1:29:38Or, on a eu des exemples à foison
  1915. 1:29:42du marchepied qu’il a constitué pour le Rassemblement national.
  1916. 1:29:46On rappelle l’épisode Barnier.
  1917. 1:29:49Barnier, quand il est nommé Premier ministre
  1918. 1:29:51alors que c’était le NFP qui était normalement en droit
  1919. 1:29:54de désigner sa Première ministre en l’espèce,
  1920. 1:29:57Barnier, il a commencé tout de suite
  1921. 1:29:59à aller chercher le Rassemblement national
  1922. 1:30:02pour construire des coalitions électorales à l’Assemblée
  1923. 1:30:04et il ne s’est absolument pas tourné vers la gauche.
  1924. 1:30:07Qu’est-ce que ça veut dire ? Barnier, qui se présente
  1925. 1:30:09comme un grand républicain, quelqu’un de respectable.
  1926. 1:30:11Pour moi, la macronie est responsable
  1927. 1:30:13de la disparition de la droite républicaine,
  1928. 1:30:16avec qui on avait des divergences majeures,
  1929. 1:30:18notamment sur les sujets économiques, mais avec laquelle on pouvait parler.
  1930. 1:30:21Justement parce que c’est l’économie qui prime.
  1931. 1:30:23C’est ça que les électeurs doivent comprendre, le Rassemblement national
  1932. 1:30:26et les macronistes, sur l’économie, c’est les mêmes.
  1933. 1:30:29On a François Bayrou, qui vient du centre,
  1934. 1:30:31qui parle de « submersion migratoire ». Les mots ont un sens.
  1935. 1:30:34On a un Premier ministre du centre qui dit « submersion migratoire ».
  1936. 1:30:37Ensuite, on a un ministre, Darmanin, qui a été ministre d’à peu près tout,
  1937. 1:30:40qui emploie aussi un vocabulaire très proche de celui de l’extrême droite
  1938. 1:30:43et je pourrais donner plein d’exemples comme ça.
  1939. 1:30:46Ensuite, sur ce que ça révèle du Rassemblement national,
  1940. 1:30:48ce n’est pas une surprise, c’est qu’ils ont
  1941. 1:30:50une image totalement fantasmée de ce qu’est la France
  1942. 1:30:53et quand ils disent : « Ces jeunes n’aiment pas la France »,
  1943. 1:30:55Qu’est-ce qu’ils en savent ? Ils n’ont jamais parlé aux jeunes
  1944. 1:30:58qu’ils désignent, qui ne forment pas un ensemble homogène.
  1945. 1:31:00C’est complètement infantilisant, raciste de dire des choses comme ça.
  1946. 1:31:03Et c’est totalement nier que la France a une histoire
  1947. 1:31:05d’identités plurielles et qu’on peut aimer la France
  1948. 1:31:08et aimer autre chose, qu’on peut avoir une multiplicité d’identités,
  1949. 1:31:13et que ça ne fragilise pas la France.
  1950. 1:31:15Et c’est d’ailleurs l’histoire de la France tout entière,
  1951. 1:31:18ce n’est pas du tout contemporain.
  1952. 1:31:19Fabien Truong, une question pas facile, elle est pour vous.
  1953. 1:31:24Le Rassemblement national, on le voit,
  1954. 1:31:27surfe à fond sur cette vague, mais est-ce que très concrètement,
  1955. 1:31:31il n’a plus qu’à se baisser pour ramasser les fruits
  1956. 1:31:34de tout ce qui est en train de se passer politiquement ?
  1957. 1:31:36Est-ce que ça va le favoriser ? Est-ce que ça va le faire monter ?
  1958. 1:31:39C’est leur stratégie. Après, la question,
  1959. 1:31:42c’est que tant qu’on évacuera les questions politiques
  1960. 1:31:45qui vont mettre au centre de l’agenda la question des moyens concrets,
  1961. 1:31:51qu’est-ce qu’on fait pour améliorer le sort, les conditions de vie,
  1962. 1:31:54un peu plus de sécurité morale, sociale, etc.
  1963. 1:31:57Tant qu’on évitera ce débat-là, sur cette pente glissante,
  1964. 1:32:01oui, on ne peut que perdre.
  1965. 1:32:03Donc, je pense que c’est de la responsabilité
  1966. 1:32:06de toutes les personnes qui ont accès à la parole publique
  1967. 1:32:08de parler politique, de parler projection,
  1968. 1:32:12de parler investissement,
  1969. 1:32:13pour qu’on arrête de parler de ces questions-là,
  1970. 1:32:15parce qu’après, comme ça a été dit, de toute façon, là,
  1971. 1:32:19on voit bien que Jordan Bardella parle de...
  1972. 1:32:23On ne sait rien, en fait, des personnes qui sont...
  1973. 1:32:26Donc on n’est même plus dans la question du réel.
  1974. 1:32:28Et inversement, moi, je pourrais témoigner,
  1975. 1:32:31à la manifestation à la Bastille,
  1976. 1:32:32s’il avait été présent, qu’est-ce qu’il aurait vu ?
  1977. 1:32:34Beaucoup de jeunes issus de l’immigration, racisés,
  1978. 1:32:37qui chantaient, qui passaient de « Siamo tutti antifascisti »
  1979. 1:32:42à « La Marseillaise » en portant des keffiehs, par exemple.
  1980. 1:32:45Et cette image de jeunes qui chantent « La Marseillaise »
  1981. 1:32:48en portant un keffieh, par exemple,
  1982. 1:32:50qu’est-ce qu’en ferait le Rassemblement national ?
  1983. 1:32:52Ces images, elles existent et c’est une réalité.
  1984. 1:32:55Donc voilà.
  1985. 1:32:59Ce sont des Français.
  1986. 1:33:00Oui, oui, oui, bien sûr.
  1987. 1:33:01Et donc la question, je pense qu’il faut remettre
  1988. 1:33:04la politique au centre du débat
  1989. 1:33:07pour ne pas glisser sur cette pente
  1990. 1:33:10où on ne peut que perdre face à un discours extrémiste
  1991. 1:33:14qui fait fi des faits et qui est armé financièrement, ça, c’est sûr.
  1992. 1:33:19David Libeskind, la coordination des Gilets jaunes
  1993. 1:33:22appelle donc à un acte II du mouvement samedi prochain.
  1994. 1:33:26Est-ce que vous craignez, vous,
  1995. 1:33:28la présence de l’ultradroite dans les rues samedi prochain
  1996. 1:33:32et est-ce que vous craignez, du coup,
  1997. 1:33:34une peur aussi des manifestants de revenir dans la rue,
  1998. 1:33:37pour ça et pour toutes les raisons qu’on a évoquées avant ?
  1999. 1:33:40Alors, effectivement, les violences policières qu’on a vues
  2000. 1:33:45et qu’on voit également sur les réseaux sociaux,
  2001. 1:33:47qui ont été documentées,
  2002. 1:33:48peuvent effectivement empêcher des jeunes de venir manifester.
  2003. 1:33:54Ça, c’est un premier élément.
  2004. 1:33:56Deuxième élément, je pense qu’on n’a pas assez insisté là-dessus,
  2005. 1:33:59c’est les interpellations massives.
  2006. 1:34:02Vous avez parlé d’interpellations massives,
  2007. 1:34:04mais ce sont des interpellations préventives.
  2008. 1:34:07Alors, je m’explique, c’est-à-dire que deux tiers des personnes
  2009. 1:34:11qui sont interpellées au hasard
  2010. 1:34:13parce qu’elles se trouvaient dans un groupe,
  2011. 1:34:15pas forcément les personnes qui ont écrit un tag « ACAB », en fait,
  2012. 1:34:18ont été interpellées de manière préventive.
  2013. 1:34:21Ce qui veut dire qu’elles vont passer 24 heures ou 48 heures en garde à vue
  2014. 1:34:24et ils vont sortir un classement sans suite.
  2015. 1:34:26On ne voit ça que dans les régimes autoritaires,
  2016. 1:34:28les interpellations préventives.
  2017. 1:34:30Et je pense que c’est là où on bascule vers un régime autoritaire.
  2018. 1:34:33Concernant l’ultradroite,
  2019. 1:34:35je n’ai pas le sentiment qu’elle était présente
  2020. 1:34:39lors de la manifestation du 17 octobre qui, je rappelle,
  2021. 1:34:42n’était pas une manifestation du peuple de gauche,
  2022. 1:34:45mais qui était une manifestation du peuple uni.
  2023. 1:34:48La coordination des Gilets jaunes ne fait pas de politique.
  2024. 1:34:51Tant mieux si LFI soutient les manifestations,
  2025. 1:34:53ça, on n’a aucune difficulté,
  2026. 1:34:55mais en fin de compte, l’objectif de la coordination,
  2027. 1:34:58c’est de réunir toutes les strates de la société,
  2028. 1:35:01qu’elles soient politisées ou pas.
  2029. 1:35:03Concernant l’ultradroite, et je pense qu’il faut quand même le souligner,
  2030. 1:35:08la gestion des manifestations de l’ultradroite est extraordinaire.
  2031. 1:35:13Depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir,
  2032. 1:35:16regardez donc les manifestations de l’ultradroite,
  2033. 1:35:18ce sont des militants qui sont tous masqués
  2034. 1:35:20alors que c’est sanctionnable pénalement
  2035. 1:35:23et qui ne sont jamais interpellés.
  2036. 1:35:25Donc il y a bien un traitement, effectivement, comme il a été dit,
  2037. 1:35:29d’Emmanuel Macron de favoriser, en fin de compte, l’extrême droite.
  2038. 1:35:34Et pour répondre à votre question,
  2039. 1:35:36je ne pense pas que l’ultradroite va venir le 24 octobre.
  2040. 1:35:40Alors pourquoi ? Parce que ce ne sont pas
  2041. 1:35:41des revendications de l’ultradroite, ce sont des revendications...
  2042. 1:35:44Je pensais plutôt à une stratégie d’affrontement avec...
  2043. 1:35:47Peut-être à Lyon.
  2044. 1:35:48Suite aux pillages,
  2045. 1:35:49parce que nos confrères et consœurs de StreetPress l’ont documenté,
  2046. 1:35:52il y a eu la présence de l’ultradroite à Rouen.
  2047. 1:35:57Oui, Rouen et Lyon.
  2048. 1:35:58Avec des affrontements.
  2049. 1:36:00Vous voulez réagir là-dessus, Alma Dufour ?
  2050. 1:36:02Je suis députée juste à côté.
  2051. 1:36:04En fait, c’était une manifestation qui était déjà prévue,
  2052. 1:36:07qui était déjà annoncée,
  2053. 1:36:08que la préfecture, justement, n’a pas voulu interdire.
  2054. 1:36:11Et donc, de fait, il y a eu confrontation dans les rues
  2055. 1:36:15le 17 octobre, mais ce n’était pas à la base
  2056. 1:36:18une volonté de venir percuter le cortège.
  2057. 1:36:21C’était déjà prévu.
  2058. 1:36:22Et donc les deux cortèges se sont rencontrés.
  2059. 1:36:24Effectivement, ça ne s’est pas bien passé du tout,
  2060. 1:36:26comme vous pouvez vous en douter.
  2061. 1:36:28Donc on l’a dit, il y a cet acte II samedi prochain.
  2062. 1:36:31Coppélia Moreau, les étudiants seront, eux, de nouveau dans la rue jeudi.
  2063. 1:36:36Est-ce que vous pensez, vous avez déjà un petit peu répondu,
  2064. 1:36:39mais on va terminer un peu cette émission là-dessus.
  2065. 1:36:41Est-ce que ce mouvement peut tenir dans le temps ?
  2066. 1:36:43Parce qu’on le sait, il y a aussi une stratégie
  2067. 1:36:46de viser l’essoufflement, en face.
  2068. 1:36:49Est-ce que votre mouvement peut tenir dans le temps ?
  2069. 1:36:52Oui, tout à fait, malgré les tentatives
  2070. 1:36:54des présidences d’universités de fermer les facs,
  2071. 1:36:57tout comme les proviseurs d’établissement dans les lycées
  2072. 1:36:59essaient de fermer les lycées et de mettre les cours en distanciel
  2073. 1:37:02pour faire en sorte que le mouvement s’affaiblisse,
  2074. 1:37:04mais en fait, ça n’empêche pas qu’on a massivement des jeunes,
  2075. 1:37:07des lycéens, des lycéennes, des étudiants et étudiantes
  2076. 1:37:10qui viennent dans les manifestations.
  2077. 1:37:11On l’a vu samedi dernier, samedi 17, mais on l’a vu aussi à la manifestation
  2078. 1:37:16qui était appelée par l’assemblée générale Interfac elle-même,
  2079. 1:37:20qui appelait à une manifestation au départ de l’hôtel de ville.
  2080. 1:37:23Il y avait 50 000 personnes au départ de cette manifestation, quand même.
  2081. 1:37:26Donc oui, le gouvernement dit que ça s’essouffle,
  2082. 1:37:29mais ce n’est pas du tout le cas, c’est en train de s’organiser.
  2083. 1:37:31C’est ce qu’on disait tout à l’heure, il y a une coordination
  2084. 1:37:34à l’échelle nationale des étudiants, des lycéens,
  2085. 1:37:37il y a une assemblée générale Interfac Ile-de-France,
  2086. 1:37:39il y a un plan, un programme pour là, dès la rentrée.
  2087. 1:37:42Et maintenant, ce qu’il faut et ce qui est devant nous,
  2088. 1:37:45c’est de vraiment prendre nos affaires en main sur plusieurs choses :
  2089. 1:37:48la question du regroupement, mais aussi d’avoir un plan de bataille.
  2090. 1:37:51Il faut que ça soit le début d’une grève générale parce qu’on peut gagner.
  2091. 1:37:54C’est l’opportunité de ne pas juste, comment dire,
  2092. 1:37:57essayer d’avoir des petites miettes par-ci, par-là.
  2093. 1:37:59Tout ce qu’on a obtenu, ça a été par nos luttes et nos mobilisations.
  2094. 1:38:02C’est ça, maintenant l’occasion qu’on a et il faut qu’on la saisisse.
  2095. 1:38:05Donc ça veut dire faire grève.
  2096. 1:38:06Déjà, ça veut dire faire respecter le droit de grève
  2097. 1:38:09pour les lycéens et les lycéennes, et dans les universités,
  2098. 1:38:12parce que visiblement, les lycéens, ils ont le droit
  2099. 1:38:14de se faire exploiter à 16 ans, mais par contre,
  2100. 1:38:16ils n’ont pas le droit de faire grève, aujourd’hui,
  2101. 1:38:18c’est quelque chose qui ne leur est pas donné.
  2102. 1:38:20Donc juste ça, il faut l’arracher.
  2103. 1:38:22Il faut que cette mobilisation, elle permette d’imposer quand même
  2104. 1:38:24le droit de grève pour la jeunesse aussi.
  2105. 1:38:26Et puis ça veut dire, avec les travailleurs et les travailleuses,
  2106. 1:38:29de ne pas juste avoir, vous voyez, un rapport un peu de solidarité,
  2107. 1:38:33comme si les travailleurs viennent juste en solidarité avec la jeunesse.
  2108. 1:38:37En fait, on a besoin qu’il y ait une grève ensemble
  2109. 1:38:39où on converge réellement sur nos différentes revendications.
  2110. 1:38:42Et il faut que le 5 novembre, ça soit vraiment le début de ça.
  2111. 1:38:45Je disais tout à l’heure, je donnais déjà cet exemple,
  2112. 1:38:47mais dans l’État espagnol, ça part d’un mouvement
  2113. 1:38:50qui part de la jeunesse, quand même, sur la question du droit au logement.
  2114. 1:38:52Et en fait, ça a réussi à entraîner les travailleurs, les travailleuses,
  2115. 1:38:56et ça a posé des questions bien plus larges,
  2116. 1:38:58et ça appelle à une vraie grève générale
  2117. 1:38:59qui est posée pour le 11 novembre,
  2118. 1:39:01mais aussi parce que les syndicats ont fait cet appel-là.
  2119. 1:39:03Je pense qu’aujourd’hui, c’est ça qui est devant nous,
  2120. 1:39:06construire ça, parce qu’évidemment, on peut gagner,
  2121. 1:39:08mais ça veut dire se regrouper ensemble, avoir ce plan-là.
  2122. 1:39:12Votre appel est passé, plusieurs dates, donc, à venir.
  2123. 1:39:18Un tout dernier mot rapidement. David Libeskind.
  2124. 1:39:20Pour la coordination nationale des Gilets jaunes,
  2125. 1:39:22on a une date qui est samedi 24 octobre.
  2126. 1:39:24Nous avons effectué la déclaration à la préfecture il y a à peu près 2 heures
  2127. 1:39:28pour un trajet place de la Bastille jusqu’à place de l’Opéra,
  2128. 1:39:32et nous sommes soutenus par un syndicat lycéen.
  2129. 1:39:35Et on attend évidemment des étudiants.
  2130. 1:39:36Effectivement, les lycéens ont déjà annoncé qu’en plus de la date de jeudi,
  2131. 1:39:39ils seraient également dans les rues samedi.
  2132. 1:39:42C’est la fin de cette émission.
  2133. 1:39:44Merci beaucoup à toutes et à tous d’avoir été avec nous sur ce plateau.
  2134. 1:39:49Merci à toutes celles et ceux qui ont préparé cette émission
  2135. 1:39:52et qui l’ont réalisée en régie.
  2136. 1:39:54Merci à vous de nous avoir suivis et à très vite sur Mediapart.

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