MIKA : « Beyrouth dans la peau » — Transcript
Full transcript
- 0:00Il y a 43 ans, un enfant naissé à Beyro
- 0:02sous les bombes. Aujourd'hui, quatre
- 0:04décennies plus tard, cet enfant est
- 0:05devenu une voix. Il fait chanter, danser
- 0:08et sourire des millions de personnes.
- 0:10[raclement de gorge] Entre les deux, il
- 0:11y a eu des guerres, des départs, des
- 0:13silences, des blessures, puis surtout,
- 0:15il y a eu la musique. Cette intuition
- 0:18que la plus belle réponse au chaos,
- 0:19c'est pas de parler fort mais de chanter
- 0:22simplement.
- 0:23Je suis Stéphanie Roui. Je suis ravie de
- 0:25vous retrouver pour cette rentrée
- 0:26sonore. L'Orient la nuit, c'est reparti.
- 0:29Alors, dans les semaines et mois à
- 0:30venir, nous allons rêver. Nous vous
- 0:33promettons de douter, de discuter, de
- 0:36s'écouter, de se contredire aussi.
- 0:38Parfois, il y aura des hésitations, il y
- 0:40aura des silences, il sera question de
- 0:42mots, ceux qui fâchent, ceux qui font du
- 0:45bien, de malheur trop arabes, d'amour,
- 0:48de littérature, de secrets de famille et
- 0:50de beaucoup d'autres choses. Mais pour
- 0:52l'heure, j'ai l'immense plaisir d'avoir
- 0:54face à moi une icône de la musique. On
- 0:56le dit pop star, global singer,
- 0:58superstar mondial. Il est cultissime et
- 1:02on ne le présente plus. J'ai nommé
- 1:04évidemment Mika.
- 1:09[musique]
- 1:11Bienvenue dans l'Orient la nuit, le
- 1:15rendez-vous de ceux qui veillent.
- 1:18Un podcast [musique] réalisé par Anthony
- 1:20Samrani, Stéphanie Rouri et la rédaction
- 1:23[musique] de l'Orient le jour depuis
- 1:26Beirout.
- 1:28Bonjour Mika.
- 1:29Bonjour. Quel joli intro. Merci
- 1:31beaucoup.
- 1:32Alors en préparant cette émission, tu
- 1:34avais demandé à ne pas être filmée.
- 1:35Ouais. Je sais pas pourquoi est-ce que
- 1:37c'est pour faire une pause avec la
- 1:38caméra ? Peut-être qu'après des mois à
- 1:40sillonner les routes, à parcourir les
- 1:42scènes du monde entier, à sourire,
- 1:44fallait tomber le masque.
- 1:45Ouais, mais aussi il faut savoir que
- 1:46tout le monde filme tous les concerts.
- 1:48La plupart du temps.
- 1:49C'est fatiguant.
- 1:50Ouais. Si euh c'est et et des petits
- 1:53morceaux vidéos reviennent tout le temps
- 1:56et et c'est contradictoire parce que
- 1:58dans un sens quand on est sur la scène,
- 2:00on veut s'oublier, on veut se perdre, on
- 2:02veut s'oublier. Quand on fait un concert
- 2:04et consciemment on sait qu'on qu'on est
- 2:06filmé, on se présente d'une autre
- 2:08manière, on se perd mais il y a une
- 2:11sorte de danse consciente. comme si on
- 2:15assume le rôle et on se dit "OK,
- 2:17maintenant j'y vais, je sais que je suis
- 2:18en train d'être filmé, je sais que cette
- 2:20performance va durer mais en général
- 2:23quand on fait des concerts et j'en fais
- 2:24beaucoup chaque année, ça fait des
- 2:26années maintenant que je suis en
- 2:27tournée,
- 2:29on on veut pas penser à la caméra, on
- 2:31veut pas penser à les conséquences d'un
- 2:33geste. On ne veut pas penser, on veut
- 2:35être con, on veut être sincère, on veut
- 2:38être fragile, on veut être fort, on veut
- 2:40être faible, on veut être tout ce qu'on
- 2:42ne peut pas être dans la vie normale. Et
- 2:44quand il y a une caméra constamment en
- 2:45train de te filmer, malheureusement tu
- 2:48penses un petit peu à les conséquences,
- 2:49même à une bêtise ou un un truc un peu
- 2:52maladroit que tu peux dire sur scène,
- 2:54mais de temps en temps, c'est comme ça.
- 2:56[grognement] Bon, voilà, on fait un
- 2:57podcast aujourd'hui. On a coupé les
- 2:59caméras.
- 2:59On a le choix de le de couper les
- 3:01caméras et comme ça on peut se perdre
- 3:04moi autant que toi.
- 3:05Voilà. On va se perdre ensemble. On va
- 3:07revenir au point de départ là où tout a
- 3:09commencé. Euh ça se passait sur la
- 3:11corniche de Beyouth face à la mer un
- 3:12matin d'août 1983.
- 3:15Euh ce jour-là, notre journal l'Orient
- 3:17le jour titré "L'exécutif condamnerait
- 3:20les activités illégales des milices."
- 3:22L'armée israélienne occupait déjà le
- 3:24sud. Un accord de paix se négocia au
- 3:26Forceeps et la MEA, la compagnie
- 3:29aérienne libana craignait déjà pour sa
- 3:31flotte. Alors depuis quatre décennies
- 3:33ont passé, peu de choses ont changé. Le
- 3:35Liban est toujours sous le feu de ce
- 3:36même état voisin, toujours prisonnier de
- 3:39milicie illégale, toujours en
- 3:41négociation, toujours en suspend. Toi,
- 3:44pendant ce temps-là, tu as fait ton
- 3:45chemin. Tu n'as pas choisi le monde dans
- 3:47lequel tu es né. tu as pas choisi non
- 3:49plus le monde dans lequel tu vis, mais
- 3:51tu nous montres année après année qu'on
- 3:53peut encore choisir la manière dont on
- 3:54fait entendre notre voix. Merci beaucoup
- 3:57Mika d'avoir accepté cette invitation.
- 3:59Je ça me touche beaucoup mais j'ai
- 4:03gardé toujours avec moi. Je pense que
- 4:05aussi c'est cette idée des circonstances
- 4:08dans laquelles j'étais né et de cette
- 4:10vie que mes parents étaient forcés à
- 4:12abandonner. Euh je peux pas vous dire à
- 4:16quel point euh pendant toute la vie de
- 4:19ma mère et même mon père jusqu'à
- 4:22aujourd'hui, il parle du Liban, il parle
- 4:24de Beouh, il parle du fait qu'ils sont
- 4:26ils sont partis avec une tristesse
- 4:30extrêmement forte et et très présente
- 4:32toujours, mais aussi de l'enthousiasme
- 4:35de leur enfance, de leur éducation, de
- 4:38de l'enfance à Beou mais aussi tout
- 4:41autour du Liban en train de traverser
- 4:43C'est la série euh de leur éducation à
- 4:48euh de leur adolescence, de leur
- 4:50première vie d'adulte, de cette richesse
- 4:53culturelle. C'est comme si ils ont ils
- 4:56en parlaient tout le temps. Mon père en
- 4:57parle tout le temps aujourd'hui.
- 4:59En écoutant ce que tu dis depuis depuis
- 5:02quelques mois, j'ai l'impression que le
- 5:04Liban revient plus dans ce que tu dis,
- 5:06que tu en parles plus, que tu as envie
- 5:07de de faire de nouveaux projets.
- 5:09Aujourd'hui, tu as accepté cet
- 5:10entretien. Est-ce que pourquoi ?
- 5:12Pourquoi maintenant ? Est-ce que c'est
- 5:14l'actualité ou bien est-ce que c'est
- 5:16autre chose ? Ça correspond au moment de
- 5:17ta vie ? Je pense que c'est ça doit être
- 5:19lié aussi à l'actualité quand il y a
- 5:21quelque chose qui est quand on voit un
- 5:22petit peu ce pays si jeune mais cette
- 5:27terre si ancienne arcane incroyable
- 5:32tes yeux brillent quand tu
- 5:33oui mais parce que c'est le contraste
- 5:35absolu on dit non mais c'est une
- 5:36République si jeune c'est un endroit de
- 5:39problème c'est c'est et on se dit mais
- 5:42c'est pas c'est pas exactement ça la
- 5:43perspective qu'il faut avoir. Et et et
- 5:46quand on voit ce l'état de suspension
- 5:50aujourd'hui, autant qu'en 1983, le 18
- 5:53août, le jour où je suis né et vous avez
- 5:55complètement raison de je devant moi
- 5:58chez
- 5:59une de l'Orient le jour du jour 193.
- 6:02Exactement.
- 6:03Et euh et oui, évidemment, ça me
- 6:07provoque de la peine, de la frustration
- 6:10énorme, mais aussi énormément de
- 6:14curiosité et d'envie de former mon
- 6:16propre contact avec cette partie du
- 6:18monde, cette partie de la Méditerranée.
- 6:22Euh dans un moment où moi à l'âge de
- 6:24maintenant, j'ai 43 ans. Et évidemment
- 6:27pour savoir, il faut pas vraiment savoir
- 6:29où on veut terminer parce que dans la
- 6:31vie on ne peut pas, je suis sûr qu'on ne
- 6:32peut pas trop planifier où on va finir.
- 6:36Déjà le mot finir, il est horrible.
- 6:38Oui, mais non, pas vraiment parce que
- 6:40tout tout mais le et c'est vrai. Ouais,
- 6:43c'est vrai. Le mot finir, c'est
- 6:44horrible. Sauf si on sait d'où on vient
- 6:49et ça ça ça peut tempérer cette peur et
- 6:54cette finalité. Mais bon, je je suis
- 6:56curieux, je veux former mon propre lien.
- 6:59Mon père a eu toute une partie de son
- 7:01enfance, toute une partie de son
- 7:02adolescence. Il est né à Jérusalem ?
- 7:04Il est né à Jérusalem.
- 7:06Le père d'un son père était américain,
- 7:08sa mère aussi. Euh et il a grandi au
- 7:13Ker, il a grandi à Washington à il a
- 7:16grandi à Beou et à Omar aussi.
- 7:19Il parlait couramment arabe ton père. Il
- 7:20parle couramment arabe. Il parle arabe
- 7:23euh avec une inflexion très libanaise
- 7:25et aussi il a étudié le l'arabe
- 7:28classique et c'est un c'est un geek mais
- 7:31de geek. Il est tellement geek qu'il est
- 7:35qu'il nous fait chier quoi.
- 7:37Son histoire et sa connaissance de
- 7:39l'histoire
- 7:41libanaise de la grande Syrie,
- 7:44de l'histoire des Bedou. On aurait dû
- 7:47l'inviter avec toi aujourd'hui. [rires]
- 7:49Ouais franchement oui. Sauf que quand il
- 7:51commence à parler, ça termine jamais.
- 7:52Donc si vous avez 5h, ouais vous pouvez
- 7:54lui demander. [rires]
- 7:56Et ma mère ma mère évidemment c'était
- 7:58différent, moins moins académique dans
- 8:01son approche et dans son lien et dans sa
- 8:03connaissance beaucoup plus émotionnel et
- 8:07et beaucoup plus de produit de ses
- 8:09circonstances de ses parents.
- 8:11Donc ta maman, elle est née aux
- 8:12États-Unis d'un papa syrien, d'une maman
- 8:14libanaise, très libanaise. Tu en parles
- 8:16? papa syarien mais un c'était il est
- 8:20parti il était dans il était convoqué
- 8:24pour être dans la guerre dans le Av
- 8:29donc c'est la révolte des Arabes contre
- 8:32exactement ça c'était en 1914 si je me
- 8:34trompe pas et je pense qu' il rentre ou
- 8:37je sais qu'il est rentré chez lui en
- 8:391916
- 8:41sa mère est décédée en lui attendant
- 8:44et il était un petit Euh
- 8:47donc chez lui à Damas ?
- 8:49Oui,
- 8:50à Damas, dans le centre de Damas. Et il
- 8:53était il a eu une expérience tellement
- 8:55une réaction tellement forte à la
- 8:57violence qu'il avait vu et aussi le fait
- 8:59qu'il rentre et sa maison n'est plus sa
- 9:00maison. Sa maison, sa maman n'y est
- 9:02plus. Euh et donc il se dit "OK, je m'en
- 9:05vais et il quitte avec un frère et une
- 9:10sœur. Lui à cet âge là, je pense qu'il a
- 9:1316 ans. Et ils vont à Ellis Island. Il y
- 9:17va à pied. C'était à pied un petit peu
- 9:19en en voiture, mais ils ont pris ce
- 9:21qu'il pouvaient prendre. Ils sont allés
- 9:23de Damas à Beou comme beaucoup beaucoup
- 9:26de gens dans probablement dans ta
- 9:27famille et dans des gens qu'on connaît.
- 9:29C'est le cas de beaucoup de Libanais,
- 9:30l'Empire ottoman déclinant qui prennent
- 9:33le large à la recherche.
- 9:34Il arrivé à Les Island et on a trouvé
- 9:36son nom inscrit. Il s'appelle John
- 9:38Moahad. Il commence à construire sa vie.
- 9:41Beaucoup plus tard, il travaille dans
- 9:43les textiles. Il est delivery boy. Donc
- 9:46il est comment on dit ça ? livreur H
- 9:49et ensuite il commence à avoir ses
- 9:51propres sa propre petite entreprise qui
- 9:53fonctionne très bien pour les textiles
- 9:55et à un certain moment ça sa sœur euh la
- 10:00tante Teddy Theadora dit "OK, c'est fini
- 10:03maintenant tu dois te marier. C'est pas
- 10:05possible." Bon, c'est une autre
- 10:07histoire, c'est une longue histoire mais
- 10:09bref, juste pour dire qu'il était
- 10:11supposé de marier une certaine femme.
- 10:13C'était arrangé par sa sa par sa sœur.
- 10:16Il arrive, il a un cocktail bien chic.
- 10:19Bon, son retour au Liban était très
- 10:21différent qu'au son départ.
- 10:23et il s'ennuie et il est triste. Et la
- 10:28légende de la mythologie de ma famille,
- 10:30apparemment, il il va se balader sur la
- 10:32plage et il voit une famille qui est en
- 10:35train de jouer et et toute une famille
- 10:38très nombreuse. Il y a h personnes et il
- 10:40y a une fille, une femme, une jeune
- 10:42femme qui voit et il tombe amoureux
- 10:44d'elle.
- 10:46Il commence à lui parler, il commence à
- 10:47parler avec les parents aussi, commence
- 10:49à parler avec tout le monde lorsqu'il y
- 10:50a son propre cocktail sur la terrasse,
- 10:53je pense que du c'était le George 5 euh
- 10:56c'est ça le club
- 10:57le Saint-George.
- 10:58Le Saint-George. Voilà, c'est ça.
- 10:59Saorge.
- 11:00Le Saint-George.
- 11:01Sur le port de Beau et je suis allé
- 11:02visiter exactement. all visiter le
- 11:04Saint.
- 11:04Ouais.
- 11:05Et euh et il annule son mariage et il
- 11:08dit à sa sœur, "C'est cette fille-là que
- 11:10je veux marier.
- 11:12Déj un grain de folie dans les jeunes.
- 11:15Et [raclement de gorge] donc et c'est un
- 11:17drame énorme.
- 11:18Long story short, il fait un deal avec
- 11:21elle et et il reste quelques jours, il
- 11:23se parle,
- 11:25elle l'aime bien mais elle dit "Si moi
- 11:27je viens
- 11:29à New York et ben c'est pas moi tout
- 11:32seul. C'est sur la condition que j'amène
- 11:34tous mes frères et sœurs. Il y en avait
- 11:35sep.
- 11:37Il accepte.
- 11:39Ils y vont. Et c'est en rentrant sur le
- 11:42bateau que que ils ont conçu ma mère. Et
- 11:45euh très vite après, quand il rentre aux
- 11:48États-Unis, elle est née, sa mère euh
- 11:52avait 16 ans, son père presque 60.
- 11:58Ton père rencontre ta mère ensemble, il
- 12:01décide de revenir s'installer à Beouh et
- 12:04c'est là où tu es né sur la sur la
- 12:07corniche de Beou.
- 12:08Exactement.
- 12:08Est-ce que tu peux me parler de cet
- 12:09appartement face à la mer ? Est-ce qu'il
- 12:11existe encore ?
- 12:12Il existe encore. Je suis allée le voir
- 12:14de l'extérieur et c'est drôle ce cet
- 12:17appartement. C'est il y a le nombre de
- 12:19fois où il y a des gens qui sont venus
- 12:21me voir en me disant je me souviens
- 12:23j'étais à la bienénale d'architecture en
- 12:25sortant du lockdown. Il y a un
- 12:27architecte Thomas Doxadis qui me dit
- 12:30"Écoute, il faut absolument que tu
- 12:32rencontres ce monsieur blis
- 12:36rencontré parce que c'est c'est un
- 12:37libanais qui est le dinan de design
- 12:40architecture à MIT, c'est Hashim Sarkis
- 12:43et et je suis posé je suis avec Hashim
- 12:45Sarkis et tout d'un coup il y a Dialadin
- 12:48qui est sa femme qui arrive qui me dit
- 12:50oui mais moi j'étais moi j'étais ta
- 12:51première nannie je l'habitais au-dessus
- 12:53de toi quand tu es né dans ce bâtiment
- 12:56qui regardait la Méditerranée et je me
- 12:58posais avec toi quand tu avais 2 mois,
- 13:01un mois et demi et on regardait la
- 13:04Méditerranée ensemble sur mon balcon ou
- 13:06sur le tien et là on est ensemble et et
- 13:08c'est c'est elle est pas la seule dit
- 13:11c'est il y a beaucoup de gens qui ce
- 13:12bâtiment avec ses ses ses appartements
- 13:16et ses balcons des années 50 ou 60 qui
- 13:19regardaient la mer
- 13:21qui te ramène à cet endroit
- 13:22mais c'est drôle parce que ma ma mon
- 13:25père voulait vou toujours repartir, vou
- 13:27aller vivre au Liban avec sa sa petite
- 13:31famille. Ma mère, je sais pas ce qu'il
- 13:33aimait. Il aimait il aimait tellement
- 13:35ses souvenirs de Aubi
- 13:37euh son enfance. Euh moi je dis toujours
- 13:41qu'il a il a le syndrome de Laurence
- 13:43d'Arabie.
- 13:45Il est il a il veut complètement
- 13:48abandonner l'Europe et surtout les
- 13:49États-Unis. [rires]
- 13:51et et et ma mère et ben c'était
- 13:55différent. La raison pour laquelle j'ai
- 13:57expliqué les circonstances de de sa
- 14:00naissance et de ses l'histoire de ses
- 14:02parents, c'est pour vous dire un petit
- 14:03peu que on peut quand on est né dans une
- 14:06famille comme ça et ça peut être elle a
- 14:09grandi à à Kenetcut à New York mais
- 14:12vraiment dans une sorte de OK, elle est
- 14:14pas née à Beyrout mais elle était
- 14:17tellement libanaise. Elle a baigné dans
- 14:19l'arabe dans une
- 14:20c'est ça dans une bulle et donc elle
- 14:22avait vraiment cette envie de de d'avoir
- 14:24des enfants qui qui que qui ont qui
- 14:27pourraient avoir la possibilité de
- 14:29d'être de vivre au Liban.
- 14:31Hm. Et pour toi aussi c'est un peu la
- 14:32même chose. Tu quittes à 2 ans à peu
- 14:34près le Liban et
- 14:35demi. Vous
- 14:36vous installez à Paris ?
- 14:38Non, on on va en Chypre. Vous allez
- 14:40parce qu'on évacué par le par sur le
- 14:42bateau euh
- 14:44de de l'armée américaine, American Navy.
- 14:48Vous allez à Ch mais vous y restez pas.
- 14:50Et ben là-bas, ils doivent décider. Et
- 14:51normalement, on devait rentrer à aux
- 14:53États-Unis à New York et ma mère refuse.
- 14:57On est parti, on est parti vers la
- 14:58Méditerranée, on est parti vers le
- 15:00Liban, vers l'Europe. Si c'est pas le
- 15:02Liban, ben on va rester en Europe. Elle
- 15:05a dit je veux avoir encore des enfants,
- 15:07je veux en avoir plus et je veux qui qui
- 15:11qui se qui se
- 15:15qui se baigne dans cette culture
- 15:17la culture européenne alors
- 15:18plus proche à la culture que moi je
- 15:20voulais dans mon enfance que que j'avais
- 15:22pas le privilège d'avoir.
- 15:24Alors donc vous arrivez finalement à
- 15:25Paris et
- 15:26il décide Paris. Exactement.
- 15:28Il décide Paris. Vous posez vos valises.
- 15:31Euh,
- 15:31bon, moi je pose rien.
- 15:34On me pose. Moi, je suis la valise. La
- 15:37valise, c'est moi. Je suis posée [rires]
- 15:40dans mes couches.
- 15:41Mais ce que tu racontes aussi, c'est que
- 15:43euh le Liban vous suit, vous êtes en
- 15:45France physiquement, géographiquement,
- 15:47mais c'est une bulle, c'est un univers,
- 15:50c'est une manière de vivre qui est
- 15:51vraiment propre à vous. Tu dis notre
- 15:53appartement, notre univers. Raconte-nous
- 15:56un peu, fais-nous une plongée dans cette
- 15:57bulle. C'était un joli appartement avec
- 16:00mon père a réussi à voir à à se se
- 16:04confirmer un un bon job. Euh et lui
- 16:08c'est et donc on on est dans cet
- 16:11appartement mais tous les meubles vient
- 16:13de Beyrout en fait. Ils viennent de
- 16:14Beyrouth et c'est enier. Ma mère avait
- 16:17cette obsession avec les les les
- 16:20fauteuils et les sofas en osier. Est-ce
- 16:22que vous savez lesquels dans les
- 16:24Je crois que je vois les trucs qui se
- 16:25mettent sur le balcon.
- 16:27Ouais. C à l'intérieur
- 16:28et et l'intérieur de notre maison était
- 16:30comme un jardin. Elle en a acheté
- 16:32beaucoup et elle les a peints en blanc.
- 16:34Et le le l'appartement était entièrement
- 16:36peint en blanc. La seule chose qui
- 16:39n'était pas en blanc, c'était les tissus
- 16:41brodés et les tissus de Damas, les
- 16:44broderies palestiniennes, euh les
- 16:48céramiques aussi du Liban et euh les les
- 16:54objets en métal.
- 16:56Tu racontes aussi Mika qu'il y avait
- 16:57beaucoup de passages chez vous. Vous
- 16:58avez grandi dans le milieu libanais
- 17:01de de Paris que ça parler arabe, tu
- 17:04étais entouré. Raconte-nous un peu ce
- 17:06cet environnement dans lequel tu
- 17:07grandis, le clan, ta famille. Est-ce que
- 17:10c'est difficile aussi de se construire
- 17:11en tant que personne, en tant
- 17:12qu'individu, quand on est comme ça dans
- 17:14un clan, un groupe, on appartient ?
- 17:17C'est c'est drôle parce que j'étais dans
- 17:18un on était dans un clan et il y avait
- 17:21il y avait aussi surtout cette
- 17:22communauté et cette cette famille très
- 17:25large et même je pense qu'il y en avait
- 17:27beaucoup qui faisaient semblant d'être
- 17:29de on disait famille mais c'était
- 17:30vraiment juste des potes [rires]
- 17:33très libanais et et mais et c'était
- 17:37fabuleux hein. C'est pas du tout négatif
- 17:38ça. C'est fantastique.
- 17:41Et c'est mais c'est il y avait vraiment
- 17:43cette sorte de cette communauté
- 17:45transplantée du Liban et de la Syrie
- 17:48aussi. Ça se mélangeait à Paris et et il
- 17:53y avait deux mondes. Il y avait le monde
- 17:54à l'intérieur qui était oriental, qui
- 17:58était ça ça ça chantait la musique
- 18:01arabe, ça sentait les plats arabes, ça
- 18:04sentait les cigarettes et le net
- 18:07[rires]
- 18:08le soir et ça parlait la guerre. Ça
- 18:11parlait la guerre tout le temps.
- 18:12Ce que j'allais te demander, tu décris
- 18:13beaucoup de joie, de légèreté mais à ce
- 18:16moment-là, il y avait déjà la guerre. Ça
- 18:18devait forcément d'une manière ou d'une
- 18:19autre transparaître.
- 18:20C'est mais mais tous les jours, c'était
- 18:22constant, c'était et dehors, il y avait
- 18:25pas la guerre et à l'école, il y avait
- 18:26pas la guerre. Mais à la maison, ça
- 18:28parlait la violence, ça parlait la
- 18:29tristesse, ça parlait des des
- 18:32microchangements et des énormes
- 18:33changements qui pouvaient se passer d'un
- 18:35jour à l'autre. Et et je pense que c'est
- 18:37pour ça qu'il y avait cette communauté
- 18:38qui se rassemblait. dans dans les sofas
- 18:42des des salons, dans dans les salons des
- 18:44gens, dans les cuisines qui qui étaient
- 18:47renforcés avec des des fragments de
- 18:49culture qui représentaient quelque chose
- 18:52de beaucoup plus large et de beaucoup
- 18:53plus puissant qui est l'identité
- 18:55d'où il venait.
- 18:57Oui, je pense que enfin c'est c'est
- 18:58universel quand il y a une guerre, on se
- 19:00on se replie faire ce qui nous reste et
- 19:01ce qui nous reste c'est le le lien
- 19:04social. Mais ma question c'était aussi
- 19:07quand nos familles libanaises parfois
- 19:08elles peuvent prendre beaucoup beaucoup
- 19:09de place dans nos vies.
- 19:11Ouais.
- 19:11Euh
- 19:11je parle de toi là [rires]
- 19:16Stéphanie Cour parle parle de ta famille
- 19:20[rires]
- 19:21qui t'emmerde en ce moment. Je pense que
- 19:23c'est
- 19:24Ah non mais c'est sûr. Énormément de
- 19:26énormément de place et aussi bon ma mère
- 19:30elle faisait des fringues.
- 19:31Ouais. Et euh et on a grandi toute notre
- 19:33vie dans un atelier de couture dans un
- 19:35sens. C'est c'était il y avait des il y
- 19:37avait des machines à coudre qui qui
- 19:39passaient toute la nuit. Il y avait il y
- 19:41avait ça aussi des gens qui venaient qui
- 19:44étaient français, Josian qui étaient
- 19:47toujours chez nous, cette belle Normande
- 19:50que j'adore. Euh mais aussi des gens des
- 19:53Philippines, de la Chine, tout le monde
- 19:54qui travaillait ce clan qui travaillait
- 19:56aussi avec ma mère pour pour fabriquer,
- 19:59pour coudre dans notre appartement, dans
- 20:01la cuisine à 2h du matin. C'était
- 20:03fantastique. C'était un atelier de
- 20:07couture. C'était un stockage de tissu.
- 20:10C'était des dessins collés sur les murs.
- 20:13C'était un endroit où ces femmes qui
- 20:18étaient les copines de mes tantes, de
- 20:20mes grandes tantes et de ma grand-mère
- 20:22buvait du whisky, se criait dessus et et
- 20:27et était en train de mettre de l'ailette
- 20:29sur leur sur leurs cheveux. C'était les
- 20:32c'était ce mélange de tout, mais surtout
- 20:35c'était pas du tout conservateur. Ma
- 20:37mère était complètement libre. Il y
- 20:39avait aussi la mode. On était entouré
- 20:42par des gens qui travaillaient dans la
- 20:43mode. Nous sommes dans les années 80.
- 20:46Euh énormément de de gens de la mode qui
- 20:49sont tous des amis de ma mère. euh des
- 20:53gens de toute couleur de peau et de
- 20:55d'une décadence délicieuse. Des hommes
- 20:59qui porte des des hauts de femmes avec
- 21:01des des colliers de perles. Vous pouvez
- 21:03imaginer la réaction de certaines tentes
- 21:08de certaines tentes libanaises. Ce clash
- 21:10de monde mais j'avais de la chance parce
- 21:13que c'était dans notre appartement
- 21:15royaume royaume de ma de ma mère et de
- 21:18mon père. J'ai vu les conneries qui ont
- 21:20dit et les réactions intolérantes de
- 21:23certains gens dans ma famille,
- 21:24l'homophobie très forte.
- 21:27Euh ouais, cette cette ce truc assez
- 21:31violent et et et au moins je l'ai vu et
- 21:34je l'ai j'ai savais ce que j'étais, ce
- 21:36que c'était, je savais ce que c'était et
- 21:39je savais ce que je voulais pas être.
- 21:41Intolérant. Donc c'est c'est très
- 21:43complexe que je suis en train de dire.
- 21:45Il y avait la famille traditionnelle
- 21:46libanaise, il y avait euh ce côté wospe
- 21:49de mon père, il y avait le colé
- 21:51multiculturel du de l'atelier de ma mère
- 21:54qui faisait partie de notre famille. Il
- 21:56y avait la créativité, il y avait le
- 21:58monde de la mode et le monde de la
- 22:00musique, énormément de gens. C'était un
- 22:03appartement de contamination totale.
- 22:06Mais ce que je savais, enfin ce que
- 22:08j'avais pas réalisé, c'est que donc
- 22:09cette liberté, votre mère vous a
- 22:11enseigné, ce sens de la liberté de se
- 22:13détacher c'était plus que enseigné, elle
- 22:15nous l'a cultivé comme une sorte de
- 22:18d'urgence comme un un c'était et et de
- 22:21temps en temps c'était pas facile.
- 22:23C'était un terrain c'est c'était un
- 22:24terrain difficile à naviguer. Mais donc
- 22:27à un moment donné, il faut dire euh il
- 22:28faut dire stop, il faut dire merde à la
- 22:30famille, à la société pour euh pour
- 22:32s'affirmer. À quel moment est-ce que ça
- 22:34a eu lieu ? C'est c'est
- 22:37drôle parce que j'ai j'ai jamais dû dire
- 22:39non. J'ai j'ai jamais dû dire stop parce
- 22:43que
- 22:44ce clash et ce challenge des norme euh
- 22:49et et de ce qui est normal, pas normal,
- 22:52ce qui est accepté ou pas accepté, la
- 22:54place d'une femme, la forme de son
- 22:57corps, la sexualité d'un homme, tout
- 23:00cette ce débat se passait dans notre
- 23:02maison
- 23:04et les arguments aussi et les disputes
- 23:07de temps en temps violentes. et ben
- 23:09c'était devant nous.
- 23:11Donc j'ai jamais dû dire maintenant
- 23:13[raclement de gorge] j'abandonne,
- 23:15maintenant stop. Et si vous regardez mes
- 23:19paroles
- 23:20dès mon premier album jusqu'à
- 23:22aujourd'hui, avec ça en tête, vous
- 23:25pouvez contextualiser certaines paroles.
- 23:27Dans mon premier album, il y a une
- 23:28chanson qui parle de ma grand-mère. Ma
- 23:30grand-mère était une femme très
- 23:32compliquée. Odette Moaad Fara,
- 23:38sa famille du sud du Liman de Sour et de
- 23:41tir comme toi. OK.
- 23:45Elle était très ouverte. C'était une new
- 23:47yorkaise comme je vous ai dit et c'était
- 23:49pas pour vous choquer mais elle s'est
- 23:50mariée
- 23:52à 16 ans. Elle a eu ma mère mariée. Elle
- 23:54parlait pas anglais. Elle arrive à New
- 23:56York. son mari avait bien gagné son sa
- 24:01vie et construit un truc. elle était
- 24:03wild
- 24:05et qui et conservateur et un peu wild en
- 24:07même temps. Donc cette chanson qui parle
- 24:10d'elle sur mon premier album ouvre avec
- 24:12la parole.
- 24:29Comment on traduit ça en français ? J'ai
- 24:31pas tout retenu. Euh je je suis là et je
- 24:33je Ouais, je t'observe euh et je et en
- 24:36te regardant, je pense juste au jour où
- 24:38tu vas mourir
- 24:40et et tues tues tout toutes les lignes
- 24:43sur ton visage euh sont une trahison euh
- 24:49pour la joie avec laquelle pour le la
- 24:51joie avec laquelle tu souris. Est-ce que
- 24:53tu peux regarder la vie à travers mes
- 24:55yeux et pas juste les tiens juste pour
- 24:57un instant ? Et ça parle de elle, ça
- 25:00parle d'elle. Ça part de ça part de moi,
- 25:02ça part de mon identité, ça part de ma
- 25:04mère, ça part de des disputes, ça part
- 25:06de ça parle de l'abus qu'il y avait dans
- 25:09la famille. Et il y en avait évidemment,
- 25:11il y en avait. Je
- 25:12bien sûr qu'il y en avait, même si
- 25:14personne en parle. Il y en a dans
- 25:16presque toutes les familles et dans des
- 25:18familles de gens qui sont des des
- 25:20enfants qui sont des des qui viennent
- 25:22des contextes compliqué qui sont pas il
- 25:25y avait pas de l'abu dans ma famille ou
- 25:27avec mes parents mais dans la famille de
- 25:29ma mère oui. Et j'avais grandi en
- 25:31regardant certaines difficultés c
- 25:34certaines certaines énergies et des
- 25:37circonstances très difficiles. Et je me
- 25:39suis dit mais à quel point est-ce qu'on
- 25:41en parle ? Et on en a parlé ?
- 25:44Non, mais moi je voulais en parler.
- 25:46Toi tu voulais en parler
- 25:47et je suis seulement au début. Et c'est
- 25:50pour ça que je vous dis que toute ce
- 25:52clash d'univers, ce clash de culture,
- 25:55cette recherche de mon propre identité,
- 25:58cette cette confrontation vers mon passé
- 26:02mais celui de ma ma famille, mon père,
- 26:05mes parents, c'est pas juste aléatoire,
- 26:08c'est la matière avec laquelle j'écris.
- 26:12Mika, je t'ai demandé de choisir un
- 26:14morceau qui a marqué ton enfance. Moi,
- 26:15je pensais, je m'attendais à ce que tu
- 26:16me sors du feous.
- 26:18Pas du tout. Non,
- 26:19on va écouter.
- 26:30[musique]
- 26:32sakat
- 26:38[musique]
- 26:42[musique]
- 26:44[chant]
- 26:56[chant][musique]
- 27:01[musique]
- 27:15is name
- 27:17[musique][chant]
- 27:24[chant]
- 27:26as soon
- 27:29[musique][chant]
- 27:37[musique]
- 27:46[chant][musique]
- 27:53[musique]
- 28:04[musique]
- 28:11[musique]
- 28:11[chant]
- 28:16Friday
- 28:19[musique]
- 28:33[musique]
- 28:39[musique]
- 28:47[musique]
- 28:52[musique]
- 28:55[chant]
- 29:06[musique]
- 29:16[musique]
- 29:25Myiam Makeba pata pat c'est une chanson
- 29:27des années 50. Pourquoi Mika ? Est-ce
- 29:29que tu as choisi cette chanson ?
- 29:30Parce que
- 29:32c'est parce que parce que ça c'est les
- 29:35matins. Ça c'est les matins. Ça sent le
- 29:38persil, ça sent le café.
- 29:41Euh de temps en temps, ça sent une
- 29:43cigarette mais on sait pas d'où ça
- 29:45vient. [rires]
- 29:46Ça sent les œufs frits
- 29:49et il y a aussi le goût de la petite
- 29:51vitamine C affervescente. Ça sent l'eau
- 29:54de javelle sur un sol de de notre
- 29:57cuisine et ça danse.
- 29:59Alors il y a il y a la légèreté mais
- 30:00c'est aussi une chanson qui est engagée
- 30:02politiquement. C'est une chanson
- 30:03d'Afrique du Sud qui est devenue un
- 30:05hymne.
- 30:07Exactement. C'est Myriamaba qui a qui
- 30:10toute sa vie a été pratiquement dédiée à
- 30:12à parler de l'appartide et réclamer sa
- 30:14liberté. et sa liberté de son la liberté
- 30:17de son peuple. Elle était elle était
- 30:20exilée euh de l'Afrique du Sud, elle
- 30:23était sans sans passeport, elle était
- 30:26bloquée aux États-Unis et euh et elle
- 30:28refusait de rester silencieuse. Et mais
- 30:31mais ça crée la joie en même temps,
- 30:34c'est ce contraste entre un engagement
- 30:38politique euh une histoire très dure
- 30:42mais quelque chose qui crie la joie.
- 30:45Parce que cette joie, elle représente
- 30:49aussi une résilience et une liberté.
- 30:53C'est quoi ton rapport Mik à la
- 30:54politique ?
- 30:55C'est c'est la vie. La politique
- 30:57c'est partout autour de nous.
- 30:58C'est partout. C'est partout. Il peut il
- 31:00faut il faut pas il faut pas avoir peur
- 31:01de s'engager parce que ça fait partie de
- 31:04la vie. 50 % c'est des mensonges ou
- 31:06c'est de la manipulation mais quand même
- 31:08ça fait partie de l'exercice de la
- 31:10discussion du débat
- 31:13de de de la manière qu'on navigue notre
- 31:15société.
- 31:16Tu as construit une grande partie de ton
- 31:18ta personnalité ton personnage public
- 31:20aussi autour de la liberté. Tout à
- 31:22l'heure tu disais tu es que au début du
- 31:24chemin de pouvoir dire les choses à une
- 31:26partie de ta famille. Est-ce que tu tu
- 31:29te sens libre aujourd'hui de tout dire
- 31:31ou est-ce qu'il y a encore des choses
- 31:33que tu retiens ? Non. Je me je me sens
- 31:34pas libre de tout dire parce que
- 31:37je suis toujours en train de former ce
- 31:39que je veux dire. Mais je me sens libre.
- 31:41C'est un voyage, c'est je vais on sera
- 31:44jamais on va jamais se sentir libre de
- 31:46tout dire. Je me sens libre d'explorer
- 31:48tout ce que je veux explorer et d'écrire
- 31:51ce que je veux écrire. Je suis pas je
- 31:54suis pas sens s
- 31:57sensationnaliste.
- 31:58Sensationnaliste.
- 31:59Je ne suis je vais pas vers la
- 32:01sensation. Je veux pas être
- 32:02sensationnaliste mais mais je sens que
- 32:07j'ai beaucoup à explorer pour comprendre
- 32:09vraiment qui je suis et je suis juste au
- 32:12milieu du trajet.
- 32:13Ce qui me frappe chez toi, c'est à quel
- 32:14point est-ce que tu es en permanence en
- 32:16mouvement. L'identité chez toi, elle
- 32:18bouge. La liberté, elle est jamais
- 32:19vraiment acquise. Elle se conquière en
- 32:22permanence. Et en même temps, le succès,
- 32:25devenir une icône comme ça, ça fige. On
- 32:28devient on devient une statue. Est-ce
- 32:30que c'est
- 32:31Est-ce que c'est Non, est-ce que toi tu
- 32:32le vis comme quelque chose de de lourd
- 32:34aussi le
- 32:37je pense que oui et non, pas vraiment
- 32:39parce que je le sens pas.
- 32:41OK. My happy place, c'est quand je suis
- 32:44en train d'acheter de la bouffe,
- 32:46[grognement]
- 32:47quand je suis dans un supermarché et je
- 32:49sens pas ce ce truc de de de cette je
- 32:54sais pas,
- 32:56je sens même pas le succès, je sens
- 33:00une énorme opportunité de pouvoir faire
- 33:03des trucs qui sont amusants ou qui
- 33:05m'intéressent ou qui me provoquent de la
- 33:06curiosité. Et ça, je reconnais, c'est un
- 33:09énorme privilège et et souvent je fais
- 33:11beaucoup de choses pour garantir ma
- 33:13liberté. Par exemple, je sais que quand
- 33:16je fais mes tourner à moi, je j'ai monté
- 33:18ma propre maison de prod et on produit
- 33:21nous-même, moi dans ma cuisine encore
- 33:24une fois pour avoir la liberté de faire
- 33:26ce que je veux faire, même si on va
- 33:27perdre de l'argent, même si c'est sold
- 33:28out. Donc tu as utilisé le succès pour
- 33:30construire ton indépendance, ton
- 33:32une autonomie, une autonomie de
- 33:34décision, une autonomie, une
- 33:35indépendance créative, même si ça veut
- 33:37dire que de temps en temps, je dois
- 33:38aller faire des trucs pour gagner de
- 33:39l'argent, pour fournir aussi les budgets
- 33:42qu'il faut pour cette autonomie. Parce
- 33:43que si on veut aller faire une tournée
- 33:45qui est basée sur euh le constructivisme
- 33:49russe avec 14 camions [rires]
- 33:52dans les arènes autour de de l'Europe et
- 33:54l'Angleterre, et ben ça va coûter cher.
- 33:55Ça veut dire que même quand c'est
- 33:56soldat, on va perdre de l'argent. Ce qui
- 33:58veut dire que après il faut aller de
- 33:59temps en temps pas faire la mais
- 34:01aller faire de l'argent réalis revenir
- 34:03sur terre [rires]
- 34:04et ça te garde totalement les pieds sur
- 34:06terre. Mais aussi ce truc où je refuse
- 34:10de faire partie de de m'installer dans
- 34:12un endroit, ça me force à aller euh me
- 34:15me lancer dans des cultures qui sont pas
- 34:18les miennes, des langues qui sont pas
- 34:19les miennes. Euh ça ça aussi, crois-moi,
- 34:22ça te met les pieds sur terre, hein.
- 34:24Cette cette multipluralité, l'aspect
- 34:27multiculturel te remet toujours une
- 34:30sorte de claque émotionnelle,
- 34:32culturelle.
- 34:34Mika, je t'ai demandé de choisir un
- 34:35morceau qui qui incarne le Liban pour
- 34:39toi. On va écouter un morceau, on en
- 34:40discute tout de suite après.
- 34:59In any other world.
- 35:05[musique]
- 35:05You could tell the difference [chant]
- 35:13and let it all unf
- 35:18[musique]
- 35:20into broken [chant] reminence.
- 35:24[musique]
- 35:27Smile [chant]
- 35:28like you made it [musique]
- 35:34and let yourself let go
- 35:39cuuse it's in the hands of a
- 35:43[chant][musique] bit.
- 35:46Say goodbye
- 35:49to the world [musique][chant] you
- 35:50thought you lived in.
- 35:54Take
- 35:55play [chant][musique] the part of
- 36:01say [musique] goodbye
- 36:03to the world you [chant] thought you
- 36:05lived in. to [musique] the world you
- 36:08found
- 36:17[musique]
- 36:23[musique]
- 36:26I tried to live alone
- 36:32but lonely is [musique][chant] so lonely
- 36:35alone
- 36:41So human as I am.
- 36:47I had to give up [musique][chant] my
- 36:49defenses.
- 36:54So I smiled and tried to [chant] me it
- 36:57[musique]
- 37:01to make myself let go.
- 37:08In the hands of [chant][musique] a bit
- 37:12honor. Say goodbye
- 37:16[musique] to the world you [chant]
- 37:17thought you lived in.
- 37:21Take a bow. Play the B [musique][chant]
- 37:25of a lon.
- 37:28Say goodbye
- 37:30to the world you [chant] thought
- 37:32[musique] you lived in. to the world
- 37:37in the
- 37:39of [musique][chant]
- 37:43say goodbye
- 37:45to the [musique] world you thought you
- 37:47lived in
- 37:50take about play the part [musique] of a
- 37:54[chant]
- 37:55little
- 37:57say goodbye
- 37:59to the world you thought you [musique]
- 38:03To the world you [chant] say,
- 38:07to the world you thought you [musique]
- 38:09lived.
- 38:12Say goodbye
- 38:14to [musique] the world you thought you
- 38:19say [chant][musique] goodbye
- 38:22in any other world.
- 38:29You could tell the difference.
- 38:36[musique]
- 38:42[musique]
- 38:48[musique]
- 38:52Never ever for my story. My face.
- 38:59Ça c'est any other world. C'est une
- 39:01chanson qui représente
- 39:04euh très bien le la présence du Liban
- 39:07dans mes chansons. Ça c'est du premier
- 39:09album en fait. Dans l'album original, il
- 39:12y avait cette l'extrait
- 39:15d'une interview que j'ai fait avec une
- 39:17femme qui était une une amie de la
- 39:21famille. On l'avait rencontré à Londres
- 39:23et elle avait perdu son œil. Il y avait
- 39:25une bombe qui qui avait été tombée sur
- 39:28son sur le bâtiment de son immeuble.
- 39:31Et euh à Beyrout à Beou,
- 39:33ouais, une Raphaille libanaise
- 39:36et et elle a perdu son mari qui qui lui
- 39:41a lâché pour quelqu'un d'autre. Elle a
- 39:44perdu son œil. Elle est partie en
- 39:47Angleterre pour se faire opérer, pour
- 39:50voir ce qu'il pouvait faire avec son son
- 39:52visage et reconstruire une partie de son
- 39:53visage et son œil. à la fin, elle a un
- 39:57œil qui fonctionne plus ou moins bon un
- 40:01peu et l'autre qui est en vert. Et
- 40:05encore une fois, c'est ça représente la
- 40:07manière que mes parents acceptaient des
- 40:10gens dans notre famille. Et dans cette
- 40:12chanson, Rafa, elle parle de son
- 40:15expérience et moi j'ai écrit une chanson
- 40:17qui parle de ça, mais il y a jamais le
- 40:19mot beoue dedans. Il y a pas de mot
- 40:20bombe, il y a pas le mot de la mort ou
- 40:23la guerre. Mais ça parle complètement de
- 40:25ça.
- 40:26Mais dans raconte quoi cette histoire ?
- 40:28Parce que il y a des éléments qu'on
- 40:29retrouve de toi facilement. So I smile
- 40:31and try to minute. J'ai j'ai souri et
- 40:33j'ai essayé de le d'y mettre mon cœur.
- 40:38My face my face is not sad inside. Mon
- 40:41visage n'est pas triste mais à
- 40:42l'intérieur de moi-même je le suis. On
- 40:44voit ce ce ce personnage de Mika. Mais
- 40:47tu parles aussi
- 40:49euh euh d'un homme a bitterman. C'est
- 40:51qui cet homme ?
- 40:54All in the hand of a bitter man.
- 40:56Euh c'est c'est qui ? Bon c'est c'est
- 41:01plusieurs choses. Je pense que surtout
- 41:03la chanson, elle parle de la fragilé
- 41:04fragilité de la vie. Ça parle d'une
- 41:07frustration immense
- 41:10euh de en fait à quel point c'est euh
- 41:15c'est c'est ce ce gâ perte de d'humanité
- 41:21pour la face à la violence.
- 41:24Euh
- 41:26et que
- 41:29ouais, c'est ça en fait, que la vie peut
- 41:30se changer d'une d'une seconde à l'autre
- 41:33et et c'est très très difficile de
- 41:36trouver du sens dans la colère et de
- 41:39trouver le sens dans la souffrance
- 41:41quand on a l'impression et quand on on
- 41:45est victime d'une violence qui vient
- 41:47d'autre part, de quelque part d'autre,
- 41:49de quelqu'un d'autre. et Rafa et comme
- 41:51beaucoup de gens se sentaient
- 41:53extrêmement
- 41:55frustré
- 41:57par les circonstan dans lesquelles elle
- 41:59s'est retrouvé et ce qui s'est passé.
- 42:02Elle était chez elle, elle attendait son
- 42:04mariage et euh elle a perdu sa vie d'une
- 42:09seconde à l'autre. Elle a pas perdu sa
- 42:10vie mais sa vie comme elle la
- 42:12connaissait.
- 42:14Et quand elle elle nous racontait
- 42:15l'histoire, elle disait que qu'elle
- 42:17était venue avec très peu de choses en
- 42:19Angleterre.
- 42:20avec ses blessures
- 42:23euh avec une envie de une une espérance
- 42:25un espoir de peut-être qu'ils allaient
- 42:27trouver une solution pour elle, pour ses
- 42:28yeux, mais aussi avec sa robe de marié
- 42:33qui était pas utilisé.
- 42:34Donc cette chanson, elle est sur le
- 42:35tragique de la vie.
- 42:36Mais bien sûr, mais aussi et et mais et
- 42:39et la mélodie est composée aussi pour
- 42:41être un sorte de réconfort.
- 42:44Mika, on écoute un autre morceau que tu
- 42:47as sélectionné pour nous.
- 42:54[musique]
- 42:56[cloche]
- 43:01[musique]
- 43:11[musique]
- 43:17[musique]
- 43:19Quizá porque mi niñez sigue jugando en
- 43:22tu playa y escondido [musique] tras las
- 43:26cañas duerme mi primer amor. Llevo tu
- 43:28luz y tu olor por donde quiera que vaya.
- 43:33y amontonado [musique]
- 43:34en tu arena.
- 43:37Guardo amor, juegos y penas yo que en la
- 43:41[musique] piel tengo el sabor amargo del
- 43:43llanto eterno
- 43:46que han vertido en ti 100 pueblos de
- 43:48Algeciras a Estambul para que pintes de
- 43:51azul [musique] sus largas noches de
- 43:53invierno.
- 43:55A fuerza de desventuras,
- 43:58tu alma es [musique] profunda y oscura.
- 44:02A tus atardeceres rojos se acostumbraron
- 44:04[musique]
- 44:05mis ojos como el recodo al camino.
- 44:09Soy cantor, [musique] soy embustero, me
- 44:12gusta el juego y el vino. Tengo alma de
- 44:14marinero.
- 44:18[musique]
- 44:18¿Qué le voy a hacer si [chant] yo
- 44:22nací en el Mediterraneo?
- 44:25[musique]
- 44:26Nací en el Mediterráneo
- 44:31y te acercas y te vas después de besar
- 44:35mi aldea
- 44:36jugando con la marea, [musique] te vas
- 44:39pensando en volver. Eres como una mujer
- 44:42perfumadita de hebrea
- 44:45que se añora [musique] y que se quiere,
- 44:49que se conoce y se teme ahí. Y [musique]
- 44:52si un día para mi malme
- 44:56[chant] la parca,
- 44:58empujar al mar mi barca [musique] con un
- 45:00levante otoñal y dejad que el temporal
- 45:03desguace sus [musique] alas blancas.
- 45:07Y a mí enterradme sin duelo [musique]
- 45:11entre la playa y el cielo,
- 45:14en la ladera de un monte más alto
- 45:16[musique] que el horizonte, quiero tener
- 45:19buena vista.
- 45:21Mi cuerpo será camino. Le daré verde a
- 45:24los pinos y amarillo a [musique] la
- 45:26genistas
- 45:30cerca del mar. Porque yo [chant]
- 45:34nací en el Mediterráneo. [musique]
- 45:37Nací en el Mediterráneo.
- 45:41[musique]
- 45:42Mediterrano.
- 45:48[musique]
- 45:56[musique]
- 46:06On vient d'écouter Militaireo. C'est un
- 46:08morceau de Juan Manuel Serat.
- 46:10Exactement. C'est un
- 46:12c'est un c'est un morceau splendide. Ce
- 46:15Manuel Serat, cette chanson, elle est en
- 46:17espagnol mais il il parle d'une identité
- 46:20méditerranéenne
- 46:22sans les clichés de Hollywood. C'est
- 46:24c'est pas un truc de télénovelas. Il
- 46:26parle du sang, il parle de la
- 46:27souffrance, il parle de la beauté, il
- 46:29parle de l'amour, du sexe, de
- 46:31l'identité, il parle du voyage, il parle
- 46:35d'une fin sans drame, il parle d'un
- 46:39cycle de vie, de mort, de renaissance
- 46:44entièrement ancré dans la Méditerranée.
- 46:47Il parle d'une identité collective. La
- 46:50chose qui nous lit entre le Liban,
- 46:53l'Espagne, toutes ces différentes
- 46:56différents endroits. Si on le regarde à
- 46:58travers une optique positive, pour moi,
- 47:01c'est de regarder cette partie de la
- 47:03terre avec cette idée de la
- 47:05Méditerranée, l'identité et de
- 47:07l'histoire méditerranéenne. Et il dit un
- 47:10truc qui est assez fataliste et à ses
- 47:11coquins, il dit "Que puis-je faire si
- 47:13moi je suis né en Méditerranée ? Que
- 47:16puis-je faire ?
- 47:18[rires]
- 47:19et [raclement de gorge] et et ensuite,
- 47:20c'est ancré avec une poésie qui est qui
- 47:22est extrêmement fine et extrêmement
- 47:26engagée et extrêmement poétique en même
- 47:28temps. Ça c'est l'identité
- 47:31méditerranéenne et on retrouve ça dans
- 47:33l'identité libanaise. C'est pour ça que
- 47:36quand on parle du Liban et la République
- 47:39libanaise, laisse tomber cette idée pour
- 47:41un instant, laisse tomber. Ne parle pas
- 47:44de la grande Syrie, ne parle même pas du
- 47:46Liban. pense à ce pays,
- 47:51cette zone géographique,
- 47:53cette terre,
- 47:54cette terre avec les montagnes derrière,
- 47:58avec une vallée
- 48:01fertile avec de l'eau mais qui regarde
- 48:04la Méditerranée.
- 48:06Cette terre, Mika, tu es dans une phase
- 48:08de ta vie où tu as envie d'y retourner.
- 48:10Oui.
- 48:11Pourquoi ? Qu'est-ce que
- 48:12Parce que je dois former je dois former
- 48:14mon propre lien. C'est bien d'avoir
- 48:17d'avoir des des mythologies
- 48:21de famille. C'est bien d'avoir des
- 48:22mythologies et des des histoires qui
- 48:26sont qui qui sont déformées
- 48:28délicieusement à travers les ça dépend
- 48:31de quelle bouche ça sort.
- 48:33Tu veux toucher la réalité. Moi je veux
- 48:34moi je veux ma propre version et je
- 48:36pense que ça c'est c'est surtout ça va
- 48:39faire partie de de mon futur et de mon
- 48:41avenir parce que la mythologie en
- 48:43suspension de temps en temps c'est
- 48:45romantique mais aussi le vrai c'est
- 48:47encore plus beau.
- 48:48Rendez-vous est donné à Beou on t'attend
- 48:51avec grand plaisir.
- 48:53On va se quitter sur ces mots. Laurient
- 48:55la nuit c'est fini pour aujourd'hui.
- 48:57Merci à Radio France de nous avoir
- 48:58accueilli dans ces studios pour cet
- 49:00épisode qu'on enregistre
- 49:01exceptionnellement depuis Paris. On se
- 49:03retrouve de la semaine prochaine à Beou
- 49:05pour un nouvel épisode avec Anthony Samr
- 49:23[musique]
About this transcript
This page contains the full transcript of MIKA : « Beyrouth dans la peau » by L'Orient-Le Jour, generated from the public captions YouTube serves with the video. The transcript has 7,029 words across 1,147 segments, with the original timestamps preserved so you can click any line to jump to that moment in the embedded player.
What you can do with it
Use the transcript to take notes, quote the speaker, build a study guide, generate a summary with ChatGPT or Claude via the YouTube Summary tool, or export it as a timed subtitle file with YouTube to SRT. You can also re-open it in the transcriber to translate the transcript into 100+ languages.
Free YouTube transcript tool
YouTube2Text is a free YouTube transcript generator — no signup, no daily limit. Paste any YouTube link and get the full transcript instantly, with timestamps, click-to-jump, translation to 100+ languages, AI prompts for ChatGPT, Claude, and Gemini, and exports to TXT, SRT, VTT, or Markdown.