le jour où j'ai été juré d'assises — Transcript
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- 0:02Si vous êtes citoyen français, inscrit
- 0:04sur les listes électorales, que vous
- 0:06avez plus de 23 ans et que votre casier
- 0:08judiciaire est vierge, alors vous pouvez
- 0:11vous aussi un jour juré d'assise. Chaque
- 0:14année, des milli personnes sont ainsi
- 0:16désignées au hasard. Vous serez alors
- 0:19amené en votre âme et conscience à
- 0:21acquiter, condamner et fixer une peine.
- 0:23On dit une peine de 20 ans, une peine de
- 0:2630 ans, même 10 ans. C'est atroce quoi.
- 0:28Pour la première fois, une caméra a
- 0:30suivi dans un tribunal un groupe
- 0:32d'hommes et de femmes face à cette
- 0:33lourde responsabilité qui est de juger
- 0:36un de leurs
- 0:37semblables. de leur nomination au procès
- 0:39jusqu'au verdict final. Une expérience
- 0:41forte qui marquera à jamais non
- 0:43seulement la vie de l'accusé mais aussi
- 0:45la le l'heure. Le jour où j'ai été juré
- 0:48d'assise, tout de suite dans Infrarouge.
- 0:54Mesdames et messieurs les jurés, vous
- 0:55allez participer à un des temps du
- 0:58processus
- 1:00judiciaire. Vous êtes des juges
- 1:04épinal ouverture d'un procès d'assise
- 1:06sous haute tension.
- 1:08Médecins, ouvriers, chômeurs ou
- 1:10enseignants, ils ont tous été tirés au
- 1:12sort sur les listes électorales pour
- 1:14être juré d'assise. Des citoyens
- 1:17ordinaires pour juger les crimes les
- 1:19plus
- 1:20graves. Tentative
- 1:22d'assassinat, torture, acte de barbarie
- 1:25entraînant une mutilation ou une
- 1:27infirmité
- 1:29permanente. Tentative d'assassinat avec
- 1:32acte de torture et de barbarie. C'est le
- 1:34crime qu'ils vont devoir juger. Nous
- 1:37avons obtenu l'autorisation
- 1:38exceptionnelle de filmer les jurés au
- 1:40cœur de ce procès d'assise. Des jurés
- 1:43qui dans 3 jours devront décider du sort
- 1:45d'un
- 1:48homme. Juré d'assise, une expérience qui
- 1:52marque à tout jamais une vie. Pour en
- 1:54témoigner, nous avons voulu rencontrer
- 1:56d'anciens jurés.
- 2:01Il y a quelques années, ces hommes et
- 2:02ces femmes ont dû eux aussi se prononcer
- 2:05en leur âme et conscience au nom du
- 2:07peuple français, tenant ainsi entre
- 2:09leurs mains le destin d'autres citoyens.
- 2:12[Musique]
- 2:1580 ans de
- 2:17prison, j'ai
- 2:20condamné un certain nombre de personnes
- 2:22à 80 années de prison.
- 2:30Trop. Je dis que j'ai donné trop
- 2:33d'années de prison. Trop
- 2:35d'année. C'est
- 2:40sûr. 35 années, c'est une vie
- 2:44[Musique]
- 2:50hein. Je peux pas revenir en arrière. Ça
- 2:53a été une décision collective. J'ai mis
- 2:56ma petite
- 2:59pierre. C'est comme ça. Je crois qu'on
- 3:02n'est jamais prêt à juger parce que
- 3:04c'est un acte tellement lourd et
- 3:05tellement
- 3:06impliquant que c'est quelque
- 3:09chose qu'on veut repousser jusqu'au
- 3:11dernier moment.
- 3:16Avec l'expérience, le recul, ces jurés
- 3:19d'hier peuvent mettre les mots sur ce
- 3:21que vivent aujourd'hui les jourets
- 3:22d'épinales.
- 3:25Nous allons procéder à la mesdames et
- 3:27messieurs, les jurés.
- 3:32Comme eux, chaque année, 20000 citoyens
- 3:34sont convoqués sur les bans d'une cour
- 3:35d'assise. Pour être juré, il faut avoir
- 3:38plus de 23 ans. Un casier judiciaire
- 3:41vierge, ne pas être policier ni
- 3:43militaire. Numéro 25.
- 3:46Être juré, c'est un devoir de citoyen,
- 3:49impossible ou presque d'y échapper, sous
- 3:51peine d'une amende de 3750
- 3:54€. Certains ne connaissent de la justice
- 3:56que les séries policières. D'autres ne
- 3:58sont jamais entrés dans un tribunal de
- 4:00leur vie. Le juge Michel Lionapra,
- 4:03président de la cour d'assise, les guide
- 4:05dans leur premier pas de juré.
- 4:08C'est pas votre métier, vous ne le
- 4:10pratiquez pas. Vous vous retirez pas en
- 4:12disant ben moi j'ai l'impression que je
- 4:14mon sentiment, mes émotions c'est il est
- 4:17coupable ou il est innocent. Non non
- 4:18non, ça se passe pas comme ça. Vous
- 4:19allez avoir comme un puzzle dont il
- 4:21manque des pièces, il faut aller mettre
- 4:22les unes par rapport aux autres. Et donc
- 4:24vous devez être attentif, vous devez
- 4:27être impartiaux. Ça veut dire qu'il faut
- 4:29que tout au cours de des débats vous ne
- 4:32laissiez transparaître à aucun moment le
- 4:35sentiment que vous avez déjà pris partie
- 4:38dans un sens ou dans un autre. Ça veut
- 4:40dire que les mimiques, elles sont
- 4:43exclues. Pendant 2 à 3 jours, vous allez
- 4:46être des juges exactement comme nous. La
- 4:48seule différence, c'est que vous aurez
- 4:49pas de robe. D'accord ? L'affaire qu'il
- 4:51s'apprête à juger fait la une des médias
- 4:53locaux. Magnum la radio, l'info
- 4:55régionale. Bonjour à toutes et à tous. À
- 4:58la une de l'actualité ce matin, le
- 4:59tensionnaire de Solienville. Cet ancien
- 5:01machiniste est poursuivi pour tentative
- 5:03d'assassinat de torture et des
- 5:05barbaries. Drogué puis blessé à la jambe
- 5:07par balle, il l'avait défiguré son
- 5:09ex-cagne en l'aspergeant d'acide
- 5:11sulfurique un soir de janvier 2008. Le
- 5:12verdict est attendu pour ce vendredi
- 5:14soir. Cet homme risque la réclusion
- 5:17criminelle à perpétuité.
- 5:20À la fin de ce procès, les jourés et la
- 5:22cour décideront de sa peine au côté du
- 5:24président.
- 5:28[Musique]
- 5:34Quelques minutes avant le début du
- 5:35procès, maître Perez réconforte sa
- 5:37cliente, la victime, l'ex compagne de
- 5:40l'accusé. La jeune femme a survécu à ses
- 5:42blessures à 33 ans. Elle est défigurée.
- 5:46Dans ma tête, c'est le mal a été fait.
- 5:47il sera
- 5:49jamais il sera jamais récupérable et
- 5:52tout quoi. J'ai le même visage, j'ai les
- 5:54opérations qui continuent,
- 5:56j'ai tout continue. Je peux rien changer
- 5:59à ma vie. J'ai toujours dit "Je vouis
- 6:01sortir à présent, je partirai très
- 6:03loin."
- 6:05Voilà. Toujours la peur. Bah oui.
- 6:15Bonjour. Ça va ? Oui. Et vous ? Ça va ?
- 6:20Vous pouvez nous le nous l'amener à la à
- 6:22la salle s'il vous plaît ? Il y a pas de
- 6:23souci.
- 6:27[Musique]
- 6:39Merci
- 6:41[Musique]
- 6:44alors en quand vous
- 6:47entrez le président de juges
- 6:49professionnel on va tirer au sort les
- 6:52jurés je vous ai dit Attention, dès que
- 6:54vous entrez tout le monde vous regarde,
- 6:57vous êtes l'accusé, d'accord, hein ?
- 7:01Merci. Important, après l'acte
- 7:04d'accusation, le président va vous
- 7:06demander de vous lever, vous dire
- 7:08"Est-ce que vous reconnaissez les faits
- 7:09?" Qu'est-ce que vous dites ? Oui. Oui.
- 7:13Vous nous ajoutez rien. Vous ne posez
- 7:15pas une question ou quoi que ce soit
- 7:17tant que vous m'avez pas demandé si
- 7:20c'était bon. OK ? Quand vous défendez un
- 7:22accusé, de toute façon quoi qu'il dise
- 7:24dans le box il a toujours tort. Donc en
- 7:26plus les jurés, ils ne connaissent pas
- 7:28le dossier, ils n'ont pas le dossier,
- 7:30ils ne vont connaître que ce qu'ils vont
- 7:31voir de
- 7:32de Donc oui, je l'ai préfé sur les
- 7:36vêtements, sur le fait d'écraser, sur
- 7:38des choses élémentaires qui paraissent
- 7:40idiotes mais qui sont importantes parce
- 7:43que vous savez la dage, la bille fait
- 7:45pas le moine mais aux assises, il le
- 7:47fait un peu.
- 7:50L'accusé reconnaît les faits. L'enjeu de
- 7:53ce procès sera de décider de la peine la
- 7:56plus juste en essayant de comprendre
- 7:58pourquoi et comment cet homme en est
- 8:00arrivé là.
- 8:03Un procès d'assise commence toujours par
- 8:05le tirage au sort des
- 8:08jurés. Le juge, le procureur, les
- 8:13assesseurs, tous ces gens forment un
- 8:15espèce de balai comme ça. Ils arrivent
- 8:17les uns après les autres, c'est très
- 8:18théâtral. Donc tout de suite, on est en
- 8:21rupture avec le temps du quotidien.
- 8:23L'audience criminelle est ouverte.
- 8:24Veuillez vous asseoir.
- 8:28Lorsque je rentre pour la première fois
- 8:29dans la dans la salle de la cour
- 8:31d'assise, j'ai une une sensation
- 8:35de je me sens pétrifié.
- 8:40[Musique]
- 8:57Regarde
- 8:59présent. Quels sont vos noms, prénoms,
- 9:02dates et lieu de naissance, profession
- 9:04et résidence ?
- 9:08Je travailler comme machiniste kinés
- 9:10véral. On rentre dans la vraie vie avec
- 9:13un homme ou une femme qui ressemble à
- 9:16tout le monde. Ça pourrait être mon
- 9:17voisin, ça pourrait être mon frère,
- 9:21quelqu'un de ma famille. J'essaie de de
- 9:22déceler s'il y a une émotion, s'il y a
- 9:26un trait du visage, une expression qui
- 9:28va qui va trahir quelque chose. On est à
- 9:30l'affu d'un d'un petit détail. On croise
- 9:32le regard d'un homme aux abois. En fait,
- 9:36nous allons à présent procéder au tirage
- 9:37au sort du jury de jugement. Je vais
- 9:40tirer au sort le nom des neuf jurés
- 9:42chargés de vous juger et les deux jurés
- 9:44supplémentaires. Vous avez le droit d'en
- 9:46récuser cinq et le ministère public peut
- 9:49en récuser quatre. Monsieur l'avocat
- 9:51général, avez-vous des observations à
- 9:52formuler en ce qui concerne le nombre de
- 9:54jurés supplémentaires ? Je suggère à la
- 9:57cour le tirage au sort de deux jurés
- 9:59supplémentaires compte tenu de la durée
- 10:01normalement prévue de 3 jours pour
- 10:03l'audience.
- 10:10Mesdames et messieurs, les juris qui
- 10:11seront tirés au sort, je vous invite à
- 10:13prendre place sur les sièges dès cet
- 10:16instant, seul la défense et l'avocat
- 10:18général peuvent encore s'opposer à la
- 10:20participation de certains jurés dans ce
- 10:22procès. Pour se faire une opinion, ils
- 10:25ont le nom, la profession, l'âge des
- 10:27jurés et tout se joue en quelques
- 10:29secondes. On va
- 10:31voir euh l'attitude, comment la personne
- 10:36elle elle se déplace, comment elle se
- 10:38comporte, comment je trouve que je sais
- 10:42pas, il y a des choses qu'on sent quoi.
- 10:44Et là, on est on est dans le dans le
- 10:45subjectif le plus complet, hein, c'est
- 10:47clair.
- 10:48[Applaudissements]
- 10:53Juré titulaire numéro 25, monsieur
- 10:59Thierry.
- 11:01Hm. Si on veut pas très femir les
- 11:04hommes, ça pas se
- 11:07prendre. Bon si vous prenez je vous
- 11:09noter les
- 11:10numéros je laisse parce
- 11:17que jury titulé numéro 28 madame Marie
- 11:20France Grand.
- 11:29Jur titulé numéro 22, madame
- 11:38Cécile est combien de
- 11:447 jur numéro 27 mademoiselle Clacus
- 11:55J'étais sûr qu'il allit là, c'est pas
- 11:56forcément un bon cultur des
- 11:59femmes. La victime est une femme, elle a
- 12:02été victime de fait grave, très grave.
- 12:05Je voulais pas trop de
- 12:07femmes. Et en même temps, des femmes
- 12:09peuvent comprendre. Et ce qu'on
- 12:12constate dans la pratique, c'est que
- 12:15bien souvent les femmes sont moins
- 12:18sévères que les hommes. Oui, c'est
- 12:20simplement pour vous dire que la
- 12:22récusation c'est du pipomètre et que au
- 12:27fond ça aboutit pas toujours à ce qu'on
- 12:30souhaite. Juré titulaire numéro 7,
- 12:33madame Anne Bakovski.
- 12:36C'est un moment où on on a parfaitement
- 12:39conscience que tout le monde nous
- 12:40regarde et qu'à un moment donné, on a
- 12:42une épée de damoclè qui peut nous tomber
- 12:44sur la tête et entendre le mot récuser.
- 12:46Il fallait monter quelques marches. Je
- 12:48je me rappelle que ma préoccupation
- 12:50était ne pas prendre ne pas me prendre
- 12:51les pieds dans le tapis, hein. Voilà,
- 12:54j'ai quasiment pas respiré. C'est un
- 12:55espèce de tunnel
- 12:58émotionnel, physique et autres qui nous
- 13:00semble à nous durer une éternité.
- 13:04Et je marche, je marche, je marche, je
- 13:07m'assois et je ne suis pas récusée. Et
- 13:10là, je me dis bon bah voilà maintenant
- 13:12faut que tu ailles ma grande. Mesdames
- 13:14et messieurs les jurés, veuillez vous
- 13:15lever, la cour va maintenant recevoir
- 13:17votre
- 13:20serment. Vous jurez et promettez
- 13:22d'examiner avec l'attention la plus
- 13:24scrupuleuse les charges qui seront
- 13:26portées contre
- 13:28monsieur, de ne communiquer avec
- 13:30personne jusqu'après votre déclaration.
- 13:34C'est un sentiment de on va pas dire de
- 13:36puissance mais c'est un peu ça quoi. De
- 13:38n'écouter ni la haine ou la méchanceté
- 13:40ni la crainte ou l'affection. De vous
- 13:43rappeler que l'accusée est présumé
- 13:44innocente et que le doute doit lui
- 13:46profiter. Mettre les jurés vraiment à
- 13:48hauteur, c'est c'est les mettre sur un
- 13:50piédestal ou une place importante.
- 13:54Je jure et c'est vrai que je me suis
- 13:58senti peut-être un peu important à ce
- 14:00moment-là.
- 14:03Je déclare les débates ouverts.
- 14:08Pendant près d'une heure, la greffière
- 14:10lit sur un ton clinique l'ordonnance de
- 14:12mise en accusation. Les faits et la
- 14:14personnalité de l'accusé sont décrits
- 14:17dans le moindre détail.
- 14:19On rentre dans une histoire, on rentre
- 14:21dans l'histoire de quelqu'un. D'une
- 14:22certaine manière, c'est un peu le destin
- 14:25d'un homme qui fait effraction dans ma
- 14:27vie. J'ai une période de 10 à 15 minutes
- 14:30où je ne fais qu'observer. Moi,
- 14:32j'essayais de percevoir quels étaient
- 14:34les regards entre l'accusé et les
- 14:36victimes. Chaque parole qui est dite
- 14:39raisonne vraiment en soi. Enfin, en tout
- 14:41cas, moi, j'avais pas la sensation de
- 14:43perdre une miette. J'avais pas la
- 14:45sensation d'avoir besoin de prendre de
- 14:47notes. Je n'en perdais pas une miette.
- 14:50Les faits se sont déroulées un soir de
- 14:52janvier 2008. L'accusé invite son
- 14:55excompagne chez lui et la drogue avec
- 14:57somnifère. Après l'avoir attaché avec du
- 15:00ruban adhésif, il lui tire dessus à deux
- 15:03reprises avec sa carabine et la blesse à
- 15:05la cuisse. Ensuite, il asperge son
- 15:08visage et tout le haut de son corps avec
- 15:10un détergent à base d'acide
- 15:12[Musique]
- 15:18sulfurique. Je vois qu'à gauche les gens
- 15:20ils sont attentifs, ils prennent des
- 15:22notes. À gauche, prennent des notes,
- 15:24sont attentifs.
- 15:26Fermez, fermez.
- 15:29Fermez,
- 15:35[Musique]
- 15:42fermez. Donc là, c'est la salle où on se
- 15:45retrouve pendant les suspensions. Ma
- 15:48frustration d'avocat, frustration
- 15:51d'avocat, c'est de ne jamais savoir ce
- 15:53qui se dit derrière, y compris pendant
- 15:55les suspensions d'audience. parce que
- 15:56les suspensions d'audience là, les jurés
- 15:58vont se forger leur conviction, ils
- 16:01discutent, ils font des
- 16:03réflexions. Et euh que dit le président
- 16:05? Que disent les asesseurs ? On sait pas
- 16:08du tout. Asseyez-vous, asseyez-vous.
- 16:11Donc on se retrouve là aux suspensions
- 16:13d'audience. Donc ça vous fait quoi les
- 16:15petits nouveaux ? Déjà, j'étais un peu
- 16:17étonné
- 16:18de
- 16:20d'être là. La veille, même la veille,
- 16:23j'avais déjà de l'estomac qui qui était
- 16:25noué. Mais pourquoi ? Je sais pas. C'est
- 16:28la sensation de de d'être devant un
- 16:30tribunal connu. Oui. Est-ce que c'est
- 16:33l'angoisse de ce que vous allez avoir à
- 16:35faire ? Oui, parce que c'est comme à
- 16:36l'hôpital, c'est pas la même chose. Si,
- 16:38parce que vous avez un peu le même
- 16:39principe. Quand vous êtes sur une table
- 16:41d'opération, bah vous tremblez. Mais
- 16:43attendez, je peux comprendre
- 16:44l'appréhension et la boule à l'idée que
- 16:47vous êtes choisi pour participer à
- 16:50quelque chose que vous ne connaissez pas
- 16:52et c'est l'appréhension de l'inconnu en
- 16:53vous disant est-ce que je vais être
- 16:55capable d'assumer cette fonction ? Leur
- 16:58connaissance de la de la justice, elle
- 17:00est quasiment nulle. C'est un c'est un
- 17:03milieu qu'ils ignorent. Donc c'est un
- 17:05milieu qu'ils abordent avec une certaine
- 17:07appréhension. Bien d'accord.
- 17:10La sanction c'est nous qui l' décons la
- 17:12décision c'est tous monsieur on est tous
- 17:14il y a pas de nous il y a pas vous et
- 17:16nous il y a nous collectivement c'est
- 17:18que votre voix elle compte autant que la
- 17:21mienne. D'accord mais la mienne elle
- 17:23compte pas moins que la vôtre.
- 17:25D'accord. Compris étant précisé que vous
- 17:27êtes en majorité. Bon je pense qu'on va
- 17:29y aller parce qu'on est sérieux on est
- 17:31sérieusement en retard. On y va. Mon
- 17:34rôle c'est à la fois de les mettre à
- 17:37l'aise de les laisser parler.
- 17:39de répondre à leurs questions et
- 17:41d'essayer d'expliciter tout ce qui n'est
- 17:42pas clair pour
- 17:45eux dire qu'il ne soit pas, j'allais
- 17:48dire bloqué, qui ne soit pas tétanisé au
- 17:52point de ne pas pouvoir effectivement
- 17:54aller jusqu'au bout. L'audience est
- 17:56reprise. Venez vous asseoir.
- 18:08[Musique]
- 18:13Le président auditionne les témoins
- 18:16proches de l'accusé et de la victime.
- 18:18Dans mon expérience de jurée, le côté le
- 18:21plus surprenant et qui euh m'a le plus
- 18:27déçu, euh ça a été le rôle des témoins.
- 18:30Quand on vient défendre son oncle ou son
- 18:34ou son voisin qui vienne dire que cet
- 18:38homme, on lui donnerait le bon Dieu sans
- 18:40confession, c'est un brave homme. Et
- 18:43quand il y a un défilé comme ça de 30
- 18:46personnes qui viennent tous dire la même
- 18:48chose, au bout d'un moment, on sait plus
- 18:50quoi. Moi, je ne peux pas en tant que
- 18:52juré discerner
- 18:53le les personnes qui mentent et les
- 18:56personnes qui ne qui disent la vérité.
- 19:00Dans ce procès, amis, famille, collègues
- 19:02de l'accusé défilent les uns après les
- 19:04autres à la barre et décrivent tous un
- 19:06homme sympathique et
- 19:08travailleur. C'est autour du médecin
- 19:10traitant de la victime de s'exprimer. Il
- 19:13est entendu par visconférence depuis
- 19:15Paris. Ce spécialiste des grands brûlés
- 19:18décrit le calvaire physique enduré par
- 19:20la jeune femme depuis 3 ans. Elle a
- 19:22supporté des dizaines d'opérations et de
- 19:24greffes de peau, perdu l'usage d'un œil
- 19:26et d'une oreille. Le médecin précise
- 19:29qu'elle devra subir des soins à vie. Là,
- 19:32on vient d'entendre le médecin
- 19:35traitant de la victime qui a été très
- 19:38émouvant pour les jurés. Ils prennent
- 19:40toutes les blessures, les brûlures de la
- 19:42victime. Et en plus, j'ai un vrai
- 19:44problème là, c'est que pour une raison
- 19:46technique de physioconférence qui
- 19:48devient la la règle générale dans les
- 19:50procédises et c'est d'ailleurs
- 19:51fou euh puisqu'on voit plus les
- 19:54médecins, on voit plus les experts, on
- 19:55est complètement en train de
- 19:56déshémoriser la justice mais là on est
- 19:58sur l'émotion et d'avoir une suspension
- 20:01de séance pour une raison technique. Ce
- 20:03qui veut dire que les jurés partent tout
- 20:05de suite avec la cour sur cette
- 20:08impression et là c'est très mauvais pour
- 20:10l'accuser.
- 20:13Vous êtes abassourdi, vous ne dites plus
- 20:15rien. Il y a quoi ? Le médecin lui-même
- 20:18qui a l'habitude de voir des grands
- 20:20brûlés semblait impressionné par
- 20:23l'étendue des dégâts.
- 20:26Les souffrances sont doubles avec les
- 20:29brûlures et on la fait souffrir encore
- 20:32pour réparer. Bon, c'est normal, c'est
- 20:34la technique. Oui. Juste une question de
- 20:36président. En face de nous, nous avons
- 20:37malheureusement la victime. Oui. Est-ce
- 20:40que c'est possible de demander à la
- 20:41victime de se courir ? Oui. Ah oui. Non,
- 20:45c'est parce qu'il y a des problèmes, ça
- 20:47je Non, mais je suis d'accord avec vous,
- 20:48c'est difficile. Mais elle a la victime,
- 20:50elle est ce qu'elle est. Ah non, mais
- 20:52non, non, mais bon. Non, non, vous
- 20:54regardez pas.
- 20:56Malgré le témoignage édifiant de son
- 20:58médecin, la victime estime que les jurés
- 21:00n'ont pas toutes les clés pour juger.
- 21:03Ils n'ont pas vu les photos de son
- 21:04visage juste après les faits. Les photos
- 21:07qu'il y a dans le dossier, les photos
- 21:08qu'il y a dans le dossier, elles sont
- 21:09quand même très très très choquantes.
- 21:11Oui, je trouve ça une logique qui montre
- 21:13pas au juré.
- 21:15Ben je lui dirai je lui dirai au
- 21:17président que je monsieur comme ça mais
- 21:20au bout de ces opérations quand même.
- 21:21Oui, je pense qu'en partie il veut aussi
- 21:24vous protéger vous. Est-ce qu'on verra
- 21:27les photos ? Non.
- 21:32Pourquoi vous voulez les voir ? Mieux
- 21:34pour avoir les photos. Voilà. Bah là,
- 21:36vous avez vous avez posé la question
- 21:38tout en ayant la réponse. Les photos de
- 21:42manière générale, elles sont tellement
- 21:44euh tellement insoutable que vous les
- 21:47montrez, c'est serait vous mettre dans
- 21:48une situation que vous ne que vous ne
- 21:50supporteriez pas. Donc ça n'a aucun
- 21:52intérêt.
- 21:54Excusez-moi. Je voulais savoir s'il
- 21:56serait possible de voir le président
- 21:57juste une minute. Oui, je vais le
- 21:59prévenir. Merci beaucoup.
- 22:07Décidément déjà je voulais vous dire
- 22:09bonjour monsieur président, j'avais pas
- 22:11pu et je voulais aussi vous parler si
- 22:12c'était possible des photos. Oui, je les
- 22:15montrerai pas. D'accord. Parce que j'ai
- 22:18expliqué à madame donc parce qu'elle
- 22:21s'attendait à ce que ce soit vu et elle
- 22:22me dit "Mais je comprends pas, moi j'ai
- 22:24ça fait 18 interventions que je fais
- 22:26pour en arriver là. Il faut qu'il
- 22:28comprennent tout ce que j'ai." Ils ont
- 22:29pouv lui dire qu'ils ont compris, hein.
- 22:31Ouais.
- 22:32Vous pouvez dire qu'ils ont compris
- 22:33hein. D'accord. Ben, je vais la rassurer
- 22:35ensemble. Je pense que les explications
- 22:37qui ont été données par le médecin ce
- 22:38matin sont clair, limpide. Je dire,
- 22:41excusez-moi, mais bon, la description
- 22:43qu'il a fait de la tête de ma quand il
- 22:45l'a vu.
- 22:48Ouais. Justifie pas qu'on la montre.
- 22:50D'accord. Je vous remercie, monsieur
- 22:52président. Désolé. Pourquoi vous voulez
- 22:54pas lui montrer ces photos ? parce que
- 22:55j'ai pas envie de de montrer des
- 22:57photogor et de les mettre et de les
- 23:00traumatiser. Je veux dire, j'ai pas
- 23:01envie de j'ai pas envie ensuite de
- 23:03délibérer avec un jury traumatisé parce
- 23:05qu'un jury traumatisé, c'est pas un jury
- 23:07qui
- 23:08raisonne. Donc si vous voulez dans la
- 23:10pratique en matière criminelle, on
- 23:11montre très rarement les photos quand
- 23:14elles sont horribles.
- 23:16Vous avez peur que l'émotion prenne le
- 23:17dessus ? Bien sûr, prenne le
- 23:18[Musique]
- 23:21dessus. Ça vous a un petit peu ébranlé ?
- 23:26pas trop les femmes. Oui. Bon, alors on
- 23:29va vous laisser sur cette impression qui
- 23:32va bien entendu vous empêcher de
- 23:33[Musique]
- 23:35dormir si vous n'arrivez pas à dormir
- 23:38parce que vous avez des vous avez des
- 23:40images qui sont affreuses. D'accord ?
- 23:43Vous descendez dans la cuisine puisque
- 23:45votre mari est pas là et hop des du des
- 23:48œufs de la farine et on fait des
- 23:50gâteaux.
- 23:52Donc demain matin dans les 300 € euh pas
- 23:55vrai monsieur ? Non mais ça ça occupe
- 23:56l'esprit tu vois. Tu es entré avec tes
- 23:58mains, tu vois ça c'est génial comme
- 24:01région ça. Bon allez rentrez à la
- 24:03maison.
- 24:12Quand on est juré, on est très seul
- 24:14pendant toute la durée d'un
- 24:16procès. On rentre chez soi, on voit sa
- 24:20famille, mais sa famille, elle a pas
- 24:22vécu le procès. On a vécu des choses
- 24:24d'une intensité extrême pendant 10, 12,
- 24:2713 voire 14 he par
- 24:29jour et on les a en soi et et on arrive
- 24:33chez soi et il faut vivre avec. Ben le
- 24:36soir, je en effet, je faisais mon
- 24:39débriefing avec mon mari. J'ai la
- 24:41chance, j'ai eu la chance d'avoir un
- 24:42mari patient et écoutant, mais c'est sûr
- 24:47que il y a un besoin d'en parler et je
- 24:51précise que ce n'est pas interdit
- 24:53puisque le secret porte sur le délibéré,
- 24:55il ne porte pas sur sur le contenu des
- 24:59audiences
- 25:00qui pour lesquelles il y a un
- 25:02compte-rendu dans la presse le lendemain
- 25:03matin. Donc voilà.
- 25:12[Musique]
- 25:17Magnum la radio. L'info régionale.
- 25:19Benoît boulanger. Le torsionnaire
- 25:21deville face à sa victime. Elle doit
- 25:23s'exprimer à la barre cet après-midi au
- 25:24lendemain d'une journée qui a permis de
- 25:26dresser le profil psychologique de
- 25:27l'accusé. Bonjour.
- 25:30Bonjour. Bonjour. Bonjour. Donc ce
- 25:34matin, ce que je vous demande
- 25:36simplement, sachez que quand vous êtes
- 25:37dans la salle, les jour vous voi les
- 25:40juges vous voient tout le temps, hein.
- 25:43Donc euh je vous le dis parce que des
- 25:45fois vous savez vous allez être tendu,
- 25:46vous allez avoir des réactions, vous
- 25:47allez envie pas de réaction dans la
- 25:49salle et surtout si la victime vous la
- 25:53croisez pas de toute chose qui se
- 25:56passerait mal dans la salle parce que
- 25:59vous pouvez avoir une réaction
- 26:00compréhensible, légitime parce qu' un
- 26:02moment ça se retourne
- 26:07contre ce qui éit
- 26:17[Musique]
- 26:19Bien, vous pouvez venir si vous
- 26:25voulez. Depuis 38 ans, j'ai vu toutes
- 26:28les couleurs. Vous avez bien dormi
- 26:31? Difficile.
- 26:34Oh oui, dit-il lui. Et vous difficile.
- 26:36Oui, je suis vraiment content. Vous avez
- 26:38eu du mal à la Pourquoi ? Bah je sais
- 26:40pas, j'ai voyais un peu toutes les
- 26:41images et puis voilà. Fait parce que
- 26:43c'est la foi.
- 26:45D'accord.
- 26:47Voilà. Donc aujourd'hui euh bon il va y
- 26:50avoir des témoins de nouveaux. On finira
- 26:52la journée par l'audition de madame hein
- 26:57et je pense que l'intervention de la
- 26:58victime cet après-midi va être
- 27:00certainement prenante aussi.
- 27:02Oui, déjà parce
- 27:04que c'est évident que je vous devez être
- 27:07comme moi, c'est-à-dire que votre
- 27:08regard, il va pas vraiment vers la
- 27:10droite de la salle, il va plutôt vers la
- 27:12gauche. Vous avez pas très envie de la
- 27:14regarder, hein, on est d'accord ? Il y a
- 27:16quelque chose de dur dans le de c'est
- 27:18c'est ça fait mal hein. Bon, on va y
- 27:21aller.
- 27:24Attendez, je je voulais aussi vous dire
- 27:26quelque
- 27:28chose, c'est que quand je rentre, je
- 27:30rentre tout seul et j'ai l'impression
- 27:31que c'est la débandade derrière. Donc
- 27:33vous essayez d'être compact derrière
- 27:35moi. Non non, vous êtes pas organisé.
- 27:39Oui oui. Non non non non mais non non
- 27:40non c'est pas simplement ça. Non mais
- 27:42c'est j'ai vraiment l'impression d'être
- 27:44un peu un peu comme un crétin tout seul
- 27:46quand même le truc.
- 27:59Dans les procès d'assise, la famille de
- 28:01la victime est souvent appelée à
- 28:03témoigner.
- 28:07J'ai en face de moi que les familles.
- 28:09Donc en permanence, je regarde les
- 28:11familles. Donc il est évident que
- 28:14l'attitude de toutes les familles a un
- 28:16rôle capital parce que on peut on peut
- 28:20très bien être horripilé par une famille
- 28:23de
- 28:23victimes. Des gens qui vont avoir une
- 28:27attitude excentrique,
- 28:30hystérique, mais il y a des attitudes
- 28:32qui sonnent fausses, qui sonnent faux.
- 28:34Et ça, on le ressent aussi. Plus le
- 28:36temps passe, plus on cherche des indices
- 28:38sans jouer les Colombos, mais on cherche
- 28:41des indices. On cherche désespérément la
- 28:42lumière et des choses qui vont nous
- 28:44aider à construire l'intime
- 28:48conviction. Le père et la mère de la
- 28:50victime ne trouvent pas les mots pour
- 28:52décrire leur souffrances. L'avocat
- 28:55général décide alors de les interpeller
- 28:57pour les faire réagir. Quand j'ai posé
- 29:00successivement la question à la mère et
- 29:02au père
- 29:03de de savoir ce qu'ils attendaient du
- 29:05procès, ce qui est normal une partie
- 29:07civile comme un claquement de fusil, ils
- 29:09ont répondu l'un et l'autre perpète.
- 29:12Deux coups de fusil quoi. Ah moi je
- 29:13m'attendais pas du tout à ça quoi.
- 29:16Oui c'était assez surprenant. Ah oui !
- 29:18Ah puis c'était puis enfin voilà, on
- 29:20sentait que c'était c'était c'était un
- 29:21peu fusil quoi. Je m'attendais pas du
- 29:23tout à ça. Moi c'est là on on est dans
- 29:25dans la loi du talion quoi. On est dans
- 29:26la vengeance totale. La philosophie
- 29:29c'est bien hein mais j'ai c'est c'est
- 29:31c'est c'est c'est charnel, c'est
- 29:32affectif,
- 29:33c'est il a détruit leur fille quoi. Donc
- 29:36à la limite ça peut se comprendre.
- 29:40[Musique]
- 29:44La vie d'un jour que deuxième c'est la
- 29:45vie de toujours maintenant même la
- 29:46perpète ce sera trop bon de toute façon
- 29:48attacher à un arbre faire pareil voilà
- 29:51ce qu'il faut de faire si bien ce qu'il
- 29:53m'a fait
- 29:53circ hein vous vous rendez compte faire
- 29:57tout ce qu'il lui a fait la sophie que
- 29:59j'avais la beauté que j'avais comme la
- 30:00bousier hein vous voulez qu'on vive ça
- 30:03comment on a vécu les souffrances les
- 30:05allers-retours à Paris toutes les
- 30:06semaines 1 heure à réa j'ai vu ma fille
- 30:08j'étais la seule à rentrer parce que
- 30:10personne ne pouvait sans visage he le
- 30:13droit de lui toucher la main brancher de
- 30:15partout hein. Alors on a eu la fatigue,
- 30:17on a eu les traumatismes, on a tout eu
- 30:20quand ce gamin elle est revenue que j'ai
- 30:23préparé gamin je dit maman aura changé
- 30:25mon chéri sera plus le même visage. Mais
- 30:27allez imaginer un gamin qui retrouvait
- 30:29une mer de cheveux un œil caché atroce.
- 30:33Moi ça se voit pas ma douleur. On peut
- 30:35me regarder mais intérieurement je vous
- 30:37jure c'est pas pareil.
- 30:42Je pensais pas qu'elle allait répondre
- 30:43cette tous les deux répondre cette cette
- 30:46réponse. Je me suis dit ça c'est une
- 30:48colère mais bon et puis j'aurais pensé
- 30:50moi j'aurais pensé qu'elle aurait pu
- 30:52dire autre
- 30:53chose qu'il soit puni qu' soit puni mais
- 30:56qu'on qu'on vient pas tout de suite dire
- 30:59je pense traduire la voilà oui c'est ça
- 31:02déjà le mais vous la traduisez comment
- 31:05que justice soit pleinement rendue
- 31:08c'estàdire le maximum c'est tellement
- 31:10gros oui tellement
- 31:13souff ils ont tellement de haine la
- 31:20Si eux si eux ils pourraient prendre la
- 31:22justice eux-même, ils le feraient
- 31:23eux-mêmes. Moi je leur explique, on
- 31:25n'est pas là pour exercer la loi du
- 31:28talion. Donc si vous vouz c'est c'est
- 31:30bien sûr qu'il faut prendre l'intérêt de
- 31:31la victime. Bien sûr qu'il faut pouvoir
- 31:34dire la victime oui, vous êtes une
- 31:35victime. Oui, ce qui vous a fait est
- 31:37grave. Oui, ce qui vous a fait être
- 31:40insupportable.
- 31:43Mais c'est nous, c'est à nous
- 31:45juges et les jurés à ce titre sont des
- 31:47juges qui allont déterminer par rapport
- 31:51à un certain nombre de paramètres quelle
- 31:54est la peine la plus juste pour les
- 31:56faits qui ont été commis.
- 31:58[Musique]
- 32:09Bon, essayer de faire passer ça quand
- 32:11[Musique]
- 32:17même. Vous gênez pas avec les jurets.
- 32:20J'ai pas
- 32:21envie. Pourquoi ? Parce
- 32:24que bah nécessairement, je pense que
- 32:26j'ai pas envie de j'ai pas envie de les
- 32:28perturber. Puis je pense qu'il voulait
- 32:30que ma présence les les jeunerait d'une
- 32:33certaine manière, je veux dire
- 32:37vous les intimider, vous croyez ? Je
- 32:40sais pas. Sincèrement, probablement un
- 32:42peu. Oui, probablement un peu. Mais bon,
- 32:47je Mais si vous c'est normal si vous
- 32:50voulez, il y a il y a nécessairement la
- 32:51distance de celui qui est
- 32:54de celui qui préside, de celui qui est
- 32:56le professionnel, de celui qui sait par
- 32:58rapp par rapport à eux.
- 33:01Donc puis j'aime autant les laisser
- 33:03parler entre eux.
- 33:07[Musique]
- 33:27Venez, on va se voir hein.
- 33:34Asseyez-vous.
- 33:37pass cet après-midi, ça va être dur,
- 33:40hein. Après-midi c'est l'audition
- 33:43d'habitude, elle va être entendue. Bon,
- 33:45ça va être hein
- 33:48euh et vous vous levez, il va vous dire
- 33:51"Vous avez des questions, vous me dites
- 33:53pas non, vous dites pas oui, vous vous
- 33:56levez, vous la
- 33:58regarderez hein, puis vous excusez avec
- 34:02vos mots. Sachez que tout il les juges
- 34:05vous regardent tout le temps. J'essaie
- 34:07de regarder mais bon je peux pas les
- 34:08fixer tout le temps
- 34:10quoi. Je peux pas les fixer. J'ai honte
- 34:13de ce que j'ai fait aussi. Ça
- 34:15c'est c'est vrai que l'impression qui
- 34:17donne est très importante. Puis regardez
- 34:19les jurés là dans un dossier comme
- 34:21celui-ci il y a la victime qui est là au
- 34:22premier rang face au juré. C'est de
- 34:25l'émotion. C'est de l'émotion. et les
- 34:26jurés sont beaucoup plus sensibles à
- 34:28l'émotion que les magistrats
- 34:33professionnels. Il va falloir parler les
- 34:35jurés ils vous connaissent pas de ce
- 34:37qu'elle dit famille. Il vous connaissent
- 34:39pas plus. H donc vous il faut que vous
- 34:41arriviez à parler de vous. C'est
- 34:43vraiment très important. Vous avez vu,
- 34:44on parle
- 34:45beaucoup puisque c'est son
- 34:48procès. On dit le problème c'est qu'on
- 34:50dit beaucoup de choses sur vous aussi.
- 34:52Et il y a que cet
- 34:54après-midi où vous pouvez parler de
- 34:58vous. Donc il faut vous appren à vous
- 35:01connaître les jurés. Vous laissez pas
- 35:04déstabiliser. Mais c'est pas qu'ils sont
- 35:06froids, c'est qu'ils ne peuvent pas
- 35:07montrer ce qu'il ressentent. Ils sont
- 35:09obligés d'être plus impati possible.
- 35:11Vous vous rendez compte s'il commencent
- 35:12à à montrer ce qu'il ressentent, on
- 35:15saura ce qu'ils vont juger. Ils peuvent
- 35:16pas. Il nous reste 2h là pour savoir qui
- 35:19vous êtes.
- 35:28L'ente. Veuillez vous asseoir.
- 35:34Le temps fort de chaque procès,
- 35:35l'audition de la
- 35:38victime. L'émotion ou le sentiment le
- 35:41plus difficile à à à refreindre euh
- 35:44c'est la tristesse et et parfois même
- 35:46l'envie de pleurer. Moi, j'ai eu des des
- 35:49envies de pleurer qui puissent qui qui
- 35:50ont pu arriver parce qu'on entend des
- 35:51choses euh qui sont tellement
- 35:54abominables et qu'en plus on voit les
- 35:57personnes qui les ont vécu en face de
- 35:59soi, il y a l'envie de pleurer qui peut
- 36:01arriver parfois. Une victime m'a
- 36:03beaucoup ému, beaucoup touché.
- 36:05C'est-à-dire que je pense que j'ai fait
- 36:06un vrai transfert. Je me suis dit ça
- 36:08aurait pu être moi. Quand on est juré,
- 36:10on est une éponge pendant pendant les
- 36:12heures et les heures que dure un procès.
- 36:15On ne vit que d'affect et et de et de
- 36:18douleur.
- 36:20Dans cette affaire, la victime décrit
- 36:22l'accusé comme un homme violent et
- 36:24alcoolique. Un homme qu'elle avait
- 36:26quitté depuis quelques semaines au
- 36:27moment des faits. Drogué par son
- 36:30ex-conjoint le soir du drame, la victime
- 36:32a oublié en partie les sévises qu'elle a
- 36:34subis. Mais elle se souvient très
- 36:36précisément de la douleur intense
- 36:38qu'elle a ressenti au contact de
- 36:40l'acide. Pendant son audition, la jeune
- 36:43femme contient son émotion devant
- 36:45l'homme qui est dans le box. Elle
- 36:46bouleverse les jurés.
- 36:49[Musique]
- 36:54Bon, ça l'air, vous avez l'air
- 36:56terrorisé.
- 36:59parmi toutes les affaires puisque j'ai
- 37:00j'ai assisté aux deux autres affaires,
- 37:02on est quand même là dans un une autre
- 37:04dimension hein. C'était quand même
- 37:06c'était un moment fort quand même. C'est
- 37:08un moment très fort. Et puis ça c'est
- 37:11très fort. C dit vous voyez les les moi
- 37:14mon expérience c'est
- 37:17que pratiquement toujours quand on
- 37:20entend les victimes, c'est un moment
- 37:21c'est un moment c'est un moment lourd.
- 37:23Non, pas difficile mais c'est là où
- 37:25difficile Non non, il y a des a Non, il
- 37:29y a de l'émotion qui il y a de l'émotion
- 37:30qui passe
- 37:32hein. Mais là
- 37:38toi autrement
- 37:40surtout quand tu te vois avant dans la
- 37:42glace que tu sais comment tu es puis je
- 37:44ne cesse de vous répéter que on ne juge
- 37:46pas avec ses émotions. Donc tout ça faut
- 37:48le mettre à l'écart hein.
- 37:50Donc il faut simplement prendre les
- 37:52fait, essayer de les rétablir. Il y a un
- 37:54truc qu'on a pas vu, c'est euh comment
- 37:57elle était avant. Ça devait être une
- 37:59femme qui aimait bien, elle sortait en
- 38:00boîte ou autre, bah comme voilà, qu'elle
- 38:02aimait bien la vie et tout. Donc voir
- 38:04déjà son apparence comme elle était
- 38:05maintenant, comme elle est maintenant,
- 38:07c'est sûr que pour
- 38:08l'avenir ce sera c'est fini quoi. Non,
- 38:11ils sont pas armés.
- 38:13sont pas armés pour
- 38:15ça. Si vous
- 38:18voulez la différence entre quelqu'un qui
- 38:21fait ça de manière épisodique, c'est
- 38:24qu'il va y passer un jour, 2 jours, 3
- 38:27jours de sa vie, c'est que l'émotion ou
- 38:32la charge émotive, bien il va la prendre
- 38:34en pleine face et qu'il va falloir qu'il
- 38:37la gère.
- 38:40[Musique]
- 38:49[Applaudissements]
- 38:49[Musique]
- 38:50[Applaudissements]
- 38:57Bonjour.
- 39:02Les premières heures étaient dures mais
- 39:04là comme je dis on est dans le bain.
- 39:22[Applaudissements]
- 39:23Ce matin, je voulais vous revoir parce
- 39:25que ce matin donc il va vous interroger
- 39:27sur les faits. que vous
- 39:30racontez, vous dites pas de mal contre
- 39:32elle mais vous dites ce qui s'est passé.
- 39:33Problème, c'est qu' soir, vous avez pas
- 39:34pu faire les excuses. C'est pas un
- 39:37problème. Mais vous voulez les faire au
- 39:39début ou après ?
- 39:41Ouais et puis vous les faits ne rentrez
- 39:44pas dans les é. Alors ils vont vous dire
- 39:45mais vous avez eu des marteau, des
- 39:46clous, c'était pour la torturer. Vous
- 39:48avez dit écoutez non, je voulais lui
- 39:50faire peur. Ah mais vous avez dit que
- 39:52depuis le début je voulais faire peur.
- 39:53Je sais pas pourquoi j'ai préparé tout
- 39:54ça. Bon vous répondez en regardant la
- 39:58cour toujours hein. Si à un moment ça
- 40:00dérape moi je peux intervenir. Si jamais
- 40:02l'avocat général, on sait jamais vous
- 40:04dit mais quelle peine ou et cetera dit
- 40:06écoutez c'est c'est la justice qui
- 40:08décide. Ne parlez pas de longue peine de
- 40:10machin de de 20 ans, de 30. Non non non
- 40:13parce que le D'accord. Bon bonbon c'est
- 40:16bon comme ça ? Allez hein courage. Vous
- 40:19avez pas autre chose ?
- 40:22Allez vraiment un petit peu ailleurs.
- 40:26Je dis je suis un petit peu ailleurs.
- 40:27C'est difficile. Ditesle dites soyez
- 40:29naturel.
- 40:35L'audience est reprise. Venillez vous
- 40:37asseoir.
- 40:47Comme dans chaque procès, l'accusé
- 40:49s'exprime après la victime.
- 40:52On rentre dans la personnalité de
- 40:54l'accusé. On sait si l'accusé qui est en
- 40:57face de nous a un vrai repentir ou s'il
- 41:00est là parce qu'il a la trouille de se
- 41:02prendre je sais pas combien d'années de
- 41:03prison et qui va essayer de jouer un
- 41:05rôle pour essayer de paraître le le
- 41:07mieux devant nous. On le ressent ça.
- 41:10Même des accusés m'ont fait de la peine
- 41:12hein euh parce que je trouvais qu'ils
- 41:15avaient pas de chance vraiment d'être
- 41:17dans cette situation là. quand on on
- 41:21fait le portrait de leur enfance, leur
- 41:23passage par la passage par
- 41:26des des maisons de correction ou autres,
- 41:30on se dit qu'ils ont vraiment pas eu de
- 41:32chance dans la vie quoi. Depuis le début
- 41:34du
- 41:35procès, je sentais que c'est c à la fois
- 41:39le bourreau parce que il est là pour un
- 41:41acte criminel grave, mais une empathie
- 41:45une empathie m'envahit et ne va faire
- 41:47que croître. et alimenté aussi par euh
- 41:51la comédie humaine de la justice. En
- 41:53fait, on a l'accusé qui parle donc
- 41:57euh ça contrebalance qu'a dit la
- 41:59victime. Donc euh on est sans arrêt
- 42:03balloté.
- 42:06Durant près de 2 heures, l'accusé
- 42:08raconte la lande d'échéance qu'il a
- 42:10amené à martyriser la victime. Problème
- 42:13d'argent, d'alcool, de couple jusqu'au
- 42:15SMS qu'il reçoit par erreur, celui
- 42:17qu'elle a écrit à son nouvel amant. La
- 42:20nuit du drame, il aurait agi dans un
- 42:22état second. L'accusé termine son
- 42:24audition par une solennelle déclaration
- 42:27d'excuse. La victime se lève d'un bon et
- 42:30quitte la salle de la cour
- 42:38d'assise. Mais sans pardon, on veut pas
- 42:40qu' le garde pour sa famille. J'ai déjà
- 42:42dit quoi ? Pardon agriculé.
- 42:46C'est quoi la prison pour lui ? Ouais,
- 42:48c'est des vacances. C'est un hôtel.
- 42:50Ouais. Il fait pas bouffer, il a rien à
- 42:51payer.
- 42:53C'est les vacances, c'est la belle
- 42:56vie. Qu' en a qui souffrent de ces
- 42:58connerie et ben il profite de la prison.
- 43:01Moi je paye. Moi j'ai pris la
- 43:03perpétuité. Je vais souffrir jusqu'à ma
- 43:05mort. Donc voilà. Tandis ch tu les
- 43:08mettes le plus possible mais il
- 43:09ressortira un jour. Mais il ressortira,
- 43:11il sera intact. Al que moi je suis pas
- 43:13ressorti
- 43:14intacte. C'est tout.
- 43:19[Musique]
- 43:27Terminé.
- 43:30Bon, alors vous pensez quoi de cette
- 43:32matinée ?
- 43:36On a eu à faire un accusé qui
- 43:37s'exprimait.
- 43:39Oui. Et est quand même important. Qui
- 43:42faisait finalement dégager dans la salle
- 43:45une atmosphère assez particulière.
- 43:48C'est-à-dire ben c'est-à-dire que moi je
- 43:51ressentais quand même un petit peu
- 43:53d'électricité enfin entre la famille que
- 43:56que je voyais au premier rang et on a
- 43:59vraiment ressenti le le mur énorme qui
- 44:02s'est dressé entre les deux parties et
- 44:04qui qui restera et et voilà quoi. Mais
- 44:08c'était pour l'accuser je pense le moi
- 44:10je dirais ils se sont plus à l'aise. Ils
- 44:12scrutaient plus que hier. hier. Bon, il
- 44:15avait quand même il avait quand même un
- 44:18regard mais presque ce matin ce matin il
- 44:21avait plein il pleurait.
- 44:25Ce qui me paraît important et c'est
- 44:27toujours ce que j'explique au
- 44:30juré, c'est qu'il faut se méfier comme
- 44:34de la peste des impressions d'audience.
- 44:39Euh moi je je ne suis jamais sûr, je
- 44:41sais pas quand le
- 44:45l'accusé euh présente des excuses si
- 44:49elles sont sincères, si elles sont pas
- 44:51sincères, si elles sont circonstances,
- 44:53si elles sont pas de circonstances.
- 44:56Dans quelques heures, les jurés et la
- 44:58cour se retireront pour délibérer. Mais
- 45:01il manque une pièce essentielle du
- 45:02puzzle, les plédoiries des avocats et le
- 45:05réquisitoire de l'avocat général.
- 45:07[Musique]
- 45:15des plédoir qu'il réajuste jusqu'au
- 45:17dernier moment.
- 45:19[Musique]
- 45:31Mais là, ça monte en pression
- 45:35hein parce que ils ont pas accepté, ils
- 45:38n'acceptent pas que l'accusé vienne se
- 45:41défendre. C'est quand même terrible.
- 45:43Mais moi je le dis en plein je répôé.
- 45:46Madame est victime. Bien sûr qu'on est
- 45:48ému. Bien
- 45:50sûr, mais c'est quand même terrible.
- 45:54que si elle était décédée et
- 45:56heureusement ce n'est pas le cas, ça
- 45:58serait moins
- 46:00nécessaire. Faut plaider
- 46:03ça tentative éventuellement
- 46:14l'audience est reprise. Veuillez vous
- 46:15asseoir.
- 46:20L'avocat de la partie civile plaide en
- 46:22premier. Elle rappelle toutes les
- 46:24souffrances de la victime au juré. Pour
- 46:27maître Perez, l'accusé est un monstre
- 46:29qui a enfermé sa cliente en
- 46:32enfer. Il m'est arrivé en fait de
- 46:35m'adresser à l'un des jurets quand je
- 46:37plaide parce qu'en fait souvent on a
- 46:39besoin de se focaliser sur quelqu'un par
- 46:42exemple que j'ai vu vraiment intéressé,
- 46:44studieux qui a vraiment suivi le procès.
- 46:46Ça m'est arrivé finalement de de de lui
- 46:48parler. C'est difficile d'être
- 46:50impassible euh surtout euh quand une
- 46:55avocate s'approche de vous et vous prend
- 46:57à parti. Donc là ben on se noie dans la
- 46:59feuille de note, hein, j'ai envie de
- 47:01vous dire. Et à la fois, il y avait un
- 47:02espèce de rapport de force qui
- 47:03s'installait. Moi, je ne voulais pas
- 47:05rentrer dans ce jeu-là. Je ne voulais
- 47:07pas être l'instrument de ce cette
- 47:09plaidoie.
- 47:11L'avocat général Bernard Marchall
- 47:14insiste sur la préméditation.
- 47:16Il estime que l'accusé est un homme
- 47:18manipulateur et dangereux et requiert 30
- 47:20ans de réclusion contre
- 47:23lui. On a si on utilisait une formule un
- 47:26peu forte, on a craché notre venin, on a
- 47:28on a soutenu l'accusation, on bon et
- 47:31puis après bah c'est eux qui apprécie.
- 47:33Je veux
- 47:34dire, il y a un point qui est enfin en
- 47:36ce qui me concerne qui est sûr, c'est
- 47:39que je suis
- 47:40incapable de quand ils partent
- 47:43délibérés de dire quelle peine va être
- 47:45prononcée. L'avocat général nous donne
- 47:48un premier élément. Je dis pas qu'on le
- 47:50suit mais au moins il nous donne déjà
- 47:52une première tendance. Ce qui fait que
- 47:54lorsqu'on se retrouve en délibération,
- 47:57de toute façon, le chiffre qui a été
- 47:59annoncé par l'avocat général, on l'a
- 48:01imprimé.
- 48:03Maître Velzer rappelle l'enfance
- 48:05douloureuse de son client. Un client qui
- 48:07jusque-là n'a aucun casier judiciaire.
- 48:10Un client qui une semaine avant les
- 48:12faits implore son médecin de le faire
- 48:14hospitaliser et ne sera pas écouté. Pour
- 48:16maître Velzer, l'accusée n'a rien d'un
- 48:19monstre. C'est un homme désespérément
- 48:21amoureux.
- 48:24À la fin de ma plaido plaidé en ditant
- 48:27juré la bonne justice c'est une justice
- 48:29juste. Je vous demande pas la clémence
- 48:31mais je vous demande de ne pas vous
- 48:33baser uniquement sur l'émotion. Une
- 48:36bonne peine c'est une peine juste. C'est
- 48:39assez banal mais c'est fait pour les
- 48:41toucher. Et en plus il faut devant eux
- 48:44vulgariser au maximum. Il faut il faut
- 48:46leur tenir un langage qu'ils comprennent
- 48:48et qu'il ne soit pas du tout technique.
- 48:52[Musique]
- 48:57C'est du grand théâtre ça. C'est
- 48:59fabuleux hein. Moi je trouve que c'est
- 49:00des c'est des acteurs phénoménaux hein.
- 49:02Les avocats, ils
- 49:05jouent en roulant des yeux et cetera. Je
- 49:08trouve ça beau de de quelqu'un qui
- 49:10défend bec et ongle. quelqu'un qui sait
- 49:13pertinemment
- 49:14que il y a pas grandchose à faire pour
- 49:17lui. C'est
- 49:19[Musique]
- 49:25fort. Après 2 heures de plaidoiries, le
- 49:28président de la cour d'assise, ses deux
- 49:30assesseurs et les neuf jurés se retirent
- 49:32pour
- 49:34délibérer. Le délibéré est secret.
- 49:37Derrière cette porte gardée par un
- 49:39policier, les jurés doivent répondre à
- 49:41deux questions essentielles en leur
- 49:43intime conviction. Cet accusé est-il
- 49:46coupable ? Et si oui, quelle sanction
- 49:48lui infliger ? Le délibérer, c'est
- 49:50vraiment le moment où on exerce notre
- 49:53fonction de jurée. C'est
- 49:55maintenant que on va être obligé de se
- 49:59coltiner les uns aux autres et de se
- 50:01persuader les uns et les autres de ce
- 50:05qu'on a ressenti. Le président est
- 50:08notre phare dans la salle des délibérés.
- 50:11il a enlevé sa robe et je crois que
- 50:13c'était une manière pour lui de se
- 50:15mettre à un autre niveau pour le
- 50:17délibérer. Il y a rien de pire que une
- 50:20salle d' une une salle de délibéré où le
- 50:23président du haut de son
- 50:26magistère va faire peur et je dirais va
- 50:30brider la parole.
- 50:35Tout ça, ça arrive à une chose, c'est
- 50:37deux doigts qui tiennent un stylo et qui
- 50:40doivent écrire un
- 50:41chiffre. Là, c'est dur. Là, c'est très
- 50:45très dur. On dit une peine de 10 ans,
- 50:46une de 20 ans, une peine de 30 ans. Mais
- 50:50après, si on se place chacun 10 ans
- 50:53derrière les barreau, 20 ans, c'est
- 50:56atroce. Même 10 ans c'est atroce. C'est
- 50:58très dur parce que après il faut être
- 51:02certain que le chiffre qu'on a
- 51:03écrit il est parfaitement en ligne avec
- 51:06ce qu'on a en tête et ce qu'on a au plus
- 51:07profond de soi. La
- 51:10présidente n'a eu de cesse de nous
- 51:12ramener à son avis à elle. À partir de
- 51:16là, moi je vis cet instant comme un
- 51:19holdup et j'ai vraiment l'impression de
- 51:21faire de la figuration. Il y a une seule
- 51:23chose qui est
- 51:24sûre et dont je suis absolument
- 51:26persuadé, c'est que le délibéré ne
- 51:28m'appartient
- 51:30pas. Si parmi les 12, il y en a 10 qui
- 51:33pensent pas comme moi. Mais si ces 10
- 51:37ont réfléchi autant que moi j'ai
- 51:40réfléchi et qu'ils ont fait une analyse
- 51:42cohérente, et ben c'est leur décision.
- 51:45Qu'est-ce que voulez que je vous dise ?
- 51:46J'accepte.
- 51:52Voilà,
- 51:53[Musique]
- 51:59je suis comme vous je sais pas.
- 52:04Attendre, faut attendre. Ça c'est le
- 52:06délibéré. Faut ça peut durer là ça fait
- 52:092h30, ça peut encore durer 1h 2h, 3h, 4h
- 52:13comme ils peuvent revenir maintenant.
- 52:22quelque chose à vous
- 52:23mettre non je le remercier parce que
- 52:28ça m'a fait du bien de plus vous
- 52:31entendre
- 52:37défendrez quelque
- 52:39chose de toute façon s'il mettent 30 ans
- 52:44fait demandé 30 ans avec sûreté de
- 52:49OK, je reviens me voir tout à l'heure
- 52:51mais sachez qu'il y a au moins 2h. Vous
- 52:52voulez que reste encore un peu ?
- 52:57[Musique]
- 53:02[Musique]
- 53:13de 2 3h mais bon ça peut être 5 6h hein
- 53:18faut attendre il a plus que ça à faire
- 53:20reconnaît les faits mais de là le c
- 53:24d'années 30 ans je vois franchement pas
- 53:27à quoi ça sert
- 53:29en espérant qu'il prendra le moins
- 53:30possible ce qu'il a fait c'est pas
- 53:32concevable mais ça restera notre frère
- 53:36comme on en parlait on serait juré on
- 53:39connaît ni l'un ni
- 53:41l'autre on voit ce qui était fesse, on
- 53:44on aura peut-être tendance à être
- 53:45méchant parce
- 53:47que hein ça pourrait être notre fille,
- 53:49ça pourrait
- 53:51être je pourrais pas être à leur place
- 53:53non plus. Non, bon dans plusieurs
- 53:57années, ils peuvent dire merde, je même
- 53:59fait enfermer quelqu'un pendant toute sa
- 54:00vie, quoi. Concrètement euh il discute
- 54:03surtout de la peine. C'est ça. En plus,
- 54:06il y a pas la discussion sur la
- 54:07culpabilité. Il a reconnu l'effet. C'est
- 54:08pas sur ça que leur discussion porte.
- 54:10C'est leur discussion de porte sur le
- 54:11quantum et le quantum bah voilà, il se
- 54:13peut qu'il soit pas d'accord du tout.
- 54:16Euh des fois
- 54:18aussi il se peut parfois c'est pas
- 54:21forcément mauvais et c'est pour ça que
- 54:22des fois enfin on a aucun moyen de
- 54:25savoir mais parfois il y a des jurets
- 54:26qui demandent beaucoup de précision qui
- 54:29peut-être que c'est
- 54:34ça. Oui. Allô ? Oui
- 54:39oui.
- 54:42D'accord. Bah écoutez, on arrive tout de
- 54:44suite. On est juste devant le tribunal.
- 54:47Moi je
- 54:59[Musique]
- 55:02préférence. Après 2h45 de délibéré, les
- 55:05jurés entrent pour la dernière fois dans
- 55:07la salle d'audience. Ils doivent
- 55:09affronter les regards de l'accusé et de
- 55:10la victime avant l'énoncé du verdict.
- 55:16quand ils
- 55:18reviennent porteur du
- 55:20délibéré, euh on sent une grande tension
- 55:23dans la salle hein et on les sent eux
- 55:29tendus. Ils sont
- 55:31mal. Nous, on regarde les gens en
- 55:33entrant. Souvent, ils nous regardent
- 55:34pas.
- 55:36En étant avocat de
- 55:37l'accusé, quand il rentre, on sait déjà
- 55:39si on a vraiment un mauvais résultat,
- 55:42s'il baisse ses yeux, s nous regarde
- 55:45pas. Il y a des jurés parfois qui nous
- 55:47font un signe pour pour nous dire un
- 55:50signe complice.
- 55:53La cour et les jurés suivent le
- 55:55réquisitoire de l'avocat général et
- 55:57condamnent l'accusé à 30 ans de
- 55:59réclusion criminelle.
- 56:03Garde, veuillez faire sortir le
- 56:05condamner. L'audience criminelle est
- 56:07levée.
- 56:08[Musique]
- 56:25Je suis désolé. C'est l'air célèbre.
- 56:27Ouais. Ouais. Je m'attendais pas ça. Moi
- 56:29non plus.
- 56:32D'accord. Désolé hein, on s'est défoncé
- 56:35mais
- 56:37la peine n'est pas définitive. L'accusé
- 56:40a décidé de faire appel. Un nouveau
- 56:43procès, de nouveau juré face auquel il
- 56:45sera présumé innocent. Bien donc
- 56:47simplement je voulais profiter de cette
- 56:50occasion pour vous remercier pour votre
- 56:54participation à la justice. Je suppose
- 56:57que vous ne regarderez plus maintenant
- 57:00avec le même œil qu'avant, que vous
- 57:02comprendrez
- 57:04ce qu'on fait, que c'est pas si simple.
- 57:06Et ben, je vous souhaite tout simplement
- 57:08bonne chance pour l'avenir et je vous
- 57:10souhaite un bon weekend. Voilà. Au
- 57:12revoir. Merci à tout.
- 57:18L'audience est close, le verdict rendu.
- 57:22Les jurés retrouvent leur anonymat de
- 57:24simples citoyens.
- 57:26[Musique]
- 57:30Parfois choqué, souvent ébranlés dans
- 57:32leur conviction, les jurés d'assise sont
- 57:35condamnés à vivre avec leurs peines,
- 57:37avec leur secrets. Pour les uns comme
- 57:40pour les autres, la session d'assise est
- 57:42une parenthèse qui n'est pas facile de
- 57:45refermer. J'ai un sentiment de fierté
- 57:47d'avoir joué ce rôle.
- 57:50[Musique]
- 57:54Une expérience comme ça, ça laisse pas
- 57:56un d. Voilà. Mais c'est quoi l'être
- 57:58humain ? C'est quoi cet être humain qui
- 57:59est capable de de du meilleur mais qui
- 58:01est capable du pire ? Voilà. C'est quoi
- 58:03l'humanité
- 58:04[Musique]
- 58:15quoi parce que j'ai pas sûr qu'il soit
- 58:18coupable. J'étais vraiment pas sûr.
- 58:19C'était une part crue plus qu'une autre
- 58:23ou quelqu'un qui a joué mieux qu'un
- 58:25autre.
- 58:27peut-être ça. Et là c'est difficile
- 58:30quoi. On n'est pas dans une pièce de
- 58:32théâtre. C'est ça c'est la vie des gens
- 58:33quoi. Et cette vie des gens voilà et le
- 58:37fait d'en parler là boule qui revient.
- 58:41Voilà.
- 58:43pour ne m'avoir fait Ah.
- 58:46[Applaudissements]
- 59:01[Musique]
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