Dopamine, comment les applis piègent notre cerveau — Transcript
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- 0:01[Musique]
- 0:13Il y a 3 milliards d'utilisateurs de
- 0:15smartphones dans le monde. On l'utilise
- 0:17au bureau,
- 0:19à la maison,
- 0:21en famille ou en forêt.
- 0:26On ne pourrait plus s'en passer.
- 0:28Pourtant, cet objet est arrivé dans nos
- 0:30vies il n'y a pas si longtemps.
- 0:35[Applaudissements]
- 0:37[Musique]
- 0:39[Applaudissements]
- 0:42Le smartphone, un objet formidable. Mais
- 0:45c'est quand on le perd, on l'oublie, on
- 0:49l'endommage
- 0:50ou qu'il n'y a juste plus de batterie
- 0:53que l'on réalise qu'il y a peut-être un
- 0:55problème
- 0:57car le smartphone toujours connecté et
- 1:00toujours disponible est rempli
- 1:01d'applications sociales
- 1:03comme WhatsApp pour communiquer, TikTok
- 1:06pour se faire les cuisses, Facebook pour
- 1:09s'informer,
- 1:10LinkedIn pour afficher sa réussite,
- 1:13Instagram pour booster son ego. ou même
- 1:15Tinder pour vivre de nouvelles
- 1:17aventures.
- 1:19Pourquoi les consultons-nous de manière
- 1:21si compulsive ?
- 1:26Dans le monde entier, des scientifiques
- 1:28multiplient les études pour comprendre
- 1:30l'influence des réseaux sociaux sur nos
- 1:31comportements.
- 1:34Plus les gens reçoivent de like, plus
- 1:36ils sont actifs et inversement.
- 1:39Car les likes, les j'aimes ou les cœurs
- 1:42sont considérés comme des récompenses
- 1:44courtcircuitant le cerveau des
- 1:46utilisateurs.
- 1:48Les applications ont donc très
- 1:49probablement un impact sur le
- 1:51développement du système lié à
- 1:52l'attention et au contrôle cognitif.
- 1:56Ce qui peut influer sur la santé
- 1:57mentale. Les réseaux sociaux ont
- 1:59tendance à montrer plutôt des formes de
- 2:02réussite qui peuvent petit à petit être
- 2:04délétat dans la constitution de d'estime
- 2:06de soi. Un phénomène renforcé par les
- 2:08algorithmes.
- 2:10Notre analyse a révélé que les images
- 2:12montrant de la peau nu avaient une
- 2:14probabilité nettement plus élevée
- 2:16d'apparaître dans les fils d'actualité.
- 2:21Derrière nos comportements sur les
- 2:22réseaux sociaux se cache une molécule
- 2:24devenue star de la tech.
- 2:31Bienvenue dans le monde de la dopamine
- 2:34pour comprendre comment les applis sont
- 2:36conçus pour être addictive et envisager
- 2:39peut-être de reprendre un peu le
- 2:41contrôle de nos vies.
- 2:43[Musique]
- 2:49[Musique]
- 2:56[Musique]
- 3:01Bienvenue en Californie,
- 3:06à côté de San Francisco, au cœur de la
- 3:09Silicone Vallée.
- 3:11Toutes les entreprises de la tech.
- 3:17Au centre se trouve Stanford,
- 3:21une université prestigieuse qui
- 3:23travaille étroitement avec les
- 3:24entreprises de nouvelles technologies,
- 3:27possède un incubateur de start-up et où
- 3:30se trouve un laboratoire de recherche
- 3:32qui étudie le comportement.
- 3:35Celui-ci est dirigé par Brian Jeffrey
- 3:38Fog, célèbre pour avoir inventé en 1996
- 3:41une nouvelle discipline, la captologie.
- 3:47Je vais vous transformer en génie du
- 3:48changement de comportement.
- 3:51La captologie permet, grâce à l'étude du
- 3:53comportement, de créer des produits
- 3:55irrésistibles.
- 3:57OK, vous êtes prêts ? Les techniques de
- 3:59fog diffusées lors de cours, de
- 4:01conférences ou de workshop inspirent
- 4:03depuis plus de 20 ans toute une
- 4:05génération de concepteurs d'appli.
- 4:08Voici en 2 minutes mon modèle
- 4:10comportemental. Cette méthode s'intitule
- 4:13focus mapping. Je l'ai appelé la grille
- 4:15du comportement et ça donne je suis
- 4:18génial. Les émotions créent les
- 4:20habitudes. Son dernier modèle
- 4:22comportemental s'appuie sur le sentiment
- 4:24de succès. Ça va être une belle journée.
- 4:29Mon mantra, c'est aider les gens à
- 4:31ressentir la réussite et ça s'applique
- 4:33aux personnes qui créent des produits et
- 4:34services comme Instagram.
- 4:37Instagram, une appli imaginée dans un
- 4:39cours de BJ Fog en 2006.
- 4:45Ça a marché parce que les gens ont pris
- 4:46des photos avec un filtre. Ils se sont
- 4:48dit "ça y est, je suis un artiste,
- 4:50regarde."
- 4:52Donc ils ont ressenti la réussite et ce
- 4:55sentiment, c'est ça qui crée l'habitude.
- 4:59Et si vous concevez des produits et
- 5:00services, c'est la clé de la réussite.
- 5:04[Applaudissements]
- 5:06Mais comment les créateurs
- 5:07d'applications s'y prennent-ils pour
- 5:08transposer les enseignements de FOG dans
- 5:10les applis qui garnissent nos
- 5:12smartphones ?
- 5:14[Musique]
- 5:25Oui, je t'aime le matin, je t'aime le
- 5:28soir, je t'aime dans le bain et aussi
- 5:30dans le noir. Les récompenses sont
- 5:33partout dans les applis. Les likes sur
- 5:36Facebook, les flammes sur Snapchat, les
- 5:39cœurs sur Instagram, les médailles pour
- 5:42les chauffeur Uber ou même les matchs
- 5:45sur Tinder.
- 5:48Et ce n'est pas juste pour faire joli,
- 5:50c'est surtout car les récompenses jouent
- 5:53un rôle décisif dans l'apprentissage de
- 5:55nouveaux comportements.
- 5:57C'est ce qu'a théorisé dans les années
- 5:5840 Bus Frederick Skinner. Un chercheur
- 6:02faisant partie d'un courant majeur de la
- 6:03psychologie anglo-saxonne, le béviorisme
- 6:07ou comportementalisme.
- 6:09Skinner a réalisé une expérience devenue
- 6:12célèbre.
- 6:14Il a placé dans une boîte un pigeon, un
- 6:17bouton et un distributeur de graines.
- 6:21L'objectif est de pousser le pigeon à
- 6:23adopter un nouveau comportement. Appuyer
- 6:26sur un bouton.
- 6:29Au départ, le pigeon actionne le
- 6:30mécanisme par hasard
- 6:33et Skinner lui donne une graine.
- 6:37[Applaudissements]
- 6:37[Musique]
- 6:40Si le pigeon appuie de nouveau, Skinner
- 6:42donne la graine.
- 6:47Progressivement, le pigeon apprend à
- 6:49appuyer sur le bouton.
- 6:53Skinner comprend ainsi qu'en donnant des
- 6:55récompenses appelées renforçateurs,
- 6:58on peut influencer des comportement.
- 7:03C'est cette théorie qui est encore
- 7:05appliquée aujourd'hui par les
- 7:06concepteurs d'application.
- 7:09Poussez les utilisateurs à utiliser les
- 7:11applis en leur donnant des récompenses.
- 7:16Mais est-ce que le like sur Instagram
- 7:18fonctionne vraiment comme une graine
- 7:19pour un pigeon de skinner ?
- 7:22Interview première.
- 7:33Je m'intéresse à la façon dont les
- 7:34individus apprennent de leurs
- 7:36interactions sociales.
- 7:38On apprend des autres et on apprend en
- 7:40les voyant réagir à nos propres
- 7:41comportements. J'étudie de nombreux
- 7:43phénomènes liés à ça, dont les
- 7:44comportements des individus sur les
- 7:46réseaux sociaux.
- 7:47[Musique]
- 7:48Björn Lindstrom a ainsi réalisé une
- 7:50expérience pour démontrer l'effet du
- 7:52like sur notre comportement.
- 7:54[Musique]
- 7:55Il existe une idée très répandue selon
- 7:57laquelle le comportement sur les réseaux
- 7:59sociaux est lié à la notion de
- 8:00récompense.
- 8:03Quand j'ai commencé à étudier le sujet,
- 8:05je me suis rendu compte qu'il n'y avait
- 8:07pas de preuve de ça. Donc on a mis en
- 8:09place une expérience contrôlée
- 8:12où on pouvait modifier le nombre de
- 8:13likes reçus par les participants sur une
- 8:16plateforme qui imitait Instagram.
- 8:22[Musique]
- 8:23Il pouvait regarder des images
- 8:24amusantes,
- 8:27des mêmes et il pouvait également en
- 8:29poster.
- 8:33On a modifié le nombre de likes qu'ils
- 8:35recevaient sur leur poste
- 8:38et on s'est aperçu que quand les gens
- 8:39obtenaient plus de lik, ils répondaient
- 8:41plus.
- 8:42[Musique]
- 8:44Plus les gens reçoivent de lik, plus ils
- 8:47sont actifs et inversement.
- 8:49[Musique]
- 8:50Ainsi, plus on reçoit de lik, plus on
- 8:53poste de contenu. Et inversement, moi on
- 8:56en reçoit, moi on poste.
- 8:59Le like fonctionne ainsi selon le même
- 9:02principe que la graine pour un pigeon de
- 9:03Skinner.
- 9:07Donc, on est sûr à 100 % ou presque que
- 9:10les principes du béviorisme sont
- 9:12utilisés dans la conception des réseaux
- 9:13sociaux.
- 9:16Mais qu'est-ce qui se passe dans notre
- 9:18cerveau quand on reçoit un like ?
- 9:21[Musique]
- 9:25Afin de répondre à cette question, les
- 9:27chercheuses Lauren Sherman et Patricia
- 9:29Greenfield ont mené une expérience
- 9:31intitulée le pouvoir du like.
- 9:34[Musique]
- 9:40[Musique]
- 9:43Les participants sont placés dans une
- 9:45IRM qui prend en image leur cerveau.
- 9:48Pendant ce temps, ils peuvent poster des
- 9:50photos et recevoir des likes sur un
- 9:51réseau imitant Instagram.
- 9:55Les chercheus ont alors découvert que
- 9:57les likes activent une zone bien
- 9:59particulière du cerveau, un système
- 10:01comprenant le striatome ainsi que le
- 10:04cortex préfrontal. L'ensemble étant
- 10:07appelé le système de la récompense.
- 10:10[Musique]
- 10:15Mais comment se fait-il qu'un like, une
- 10:17simple icône de pouce ou de cœur
- 10:19totalement virtuelle
- 10:21stimule cette région du cerveau qui est
- 10:23déjà connue pour s'activer lorsque l'on
- 10:24joue au casino
- 10:27ou lorsque l'on mange un aliment sucré.
- 10:34OK.
- 10:35[Musique]
- 10:41Tous les êtres humains ont un intérêt
- 10:43pour les contacts sociaux.
- 10:47Ce n'est pas quelque chose d'acquis mais
- 10:48dîner. Les bébés sont incapables de
- 10:51faire certaines choses seules et ont
- 10:53besoin d'un soutien social.
- 10:58Il est donc logique que notre cerveau
- 11:00soit doté d'un mécanisme qui nous incite
- 11:02constamment à entrer dans cette
- 11:04interaction sociale.
- 11:08L'interaction sociale joue un rôle
- 11:10essentiel de l'enfance à l'âge adulte.
- 11:17Le problème c'est qu'on ne savait pas
- 11:19exactement ce qu'il se passait dans le
- 11:20cerveau.
- 11:22On a donc mené une étude consacrée au
- 11:24phénomène de l'attention conjointe.
- 11:27Que se passe-t-il quand deux personnes
- 11:28regardent quelque chose ensemble ?
- 11:35Comme il est techniquement impossible de
- 11:37scanner les cerveaux de deux personnes
- 11:38ensemble,
- 11:40le docteur Schilbar a imaginé un
- 11:42exercice qui recrée cette interaction
- 11:44sociale et mesure l'activité du cerveau.
- 11:49Dans l'IRM, le participant est allongé
- 11:51face à un écran qui projette un visage
- 11:53dont les yeux interagissent avec lui.
- 11:59par le pouvoir de son regard. Le
- 12:01participant doit alors pousser ce visage
- 12:03à regarder un carré qui devient bleu
- 12:05s'il réussit.
- 12:07[Musique]
- 12:12Ce qui nous a beaucoup surpris et
- 12:13intéressé,
- 12:15c'est que ce type de comportement et la
- 12:17coordination des regards entre deux
- 12:18personnes sont très liés à l'activité du
- 12:21système de récompense du cerveau.
- 12:27Ça se passe dans cette région du cerveau
- 12:29ici en jaune.
- 12:31Elle est particulièrement active lorsque
- 12:33le participant réussit à influencer le
- 12:35regard de l'autre.
- 12:38Ça s'apparente à une récompense sociale
- 12:42et plus le système de récompense est
- 12:44activé, plus les participants apprécient
- 12:47l'interaction sociale.
- 12:48[Musique]
- 12:52Entrer en contact avec les autres active
- 12:54le système de la récompense et génère du
- 12:56plaisir. Un mécanisme essentiel dans la
- 12:59vraie vie et aussi sur les réseaux
- 13:01sociaux.
- 13:05Je pense qu'il n'y a pas de différence
- 13:07en ce qui concerne les processus de
- 13:08récompense dans le cerveau et que c'est
- 13:11pour ça que certaines applications et
- 13:13que les smartphones agissent comme une
- 13:15sorte de tétine ou de calement
- 13:16numérique.
- 13:18[Musique]
- 13:24C'est une espèce de feedback social qui
- 13:26est toujours disponible où qu'on soit de
- 13:28jour comme de nuit.
- 13:30Et c'est quelque chose d'à la fois
- 13:31attrayant et rassurant pour les
- 13:33individus.
- 13:35[Musique]
- 13:38Ainsi, le contact social dans le réseau
- 13:41social a le même effet sur notre cerveau
- 13:43qu'une interaction réelle.
- 13:47Ces régions du cerveau sont
- 13:49particulièrement pourvues en neurones
- 13:51dopaminergique.
- 13:54Ce qui signifie que ces changements
- 13:56d'activité
- 13:58sont effectivement liés à la sécrétion
- 14:00de dopamine.
- 14:04La dopamine, une molécule devenue star.
- 14:13La dopamine appelé parfois l'hormone du
- 14:15bonheur impliqué dans l'amour, le
- 14:17plaisir mais aussi l'addiction.
- 14:22Et c'est l'hormone du plaisir. Plus vous
- 14:24en avez, mieux vous vous sentez.
- 14:32Quelle est donc cette molécule magique
- 14:34qui réussirait à la fois à nous rendre
- 14:35heureux, addictes en meilleure santé et
- 14:38qui joue un rôle clé dans nos
- 14:39comportements ?
- 14:42[Musique]
- 14:52P lion Mathias Mathias
- 14:55interview pr
- 15:03On entend souvent dire que la dopamine
- 15:05c'est l'hormone du plaisir. Quelquefois
- 15:07même il y a des formules qu'on voit dans
- 15:09les magazines comme l'hormone du bonheur
- 15:11ou qu'est-ce que j'ai vu encore ?
- 15:12L'hormone de l'empathie. Euh il semble
- 15:15qu'il y ait pas de limite au glissement
- 15:16sémantique euh sur la dopamine. Alors
- 15:19c'est doublement faux ou triplement
- 15:21faux. D'abord c'est pas une hormone et
- 15:23puis elle est pas forcément liée au
- 15:25plaisir, elle liée à la récompense.
- 15:30Ce qui intéresse les neuroscientifiques,
- 15:32c'est pas exactement la situation de la
- 15:33récompense.
- 15:34C'est la situation de ce que nous en
- 15:37jargon de laboratoire, on appelle le
- 15:38premier prédicur de la récompense.
- 15:43Je vais prendre un exemple. Je suis un
- 15:44singe fructivore.
- 15:47Je me promène dans la forêt à la
- 15:48recherche de fruits. Je remonte une
- 15:51rivière et puis j'ai deux affluents. Je
- 15:54choisis de prendre à droite et là lors
- 15:56d'une berge sablonneuse, j'aperçois un
- 15:58magnifique arbre fruitier et en fait
- 16:01c'est la vue du bananier qui déclenche
- 16:03la libération de dopamine. Et elle a
- 16:05deux effets. Le premier c'est de générer
- 16:07un comportement d'approche. Bien sûr, je
- 16:09vais grimper dans l'arbre pour attraper
- 16:11les bananes. Et le deuxième, c'est de
- 16:13renforcer toutes les représentations que
- 16:15j'ai construites au long de mon parcours
- 16:17le long de la rivière.
- 16:19Donc je me rappelé qu'après ce rocher,
- 16:21il faut tourner à droite par exemple les
- 16:23actions que j'ai faites. Tout ça va être
- 16:25renforcé. Si bien que si je me retrouve
- 16:27une prochaine fois sur le même carrefour
- 16:29en Y avec mes deux affluents, et ben le
- 16:32choix va être plus facile à prendre
- 16:34parce que le circuit est déjà creusé,
- 16:36déjà renforcé par la libération de
- 16:38dopamine. Hum.
- 16:41Donc un effet motivationnel et puis un
- 16:43effet sur l'apprentissage dans le sens
- 16:45d'un renforcement pour les prochaines
- 16:47fois.
- 16:50Ainsi, dans le cas du smartphone, la
- 16:52dopamine n'intervient pas au moment de
- 16:54la récompense mais juste avant.
- 16:59À ce moment-là, le système de la
- 17:00récompense s'active. Les neurones
- 17:02dopaminergiques situés à la base du
- 17:04cerveau fabriquent la dopamine. Elle est
- 17:07ensuite projetée vers les neurones
- 17:08récepteurs situés dans le striatome et
- 17:10le cortex préfrontal.
- 17:14Tout cela nous poussant irrésistiblement
- 17:18à chaque fois que l'on voit notre
- 17:19smartphone à le prendre pour vérifier si
- 17:22une appli signale une récompense
- 17:25ou pas.
- 17:27Car pour nous pousser à utiliser
- 17:29toujours plus les applis, les créateurs
- 17:30ont découvert le meilleur moyen pour
- 17:32nous rendre accro, la récompense
- 17:34variable.
- 17:43Bonjour.
- 17:49Ouais,
- 17:52dans notre vocabulaire. Renforcer, ça
- 17:54veut dire augmenter la probabilité
- 17:56d'apparition d'un comportement. On a
- 17:58deux grandes familles de situations. En
- 18:00fait, vous avez une conséquence qui peut
- 18:02arriver chaque fois que le comportement
- 18:03se produit.
- 18:06On appelle ça du renforcement continu.
- 18:08Chaque fois que je fais quelque chose,
- 18:10j'ai le renforçateur.
- 18:12Et puis il y a une autre type de
- 18:13situation, c'est le fait que parfois le
- 18:16comportement est suivi d'une conséquence
- 18:18et parfois non. Là, je suis dans une
- 18:20situation de renforcement intermittent.
- 18:31[Musique]
- 18:35Ce que font les applis, c'est de vous
- 18:38donner des conséquences qui sont pas
- 18:40toujours les mêmes.
- 18:43C'estàdire que le fait de varier la
- 18:44nature de la conséquence et le fait de
- 18:47ne pas systématiquement donner une
- 18:48conséquence répétitive, ça va maintenir
- 18:51plus longtemps le comportement.
- 18:53Et il n'y a pas que les likes qui sont
- 18:55considérés comme des récompenses
- 18:56variables.
- 18:58Il y a par exemple le fait de découvrir
- 19:00une vidéo incroyablement mignonne
- 19:03ou un partenaire potentiel trop
- 19:05attirant.
- 19:06Lire un message hyper important.
- 19:10Dénicher une flûte de pan vintage dans
- 19:12un état exceptionnel ou tomber sur un
- 19:15article vraiment inspirant. Tous ces
- 19:18contenus plaisants et inattendus sont
- 19:21considérés comme des renforcements
- 19:22intermittents nous poussant à utiliser
- 19:25encore plus ces applis.
- 19:28Si ça se répète, ça va se transformer en
- 19:30ce qu'on appelle une habitude. Alors,
- 19:32une habitude, ce qui est intéressant,
- 19:33c'est qu'elle est plus tellement
- 19:34contrôlée par la conséquence. Elle est
- 19:36plus tellement motivée par ce que je
- 19:38vais obtenir. Elle est contrôlée par ce
- 19:40qui se passe avant. Donc typiquement,
- 19:41les gens, ils montent dans le métro, ils
- 19:43allument leur téléphone.
- 19:46Ils n'ouvrent pas leur téléphone pour
- 19:48regarder quelque chose, pour avoir pour
- 19:49lire le journal ou je sais pas quoi. Ils
- 19:51ouvrent leur téléphone parce qu'ils sont
- 19:52dans le métro. Mais on est dans la
- 19:54situation où les comportements sont
- 19:56contrôlés par la situation, donc ils
- 19:58sont déclenchés. Autrement dit, je
- 20:00réagis à la situation. Quand on utilise
- 20:03longtemps son smartphone, le fait de
- 20:05l'allumer n'est plus motivé par une
- 20:07éventuelle récompense,
- 20:10mais par l'environnement.
- 20:14On dit alors que le comportement est
- 20:16devenu une habitude.
- 20:21L'autre chose qui est extrêmement bien
- 20:23manipulée là pour le coup par les gens
- 20:25qui font des applications, c'est qu'ils
- 20:27vont vous donner des notifications.
- 20:29C'est-à-dire tout d'un coup sur votre
- 20:30téléphone, vous allez voir vous avez un
- 20:31message que Facebook, il y a des gens
- 20:32qui vous ont déposé des trucs, que
- 20:34TikTok a été actif, que Instagram vous
- 20:36avez peut-être des fils que vous avez
- 20:37pas lu. Et ces notifications, elles ont
- 20:40pour but de déclencher le comportement.
- 20:42Vous voyez la notification, boum, vous
- 20:44allumez l'application. Et ça c'est
- 20:46vraiment joué sur le fait que ce
- 20:48comportement s'est transformé en une
- 20:49inhabitude.
- 20:52Ça se fait de manière complètement
- 20:53inconsciente et vous allez le faire de
- 20:55manière très systématique en fait. Ce
- 20:58qui veut dire que même si on n' plus
- 21:00aucune récompense, on va quand même
- 21:02continuer à faire le comportement
- 21:05poussant à scroller sur notre fil
- 21:07d'actu, même si ça fait des heures qu'il
- 21:09n'y a plus rien d'intéressant.
- 21:11[Musique]
- 21:13Et c'est sans doute ce qui explique que
- 21:15le temps passé sur le smartphone est en
- 21:17constante augmentation chaque année.
- 21:20[Musique]
- 21:23En France et en Allemagne, le temps
- 21:24d'écran est de 3h30 par jour. Il a
- 21:27progressé d'une heure en 2 ans.
- 21:33Aux États-Unis, il est de plus de 4h,
- 21:35soit plus que le temps passé devant la
- 21:36télévision.
- 21:38Au Brésil, il atteint 5h30. soit plus
- 21:41d'un/3 du temps éveillé. 23/3 de ces
- 21:44durées concernent les réseaux sociaux.
- 21:47Partout, le temps d'écran augmente avec
- 21:50des utilisateurs qui évaluent très mal
- 21:51la durée devant leurs applis,
- 21:54notamment sur TikTok.
- 21:57Une
- 21:59appli permettant de produire et regarder
- 22:01des vidéos sur laquelle les utilisateurs
- 22:03passent bizarrement toujours plus de
- 22:06temps que prévu.
- 22:25On s'est tous déjà retrouvé scotché à
- 22:26notre smartphone pendant une heure
- 22:28entière sans voir le temps passer.
- 22:31À chaque fois que mon petit ami me
- 22:32trouve en train de swiper sur TikTok, il
- 22:34me demande "Tu regardes quoi ?" Et je
- 22:36lui réponds "Je sais même plus."
- 22:39Quand on est sur ce réseau social, c'est
- 22:41comme ça. On passe son temps à swiper
- 22:44impulsivement sans vraiment regarder les
- 22:46vidéos.
- 22:50Et l'idée c'est que si on ne forme pas
- 22:52de souvenir pendant qu'on regarde
- 22:53TikTok,
- 22:55c'est peut-être parce qu'on a pas une
- 22:57bonne perception du temps qui s'écoule.
- 23:03Donc pour comprendre comment les
- 23:04souvenirs influent sur la perception du
- 23:06temps, on a demandé à des personnes de
- 23:08regarder des vidéos sur TikTok.
- 23:14[Musique]
- 23:19[Applaudissements]
- 23:25[Applaudissements]
- 23:27Les participants doivent régulièrement
- 23:29estimer le temps passé sur l'appli.
- 23:42Par la suite, on leur demande de quelle
- 23:44vidéo il se rappelle.
- 23:49Les résultats préliminaires ont montré
- 23:51que notre perception du temps était
- 23:53vraiment influencée par les souvenirs.
- 23:55Plus on a de souvenirs d'un moment
- 23:57donné,
- 23:59plus on a le sentiment que du temps
- 24:00s'est écoulé. Et à l'inverse, moins en
- 24:03forme de souvenir, plus le temps semble
- 24:05court.
- 24:08[Applaudissements]
- 24:10La mémoire apparaît ainsi comme un outil
- 24:12pour évaluer le temps, mais aussi pour
- 24:15évaluer ce qui a de la valeur.
- 24:20Je pense qu'au fil de l'évolution, notre
- 24:22cerveau a développé un système qui nous
- 24:24a permis de mémoriser les choses
- 24:26importantes.
- 24:30et tels souvenir.
- 24:32Donc c'est sans doute que quelque chose
- 24:34d'important s'est produit.
- 24:37Passer plus de temps que prévu sur
- 24:39TikTok est ainsi lié au fait que ces
- 24:41vidéos ne sont pas vraiment importantes
- 24:43pour notre cerveau et donc que l'on ne
- 24:45s'en souvient pas.
- 24:48Aujourd'hui, les utilisateurs sont
- 24:50invités à mieux contrôler leurs usages
- 24:52grâce à des outils intégrés qui mesurent
- 24:54le temps d'écran.
- 24:57Mais est-ce dangereux de passer autant
- 24:58de temps sur son smartphone ?
- 25:03[Musique]
- 25:06Le temps passe, le temps passe passe.
- 25:10Tic tac tic tac tic tac.
- 25:14Je m'ennuie je m'ennuie la nuit. Stop.
- 25:23C'est OK pour tout le monde ? Super
- 25:27ça va c'est bon merci.
- 25:36Le temps passé sur un smartphone varie
- 25:38d'une personne à l'autre. Vous pouvez
- 25:40par exemple vous en servir 10 heures par
- 25:42jour sans que ce soit nocif si c'est
- 25:45pour vos études, pour votre travail ou
- 25:47pour envoyer des mails. Et vous pouvez
- 25:50ne l'utiliser que 2 heures par jour mais
- 25:52de façon très problématique. Au
- 25:54contraire.
- 25:55par exemple pour faire face à des
- 25:57problèmes quotidiens. Ça s'apparente
- 25:59alors à une stratégie de défense
- 26:01dysfonctionnelle destinée à gérer ses
- 26:03émotions. Donc le temps passer sur un
- 26:05smartphone n'est pas forcément le
- 26:07meilleur indicateur d'un usage
- 26:08problématique.
- 26:11Car pour mieux comprendre si un usage
- 26:13est problématique, il faut surtout
- 26:15observer en détail l'usage et les effets
- 26:17sur la vie quotidienne.
- 26:21Les études mettent aujourd'hui en
- 26:22évidence deux types d'utilisation sur
- 26:24les réseaux sociaux :
- 26:27actif
- 26:28et passif.
- 26:30[Musique]
- 26:31Avec l'utilisation active, vous êtes
- 26:33engagé activement dans la production de
- 26:35contenu. Vous postez des vidéos ou vous
- 26:38retoucher des photos que vous mettez en
- 26:40ligne.
- 26:43Par exemple, quand on passe des heures à
- 26:45s'entraîner pour une Corée hyper
- 26:46difficile
- 26:48ou qu'on anime une chaîne YouTube avec
- 26:49des recettes de pâte à chou super
- 26:51technique.
- 26:53[Musique]
- 26:55L'utilisation passive, c'est plutôt
- 26:57quand vous faites défiler les
- 26:59informations sans vraiment vous engager.
- 27:02[Musique]
- 27:06[Applaudissements]
- 27:09Et on s'aperçoit que l'utilisation
- 27:11active est généralement associée à des
- 27:13expériences positives tandis que
- 27:16l'utilisation passive peut être vécue de
- 27:18façon plus négative.
- 27:21Ainsi, ce n'est pas en regardant
- 27:23simplement la durée, mais en étant
- 27:25attentif à l'usage du smartphone que
- 27:27l'on peut mieux définir si une pratique
- 27:29est vraiment problématique,
- 27:31voir si l'on peut parler d'addiction.
- 27:36Car comme l'indique une étude récente
- 27:38par la revue scientifique Frontiers in
- 27:40Psychiatry, 42 % des participants de
- 27:43moins de 21 ans ont été considérés comme
- 27:45addictes au smartphone
- 27:49contre 34 % des 22 25 ans et 28 % des
- 27:53plus de 26 ans.
- 27:56Les chiffres de cette étude semblent
- 27:58particulièrement alarmant, mais la
- 28:00notion d'addiction au smartphone ou aux
- 28:02réseaux sociaux est encore très discutée
- 28:04au sein de la communauté scientifique.
- 28:08[Musique]
- 28:08[Applaudissements]
- 28:09[Musique]
- 28:16[Applaudissements]
- 28:19Une addiction, c'est une
- 28:20psychopathologie qu'on peut
- 28:22diagnostiquer. Un trouble mental présent
- 28:24dans les manuels spécialisés.
- 28:28Or aujourd'hui en 2022 l'addiction au
- 28:31smartphone n'apparaît dans aucun manuel.
- 28:35Donc, on ne peut pas poser de diagnostic
- 28:36reconnu.
- 28:37[Musique]
- 28:41On sait toutefois que cette addiction
- 28:43constitue un problème pour une minorité
- 28:45d'individus
- 28:47qui suite à l'utilisation de leur
- 28:48smartphone vont en ressentir les
- 28:51symptômes classiques.
- 28:53La tolérance qui pousse à passer de plus
- 28:56en plus de temps sur son smartphone.
- 29:00changement d'humeur quand on utilise son
- 29:03smartphone pour créer un effet
- 29:04anesthésiant.
- 29:06La science quand on ne pense qu'à la
- 29:08prochaine fois où on va se servir de son
- 29:10smartphone
- 29:13et bien sûr la rechute après une période
- 29:16d'abstinence.
- 29:19Pour comprendre ce nouveau trouble du
- 29:21comportement lié au smartphone, les
- 29:23chercheurs spécialistes des addictions
- 29:25s'intéressent aussi au système de la
- 29:27récompense dont le dérèglement joue un
- 29:30rôle majeur dans toutes les addictions.
- 29:42Aujourd'hui, je pense que tous les
- 29:44neuroscientifiques seraient d'accord
- 29:46pour dire que il y a un
- 29:48dysfonctionnement du système de
- 29:50récompense chez les personnes qui
- 29:52souffrent d'addiction, que ce soit des
- 29:54addictions aux substances ou des
- 29:55addictions comportementales. Après, la
- 29:58nature de ce dysfonctionnement, est-ce
- 30:00que c'est un système où il y a trop de
- 30:01dopamine, pas assez de dopamine ? On n
- 30:04pas encore les réponses à ces questions
- 30:06et on les cherche.
- 30:09Guillaume Sescous mène des expériences
- 30:11sur des patients addicte au jeu d'argent
- 30:13afin de comprendre ce qui se passe dans
- 30:15le cerveau quand on souffre d'addiction.
- 30:18Une
- 30:21personne qui est addicte à un produit ou
- 30:23un comportement, en fait, elle va avoir
- 30:25son attention qui est centré sur cette
- 30:28substance ou sur cette activité au
- 30:30détriment du reste.
- 30:34Ainsi, dans le cas d'un comportement
- 30:36problématique avec le smartphone, c'est
- 30:38le dérèglement du système de la
- 30:40récompense qui nous pousse à utiliser
- 30:42toujours plus celui-ci jusqu'à peu à peu
- 30:44remplacer toutes les autres activités.
- 30:49Le système de récompense, il a très
- 30:52probablement été sélectionné dans
- 30:54l'évolution des espèces pour nous
- 30:55encourager à reproduire des
- 30:56comportements qui sont indispensables à
- 30:58la survie comme ben manger, boire et se
- 31:03reproduire.
- 31:04Et aujourd'hui, ces sources de
- 31:06renforcement qu'on trouve dans notre
- 31:08environnement qui sont pas
- 31:08indispensables à la survie comme la
- 31:11reconnaissance sociale à travers les
- 31:14réseaux sociaux et ben ces récompenses
- 31:16secondaires sont venues prendre en otage
- 31:18ce système de récompense et c'est là que
- 31:21commence en partie l'addiction.
- 31:24La question de l'addiction aux réseaux
- 31:26sociaux et sa classification officielle
- 31:28prendra sans doute des années.
- 31:30Cependant, déjà aujourd'hui, les
- 31:32conséquences sur la santé existent bel
- 31:34et bien.
- 31:43[Musique]
- 31:52Fin 2021. Des documents internes du
- 31:54groupe MTA, propriétaire de Facebook,
- 31:56Instagram et WhatsApp, ont fuité dans la
- 31:58presse.
- 32:02C'est une ancienne employée, Fran Hogan,
- 32:04qui a lancé l'alerte en diffusant ses
- 32:06documents confidentiels.
- 32:09Facebook files.
- 32:22Instagram, but won make changes because
- 32:25they have put their astronomical profits
- 32:28before people. Yes or no? Does Facebook
- 32:31have internal research indicating that
- 32:34Instagram harms teens, particularly
- 32:37harming perceptions of body image which
- 32:40disproportion affects women? Yes,
- 32:44extensive research on the impacts of
- 32:46products on teenagers.
- 32:50Les Facebook files révèlent ainsi que
- 32:52sur Instagram, 37 % des adolescentes se
- 32:55sentent plus mal après avoir consulté le
- 32:57réseau social.
- 32:5966 % des adolescentes ressentent une
- 33:01comparaison sociale négative
- 33:04et 23 % des utilisateurs en général
- 33:06ressentent une pression extrême pour
- 33:08avoir l'air parfait.
- 33:11Stéphanie première.
- 33:18Bonjour. Bonjour.
- 33:24L'estime de soi, c'est une
- 33:25caractéristique assez globale dans les
- 33:28addictions comportementales. En fait, on
- 33:30sait que les gens qui ont un troupe
- 33:31d'estime de soi vont avoir plus tendance
- 33:33à être addict à quoi que ce soit en
- 33:36terme d'addiction comportementale et aux
- 33:38réseaux sociaux aussi. Le réseau social
- 33:41vient activer un élément important dans
- 33:43la constitution de l'estime de soi qui
- 33:45est la comparaison sociale.
- 33:47[Musique]
- 33:59[Musique]
- 34:08Ce qui va favoriser euh l'estime de soi
- 34:10par exemple, c'est des comparaisons
- 34:12descendantes. Donc se comparer à ceux
- 34:14qui font moins bien, ça sauve l'estime
- 34:17de soi.
- 34:19Tandis que les comparaisons ascendantes
- 34:22qui se comparent à ceux qui font mieux
- 34:24que soi, ça a tendance à diminuer, à
- 34:26avoir un impact délire sur l'estime de
- 34:28soi.
- 34:30comme les réseaux sociaux ont tendance à
- 34:32montrer plutôt des formes de réussite,
- 34:35plutôt des formes de beauté, plutôt le
- 34:38beau revers finalement de la vie, a
- 34:40priori, on peut difficilement faire des
- 34:42comparaisons descendantes.
- 34:45Donc on est plutôt sur un phénomène de
- 34:46comparaison ascendante et qui peuvent
- 34:49petit à petit être délétaire dans la
- 34:51constitution de l'estime de soi.
- 34:55[Musique]
- 35:02Donc on voit vraiment comment l'usage du
- 35:04smartphone chez quelqu'un qui est
- 35:06anxieux va amplifier des comportements
- 35:09de vérification, de réassurance, de
- 35:12soulagement immédiat. mais vient
- 35:15augmenter
- 35:17aussi le doute, la peur et du coup
- 35:20maintenir le trouble anxieux.
- 35:25Les chercheurs comprennent mieux
- 35:27aujourd'hui les effets des usages du
- 35:28smartphone sur la santé mentale, mais
- 35:30ils s'intéressent aussi aux effets sur
- 35:32le développement du cerveau et sur notre
- 35:34comportement.
- 35:37[Musique]
- 35:52Certains disent que les enfants
- 35:53aujourd'hui sont peut-être plus
- 35:55impulsifs et moins capables de se
- 35:56contrôler à cause du temps qu'ils
- 35:58passent sur leur smartphone et sur les
- 36:00réseaux sociaux.
- 36:05Pour comprendre les effets du smartphone
- 36:07sur les enfants et les jeunes adultes,
- 36:09Jason Shine s'intéresse à ce qui
- 36:10favorise les comportements à risque,
- 36:12l'impulsivité.
- 36:19[Musique]
- 36:28Pour mesurer l'impulsivité, Jason Shine
- 36:30travaille à l'aide d'un exercice sous
- 36:32IRM.
- 36:35Cette expérience permet d'activer le
- 36:37système de contrôle cognitif du cerveau.
- 36:41Le contrôle cognitif, un mécanisme qui
- 36:44se joue en partie dans le cortex
- 36:45préfrontal situé à l'avant du cerveau.
- 36:51Le contrôle cognitif repose sur un
- 36:53ensemble de systèmes différents dans le
- 36:55cerveau dont l'un permet d'inhiber une
- 36:57action lorsqu'elle n'est pas
- 36:58souhaitable.
- 37:01Si vous êtes par exemple dans une
- 37:02situation où vous voulez réagir vite, le
- 37:05contrôle cognitif vous permet de stopper
- 37:07cette réaction et à la place d'agir de
- 37:10façon plus intentionnelle et plus
- 37:12ciblée.
- 37:14OK Joe, on est prêt. Tu peux commencer
- 37:17l'expérience.
- 37:21Pour mesurer l'impulsivité, l'équipe de
- 37:23Jason Shine a mis en place une
- 37:25expérience intitulée le pilote de fusé.
- 37:29[Musique]
- 37:30Quand le participant voit une planète
- 37:32avec des cratères,
- 37:36il doit appuyer sur un bouton.
- 37:38[Musique]
- 37:43Crat mais de temps en temps, au lieu de
- 37:46cratère, il y a des rayures.
- 37:50[Musique]
- 37:56Un participant impulsif aura tendance à
- 37:58ne pas pouvoir se retenir d'appuyer
- 38:00lorsqu'une planète rayée apparaît.
- 38:05[Musique]
- 38:07Là, il doit se retenir d'appuyer. Il
- 38:09s'agit donc d'un exercice qui mesure la
- 38:11capacité d'un individu à inhiber ses
- 38:14actions.
- 38:17Durant cette tâche, l'IRM mesure la
- 38:19connectivité entre le système de la
- 38:21récompense qui pousse à agir et le
- 38:24contrôle cognitif qui permet de stopper
- 38:26le comportement.
- 38:29On s'est aperçu que la connexion qui
- 38:31relie contrôle et récompense et qui
- 38:33permet de contrôler ses réactions face à
- 38:35des choses potentiellement gratifiante
- 38:37était plus faible chez les gens qui
- 38:39passent davantage de temps sur les
- 38:40réseaux sociaux et sur leur téléphone.
- 38:44[Musique]
- 38:45Les personnes ayant un usage important
- 38:47de leur smartphone et des réseaux
- 38:49sociaux montrent un contrôle cognitif
- 38:51plus faible et une impulsivité plus
- 38:53grande.
- 38:54[Musique]
- 39:03pense que ces personnes sont moins en
- 39:04mesure de contrôler leurs actions et que
- 39:07ce déficit de contrôle serait dû à des
- 39:09années d'utilisation dans n'importe
- 39:11quelle circonstan de leur smartphone.
- 39:16[Musique]
- 39:22C'est tout sauf hasard.
- 39:24Les applications sont conçues sur la
- 39:25base de principes psychologiques qui
- 39:27permettent de capter l'attention et
- 39:29d'augmenter les signaux de récompense
- 39:31pour que les utilisateur aient envie de
- 39:32s'en servir davantage.
- 39:34[Musique]
- 39:38Les applications ont donc très
- 39:39probablement un impact sur le
- 39:41développement du système lié à
- 39:42l'attention et au contrôle cognitif.
- 39:47Et dans le même temps, les personnes qui
- 39:49ont tendance à être plus impulsives
- 39:51seront plus susceptibles d'utiliser ces
- 39:53applications et d'y passer trop de temps
- 39:55jusqu'à en devenir dépendante.
- 40:01Plus on utilise les réseaux sociaux,
- 40:03moins le système de contrôle agirait
- 40:05contre la dopamine stimulée par les
- 40:07applis.
- 40:10Les chercheurs ont découvert récemment
- 40:11qu'une autre molécule, la noradrénaline,
- 40:14joue un rôle essentiel dans ce contrôle.
- 40:17[Musique]
- 40:23Qu'est-ce qui se passe dans notre
- 40:24cerveau quand on se retient de prendre
- 40:26son smartphone ?
- 40:33Alors, pour lutter contre les
- 40:34comportements compulsifs, on exerce ce
- 40:36qu'on appelle le contrôle cognitif. Ça
- 40:39consiste d'abord à suspendre l'action.
- 40:41Donc si j'ai une notification sur mon
- 40:43portable, j'ai tendance évidemment à
- 40:45porter mon attention dessus et à vouloir
- 40:47checker. Alors je peux suspendre ce
- 40:49comportement. Par définition, je mets en
- 40:50place du contrôle et donc c'est une
- 40:53forme déformentale. C'est là que laine
- 40:57va intervenir et c'est elle qui va
- 40:59soutenir en quelque sorte l'effort de
- 41:02contrôle cognitif.
- 41:04[Musique]
- 41:05La noradrénaline, un neuromodulateur
- 41:08produit dans une zone appelée Locus
- 41:10Soruleus dont le rôle a été démontré par
- 41:13une expérience avec un singe et deux
- 41:15manettes.
- 41:17Une manette sur laquelle il doit
- 41:19facilement appuyer pour obtenir un petit
- 41:21verre de jus d'orange
- 41:24et une manette sur laquelle il doit
- 41:26appuyer très fort
- 41:28pour obtenir un grand verre de jus.
- 41:33Mi naturellement, le singe préfère faire
- 41:36un effort pour avoir plus de jus
- 41:37d'orange.
- 41:40Les chercheurs ont alors découvert que
- 41:42si on injecte une substance qui abaisse
- 41:44le taux de nos adrénaline,
- 41:46le singe choisit délibérément d'exercer
- 41:48moins d'efforts.
- 41:50[Musique]
- 41:52Miam ! Cette expérience met ainsi en
- 41:55évidence le rôle central de la
- 41:57neuradrénaline dans la gestion de
- 41:58l'effort.
- 42:02Donc quand on décide de ne pas regarder
- 42:03son smartphone,
- 42:06la neoradrénaline entre en jeu. Contrôle
- 42:08! Contrôle ! Mais va-t-elle résister à
- 42:11l'action de la dopamine ?
- 42:20[Musique]
- 42:27[Applaudissements]
- 42:37La découverte très récente de ce rôle de
- 42:39la noradrénaline éclaire la diversité de
- 42:42circuits et de molécules qui agissent
- 42:44dans notre cerveau, nous offrant des
- 42:46ressources pour contrer les effets de la
- 42:48dopamine.
- 42:52La recherche sur l'effet des réseaux
- 42:53sociaux sur notre cerveau avance, mais
- 42:56les chercheurs se heurtent à des
- 42:57obstacles car les applications change
- 43:00régulièrement et les données permettant
- 43:03de comprendre le fonctionnement des
- 43:04applis sont très difficilement
- 43:06accessibles car propriété des
- 43:08entreprises de la tech.
- 43:11[Musique]
- 43:17Come on.
- 43:20[Musique]
- 43:40Nous avons un gros problème. Les
- 43:42plateformes des réseaux sociaux sont de
- 43:44véritables boîtes noires.
- 43:49En tant que chercheur indépendant, nous
- 43:51n'avons aucun moyen d'accéder aux
- 43:53données de ces plateformes.
- 43:59Il faut réaliser qu'il y a plus de 3
- 44:02milliards de personnes sur les
- 44:03plateformes MTA, c'est-à-dire Facebook,
- 44:06Instagram et WhatsApp.
- 44:09Il s'agit donc d'un pool de données
- 44:11d'une puissance phénoménale
- 44:14que seul quelques chercheurs peuvent
- 44:16exploiter, à savoir ceux qui travaillent
- 44:19essentiellement pour les entreprises
- 44:20concernées.
- 44:22Car les plateformes ont des laboratoires
- 44:24de recherche internes qui constamment
- 44:27mènent des études à l'insu des
- 44:28utilisateurs.
- 44:31L'équipe du laboratoire de Facebook a
- 44:33ainsi publié les résultats d'une
- 44:34expérience intitulée contagion
- 44:37émotionnelle.
- 44:43Les chercheurs ont manipulé le fil
- 44:44d'actualité de 700 utilisateurs.
- 44:48Ils ont augmenté le nombre de postes
- 44:50contenant des émotions positives pour un
- 44:52groupe
- 44:56et de postes avec des émotions négatives
- 44:58pour un autre.
- 45:02Ils ont ainsi mis en évidence que plus
- 45:04on reçoit de postes négatifs, plus on
- 45:06poste du contenu négatif et inversement
- 45:10prouvant que le fil d'actualité de
- 45:11Facebook pouvait bien influencer
- 45:13l'émotion des utilisateurs
- 45:16qui n'étaient même pas au courant
- 45:17d'avoir participé à une telle
- 45:18expérience.
- 45:22Le tolé a été énorme à l'époque parce
- 45:24que les utilisateurs de Facebook
- 45:26n'étaient pas au courant qu'ils
- 45:27participaient à une expérience.
- 45:31Depuis le scandale de cette publication
- 45:33qui remonte à 2014, le laboratoire
- 45:36interne de Facebook ne publie plus
- 45:37aucune étude accessible à la communauté
- 45:39scientifique.
- 45:44Là aussi, ça pose problème. Ils disent,
- 45:46"On est une entreprise privée, vous
- 45:48n'avez pas à savoir ce qui se passe chez
- 45:49nous."
- 45:51Moi, je leur réponds que les plateformes
- 45:53sont tellement gigantesques que nous
- 45:55avons le droit en tant que citoyens de
- 45:57comprendre ce qu'il s'y passe.
- 46:01Mais tant que les relations avec eux
- 46:02seront au point mort, je crains que nous
- 46:04ne sachions jamais vraiment de quoi ils
- 46:06retournent.
- 46:08Pour avoir accès à ces données
- 46:10d'utilisateur indispensable à la
- 46:12science, les chercheurs sont ainsi
- 46:13obligés de mettre en place d'autres
- 46:15stratégies.
- 46:17Interview.
- 46:29Algorithme Watch est une organisation de
- 46:31recherche et de défense des droits à but
- 46:33non lucratif qui se consacre aux prises
- 46:35de décision automatisé, ce qu'on appelle
- 46:38algorithme ou intelligence artificielle.
- 46:42Le plus important, c'est avant tout les
- 46:44algorithmes qui définissent les fils
- 46:46d'actualité et déterminent les contenus
- 46:48qui doivent être mis en avant pour que
- 46:50beaucoup d'utilisateurs les voient.
- 46:54Pour comprendre comment ces algorithmes
- 46:56choisissent les contenus qui seront les
- 46:58plus vus, l'organisation Algorithme
- 47:00Watch utilise le don de données.
- 47:04On monte des projets à partir de don de
- 47:06données. Ça signifie qu'on demande à des
- 47:09utilisateurs de nous communiquer leurs
- 47:11données. Pour ça, ils doivent installer
- 47:13un plugin.
- 47:16L'algorithme Watch a ainsi cherché à
- 47:18comprendre comment l'algorithme
- 47:20d'Instagram sélectionne les photos qui
- 47:22apparaissent dans chaque fil
- 47:23d'actualité. Une étude qui s'intitule
- 47:27"Déshabille-toi ou échoue".
- 47:29[Musique]
- 47:31Notre analyse a révélé que les images
- 47:32montrant de la peau nue avaient une
- 47:34probabilité nettement plus élevée
- 47:36d'apparaître dans les fils d'actualité.
- 47:39Pour les hommes, il s'agissait de savoir
- 47:41s'ils apparaissaient torse nu et pour
- 47:43les femmes en bikini ou en
- 47:45sous-vêtement.
- 47:48[Musique]
- 47:55Plus on est dénudé, plus la photo aura
- 47:57de succès.
- 47:59[Musique]
- 48:02Ça pousse évidemment à se soumettre à
- 48:03l'algorithme d'Instagram, c'est-à-dire à
- 48:05se montrer en bikini ou en sous-vêtement
- 48:08pour avoir du succès.
- 48:12Une étude importante qui démontre le
- 48:14rôle de cet algorithme dans les
- 48:15problèmes d'estime de soi. Sauf que
- 48:18cette étude n'a pas du tout plu au
- 48:20groupe MTA.
- 48:24Facebook nous a accusé d'avoir enfreint
- 48:26les règles d'utilisation
- 48:28et nous a menacé de prendre des mesures,
- 48:31si bien qu'on a mis fin au projet sous
- 48:33la pression de Facebook.
- 48:38[Musique]
- 48:43Aujourd'hui, si les grandes entreprises
- 48:45font tout pour éviter de rendre des
- 48:47comptes à l'opinion publique, les
- 48:48utilisateurs eux commencent à prendre
- 48:51conscience de leurs usages.
- 48:54Mais comment s'y prend-on concrètement
- 48:56pour reprendre le contrôle ?
- 49:00[Musique]
- 49:11[Musique]
- 49:24Pour moi, une des stratégies très
- 49:26importantes pour arriver à se
- 49:30déshabituer ou à se désensibiliser,
- 49:32c'est déjà de couper les notifications.
- 49:36Yes. Yes.
- 49:39Parce que les notifications sont les
- 49:41signaux qui nous conditionnent.
- 49:44C'est moi qui décide quand j'y vais et
- 49:45c'est pas l'alerte qui me dit quand je
- 49:48dois y aller.
- 49:50[Musique]
- 49:54Autre conseil, quand vous travaillez ou
- 49:56que vous êtes à l'école par exemple,
- 49:58mettez votre téléphone de côté
- 50:01dans votre sac ou dans une autre pièce,
- 50:04loin des yeux, loin du cœur parce que
- 50:06les recherches montrent que quand on ne
- 50:08voit pas son téléphone, l'attention
- 50:10augmente considérablement.
- 50:12Des petites stratégies comme ça peuvent
- 50:14avoir une influence énorme sur notre
- 50:16santé mentale et notre bien-être.
- 50:19[Musique]
- 50:22On sait en autre que quand on passe son
- 50:24smartphone en noir et blanc,
- 50:27[Musique]
- 50:31c'est-à-dire quand on supprime les
- 50:33couleurs, les réseaux sociaux deviennent
- 50:35moins attirants et on utilise moins son
- 50:37smartphone.
- 50:42Tous nos comportements sont en
- 50:43compétition. On peut pas faire deux
- 50:45choses à la fois. Cola, TikTok. cela
- 50:49TikTok et donc il va falloir choisir un
- 50:52comportement parmi pas une infinité mais
- 50:55un grand nombre de comportement possible
- 50:57à chaque instant.
- 50:59C'est très simple, une journée fait 24
- 51:00heures. Si vous passez plus de temps
- 51:02avec vos copains, vous allez diminuer le
- 51:04temps passé sur les applis.
- 51:09des solutions individuelles
- 51:15qui ne doivent pas masquer le fait que
- 51:16des politiques de santé publique sont
- 51:18peut-être nécessaires.
- 51:21Pourquoi serait-ce nous de changer ?
- 51:23C'est aux entreprises de la tech de le
- 51:25faire et ce serait le meilleur moyen
- 51:27pour refondre le système.
- 51:31Il faut concevoir des plateformes
- 51:32contenant moins d'éléments qui créent la
- 51:34dépendance.
- 51:37C'est indispensable et ce serait un
- 51:38levier nettement plus efficace pour
- 51:40résoudre les problèmes.
- 51:43Il faut réinventer les réseaux sociaux
- 51:45et repartir de zéro en se posant la
- 51:47question de ce que serait un bon réseau
- 51:49social.
- 51:52Réguler l'industrie des réseaux sociaux
- 51:54prendra sans doute des années.
- 51:58[Musique]
- 52:01D'ici là, il s'agit de se réapproprier
- 52:03individuellement cet objet qui n'est pas
- 52:05prêt de disparaître.
- 52:09Il va falloir apprendre à vivre avec.
- 52:11Oui, parce que sans passer, c'est pas
- 52:12possible. Donc faire avec, c'est avoir
- 52:15une consommation maîtrisée, savoir
- 52:18s'arrêter, que le smartphone garde une
- 52:20place d'objet utile
- 52:25parce que c'est d'abord un objet utile.
- 52:27[Applaudissements]
- 52:29Près de 15 ans après l'arrivée du
- 52:31smartphone, nous prenons aujourd'hui
- 52:33conscience des risques et des enjeux
- 52:35liés à ce formidable petit objet noir. À
- 52:37nous maintenant d'éviter les pièges que
- 52:39nous tendent constamment les applis et
- 52:41d'envisager peut-être de reprendre un
- 52:43peu le contrôle de nos vie. J'ai perdu
- 52:47mon téléphone, ça me déprime, ça me
- 52:49chiffonne. J'ai perdu tous mes contacts,
- 52:51je vais devenir paranoïque. Les films de
- 52:54ma fiancée qui jouent nu sur le canapé.
- 52:57J'ai le moral d'une vieille tortue.
- 53:00Où est-il ?
- 53:02[Musique]
- 53:07Où est-il
- 53:09[Musique]
- 53:12?
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This page contains the full transcript of Dopamine, comment les applis piègent notre cerveau by Laurent Plichart, generated from the public captions YouTube serves with the video. The transcript has 6,188 words across 1,204 segments, with the original timestamps preserved so you can click any line to jump to that moment in the embedded player.
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