DES ADOS FACE AUX JUGES : PLONGÉE DANS LA RÉPRESSION DES MANIFS LYCÉENNES — Transcript
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- 0:007950 personnes placées en garde à vue
- 0:02suite au mouvement lycéen, 85 % sont
- 0:05mineurs, c'est sans précédent dans
- 0:07l'histoire des mouvements sociaux
- 0:08récents. Aujourd'hui, je vous emmène au
- 0:11cœur du traitement judiciaire du
- 0:13mouvement lycéen.
- 0:23[musique]
- 0:43Bonjour à toutes et à tous, bienvenue au
- 0:45tribunal judiciaire de Créteil dans le
- 0:47Val-de-Marne sur le territoire des
- 0:49premières mobilisations lycéennes de
- 0:51métropole démarrées le 21 septembre
- 0:53dernier avant que des milliers
- 0:55d'établissements ne rejoignent le
- 0:57mouvement partout sur le territoire.
- 1:04[musique]
- 1:07À la mi-octobre, après que le mouvement
- 1:09lycéen ait été rejoint par les
- 1:10étudiants, notre premier réflexe a été
- 1:13d'aller traîner nos guêtres dans les
- 1:14couloirs des tribunaux judiciaires à la
- 1:16recherche des dossiers de comparution
- 1:18immédiate en lien avec le mouvement en
- 1:20cours. Et on a eu du mal à trouver des
- 1:22affaires. On s'est croisé d'ailleurs
- 1:24avec des confrères ici de Libération, là
- 1:26de Charlie Hebdo. Et toi, tu as quelque
- 1:27? Mais le parquet de Paris m'avait
- 1:29indiqué qu'il y en aurait au moins un
- 1:30aujourd'hui. Mais rien qui ne
- 1:32corresponde n'apparaît dans le rôle que
- 1:34l'on peut consulter à l'entrée de la
- 1:36salle de la 23e chambre. J'entre quand
- 1:38même. La salle est pleine d'étudiants en
- 1:40BTS venus admirer l'œuvre de justice. La
- 1:43comparution immédiate, c'est la justice
- 1:45du pauvre, celle des petites gens
- 1:47arrêtés dans la rue souvent en flagrant
- 1:49délit. C'est la justice expéditive,
- 1:51durée moyenne d'une audience 29 minutes,
- 1:53résultat 8,4 fois plus d'incarcération
- 1:57qu'une audience correctionnelle
- 1:58classique. C'est elle la grande
- 2:00pourvoyeuse de la surpopulation
- 2:02carcérale. Ce jour-là, nous cherchons
- 2:04nos profils étudiants alors qu'un homme
- 2:06est en train d'être jugé pour exhibition
- 2:08sexuelle. Il s'est masturbé devant trois
- 2:10jeunes filles au McDonald's du 19e
- 2:11arrondissement de Paris. À la
- 2:13suspension, nous alpaguons l'huissier
- 2:15d'audience, chargé de l'organisation.
- 2:17Est-ce qu'il n'a pas entendu parler
- 2:19d'une affaire en lien avec les ? Si, un
- 2:22dossier vient de monter, nous dit-il. Il
- 2:24vient d'être inscrit à l'ordre du jour
- 2:26par la section P12 du parquet de Paris,
- 2:28soit la partie qui s'occupe du
- 2:30traitement en temps réel des majeurs. Il
- 2:33y a apparemment quatre personnes, mais
- 2:35il est trop tôt pour connaître les
- 2:36détails, même les avocats ne sont pas
- 2:38encore connus. Cette affaire sera
- 2:39finalement jugée très tardivement et je
- 2:41n'ai pas eu le temps de rester. Je suis
- 2:43donc revenue le lendemain. Et là, en
- 2:45entrant dans la salle, je reconnais un
- 2:46avocat bien connu pour défendre les
- 2:48manifestants. Avant que l'audience ne
- 2:50démarre, je lui demande "Tu es là pour
- 2:52un jeune impliqué dans le mouvement ?"
- 2:54"Bien sûr", me répond-il. "Mais que
- 2:55fais-tu là, ? Tu sais bien que nous
- 2:57avons demandé le renvoi."
- 2:58Et effectivement, le renvoi du procès à
- 3:01une date ultérieure pour préparer sa
- 3:02défense est de droit en comparution
- 3:04immédiate. Le risque est cependant que
- 3:06le mis en cause soit placé en détention
- 3:08provisoire dans l'attente de ce
- 3:09jugement. Et quand on est pauvre, sans
- 3:12ressources ou sans adresse, la justice
- 3:14considère qu'on a pas assez de garanties
- 3:16de représentation. Et en fonction de
- 3:17votre profil, elle peut aussi considérer
- 3:20qu'il y a un risque de réitération. Tout
- 3:22cela peut vous emmener en détention
- 3:23provisoire. Alors, je m'assois quand
- 3:25même pour voir un peu ce qui est dit à
- 3:26propos de ces deux jeunes qui doivent
- 3:28comparaître ce jour. Et c'est après une
- 3:30affaire de violence sur des prostituées
- 3:31et un vol de casque de moto qu'apparaît
- 3:33dans le box un étudiant en art, 24 ans,
- 3:36casier vierge, inconnu des services de
- 3:38police, très inséré, accusé d'avoir
- 3:40lancé un projectile sur la police aux
- 3:43abords de son école d'art, de rébellion
- 3:45et de refus de donner son code de
- 3:47téléphone. Un autre jeune homme de tout
- 3:49juste 18 ans, bac en poche, très inséré,
- 3:52est accusé d'avoir jeté un projectile
- 3:54sur la police, mais ailleurs dans Paris.
- 3:56Il clame son innocence, il était là en
- 3:58tant que médecin, dit-il. Il demande
- 4:00aussi le renvoi de son affaire pour
- 4:02préparer sa défense.
- 4:04Compte tenu du profil des deux jeunes,
- 4:06le procureur ne plaidera pas la
- 4:07détention provisoire. Mais il demande
- 4:10systématiquement un contrôle judiciaire
- 4:12avec interdiction de manifester.
- 4:15Il reprend dans son discours l'élément
- 4:17de langage du gouvernement décrivant le
- 4:19mouvement lycéen comme je cite "des
- 4:21violences urbaines". C'est intéressant
- 4:24car les magistrats ont une tendance à
- 4:26honnir le moindre signe de débat
- 4:28politique en audience.
- 4:30"La politique s'arrête aux portes de
- 4:31l'audience", disent-ils volontiers. Pour
- 4:33autant, dans son récit, le parquet de
- 4:35Paris reprend à son compte un élément de
- 4:37langage du ministère de l'Intérieur. On
- 4:39ne nous parle pas de mouvement social
- 4:41[musique]
- 4:41ou de mouvement lycéen, mais uniquement
- 4:43de violences urbaines.
- 4:46Que les magistrats le veuillent ou non,
- 4:48dans ce cas, la justice et ses
- 4:50mécanismes sont éminemment politiques.
- 4:52En défense, l'avocat rappelle qu'en
- 4:54droit, le principe c'est la liberté, la
- 4:56restriction doit être l'exception. Il
- 4:58fustige le choix, là encore très
- 5:00politique, du parquet d'orienter ses
- 5:02dossiers vers la comparution immédiate
- 5:04alors que les violences policières par
- 5:06exemple ne le sont jamais.
- 5:08L'objectif, c'est le prolongement de la
- 5:10privation de liberté des lycéens visant
- 5:13notamment l'interdiction de manifester.
- 5:15Mais l'avocat ne pourra pas attendre la
- 5:17décision des magistrats qui finiront de
- 5:19toute manière par appliquer un contrôle
- 5:21judiciaire mais sans la fameuse
- 5:22interdiction de manifester. Il doit
- 5:24partir dans un département voisin pour
- 5:26assister un jeune homme arrêté dans son
- 5:28lycée avec l'aval du proviseur suscitant
- 5:32une levée de boucliers du monde
- 5:33enseignant.
- 5:35"Nous aurions bien aimé aller avec lui,
- 5:36mais nous ne pouvons pas le suivre car
- 5:38comme 85 % des mises en cause dans ce
- 5:40mouvement, son client est mineur. Sur
- 5:43les 7950 personnes placées en garde à
- 5:46vue avant la journée du 17 octobre, 6773
- 5:50ont moins de 18 ans. Et pour eux, la
- 5:52chaîne judiciaire qui s'applique est non
- 5:54seulement spécifique, mais elle se
- 5:56déroule à huis clos.
- 6:00C'est censé protéger les jeunes, mais
- 6:01dans ce cas-là, cela jette un voile sur
- 6:03la réalité du traitement réservé aux
- 6:05lycéens.
- 6:06Alors, pour avoir un regard sur ces
- 6:07mécaniques, nous avons contacté un très
- 6:09grand nombre de témoins sur plusieurs
- 6:12juridictions : avocats, éducateurs,
- 6:15magistrats, jeunes, parents, afin qu'ils
- 6:17nous décrivent ce qu'ils ont vu et ce
- 6:20qu'ils ont vécu.
- 6:24Tout d'abord, il faut comprendre la
- 6:26spécificité de la justice des mineurs.
- 6:28Elle est guidée par plusieurs principes.
- 6:30Le 1er, c'est la primauté de l'éducatif
- 6:32sur le répressif. C'est pour ça que la
- 6:34procédure de jugement des mineurs
- 6:36comporte d'abord une audience dite
- 6:38d'examen de la culpabilité, puis, si le
- 6:41jeune est déclaré coupable, il y a une
- 6:43période de mise à l'épreuve éducative de
- 6:446 à 9 mois, pendant laquelle
- 6:46interviennent des éducateurs de la
- 6:47protection judiciaire de la jeunesse, la
- 6:49PJJ, et enfin, une audience dite de
- 6:52sanction. Un autre principe fondamental,
- 6:55c'est l'atténuation de la responsabilité
- 6:57pénale des mineurs en fonction de leur
- 6:59âge.
- 7:00Les moins de 13 ans ne sont pas traités
- 7:02comme les 13 à 16 ans ou comme les 16 à
- 7:0418 ans. Chaque tranche d'âge bénéficie
- 7:07de protections spécifiques.
- 7:09Plus vous grandissez et plus votre
- 7:10traitement judiciaire se rapproche de
- 7:12ceux des majeurs.
- 7:13D'ailleurs, la Macronie a tenté à
- 7:15plusieurs reprises de rapprocher au
- 7:16maximum le traitement des mineurs de
- 7:18celui des majeurs. La loi 2024, dite loi
- 7:21Attal, a voulu par exemple créer une
- 7:23comparution immédiate pour les mineurs.
- 7:25Censurée par le Conseil constitutionnel,
- 7:27comme une grande partie de ce texte,
- 7:29pour non-respect des grands principes
- 7:31appliqués aux mineurs.
- 7:33Aujourd'hui, parmi les protections des
- 7:34mineurs, il y a notamment le temps de
- 7:37privation de liberté qui est limitée,
- 7:39l'obligation de présence d'un avocat ou
- 7:40encore l'avis aux parents.
- 7:43Or de nombreux témoins me racontent des
- 7:44mamans en errance dans les tribunaux à
- 7:46la recherche de leurs enfants dont elles
- 7:48n'ont eu aucune nouvelle des
- 7:50institutions. On me rapporte aussi des
- 7:52autorisations données aux policiers par
- 7:54les procureurs d'auditionner des mineurs
- 7:56de 14 ans sans la présence d'un avocat
- 7:58pourtant obligatoire. Des prolongations
- 8:00de garde à vue ou des déferrements
- 8:01devant un juge sans prévenir les parents
- 8:04portant le temps de privation de liberté
- 8:06à 3 jours pleins.
- 8:07"C'est du jamais vu en matière de
- 8:09mineurs" s'affole une avocate
- 8:11spécialisée.
- 8:12On reconnaît du côté des magistrats que
- 8:15l'affluence soudaine de l'arrivée de
- 8:16mineurs a déstabilisé les juridictions
- 8:19spécialisées. Rien n'est adapté à une
- 8:21telle massification des gardes à vue et
- 8:23des déferrements.
- 8:24Mais alors que s'est-il ?
- 8:27La procureure de Paris est venue sur les
- 8:29plateaux télé nous expliquer que dès
- 8:30qu'il y a une infraction pénale, le
- 8:32déferrement est systématique.
- 8:34Qui dit infraction pénale dit placement
- 8:35en garde à vue, dit encore une fois je
- 8:37le répète déferrement. C'est la
- 8:39politique pénale du parquet de Paris.
- 8:40Alors je dois dire que l'aspect
- 8:42systématique en justice, c'est toujours
- 8:44très problématique car une décision
- 8:46judiciaire, c'est censé se prendre en
- 8:48fonction d'un individu, d'un contexte et
- 8:50d'un type d'infraction. Ce n'est pas
- 8:52censé être il y a éventuellement une
- 8:54infraction boum on déferre surtout en
- 8:56matière de mineurs.
- 8:57D'après les témoins, les deux grandes
- 8:59infractions principalement évoquées sont
- 9:01des violences volontaires sur personne
- 9:02dépositaire de l'autorité publique mais
- 9:04aussi l'attroupement.
- 9:06Et cette dernière infraction fourre-tout
- 9:08est particulièrement intéressante à
- 9:10analyser. C'est le point droit.
- 9:13[musique]
- 9:18L'attroupement est régi par une série
- 9:20d'articles du code pénal dont le premier
- 9:22définit ce qu'est l'attroupement. Selon
- 9:25l'article 431-3 du code pénal, constitue
- 9:28un attroupement tout rassemblement de
- 9:30personnes sur la voie publique ou dans
- 9:32un lieu public susceptible de troubler
- 9:35l'ordre public. Et bien entre
- 9:36manifestation et attroupement, la ligne
- 9:39est fine. Tout dépend donc de ce que
- 9:40l'on met dans l'ordre public, qui n'a
- 9:42pas de définition légale propre, mais
- 9:44une définition jurisprudentielle. Ça
- 9:46veut dire qu'elle est définie par le
- 9:48contour des décisions qui la concernent.
- 9:50D'après le Conseil constitutionnel, elle
- 9:52se résume aujourd'hui par, je cite, "le
- 9:55bon ordre, la sécurité, la salubrité et
- 9:58la tranquillité publique." Autant dire
- 10:00qu'une manifestation, de fait, trouble
- 10:03cet ordre public.
- 10:04Pourtant, manifester est un droit
- 10:06fondamental protégé. La Cour de
- 10:09cassation le définit comme, "tout
- 10:11rassemblement statique ou mobile sur la
- 10:13voie publique d'un groupe organisé de
- 10:15personnes aux fins d'exprimer
- 10:17collectivement et publiquement une
- 10:19opinion ou une volonté commune." Selon
- 10:22la Cour européenne des droits de
- 10:23l'homme, je cite, "une personne ne cesse
- 10:26pas de jouir du droit à la liberté de
- 10:28réunion pacifique en raison d'actes de
- 10:30violence sporadiques ou d'autres actes
- 10:32répréhensibles commis par d'autres
- 10:34personnes au cours de la manifestation,
- 10:36dès lors que les intentions ou le
- 10:38comportement de l'individu en question
- 10:39demeure pacifique."
- 10:41En d'autres termes, c'est pas parce
- 10:43qu'il y a des personnes à côté de vous
- 10:44qui cassent ou agressent les forces de
- 10:45l'ordre que votre droit à manifester, à
- 10:47vous, cesse.
- 10:51Mais la doctrine du maintien de l'ordre
- 10:53et ses conséquences semblent nous
- 10:55emmener dans un autre sens.
- 10:57Depuis l'affaire Malik Oussekine, ce
- 10:59jeune homme mort sous les coups de la
- 11:00police en 1986, le maintien de l'ordre à
- 11:03la française était régi par des limites
- 11:05assez claires. La mise à distance entre
- 11:07la police et la foule, ainsi qu'une
- 11:09gestion dite patrimoniale des mouvements
- 11:11sociaux, soit l'acceptation d'un certain
- 11:14nombre d'atteintes aux biens, donc de
- 11:15troubles à l'ordre public, afin de
- 11:17limiter les contacts directs et donc les
- 11:20risques d'atteintes aux personnes
- 11:22graves, voire mortelles, qui pourraient
- 11:24en être découlé. Cette doctrine évolue
- 11:26rapidement, notamment depuis François
- 11:28Hollande et la répression du mouvement
- 11:29contre la loi travail en 2016.
- 11:31Désormais, on envoie sur le terrain des
- 11:33policiers non formés au maintien de
- 11:34l'ordre comme les BAC ou les compagnies
- 11:36d'intervention dans l'objectif de faire
- 11:38des arrestations massives sous couvert
- 11:41d'accusation notamment d'attroupement
- 11:43mais pas que et donc de judiciariser les
- 11:45mouvements sociaux.
- 11:47La loi de 2019 visant à renforcer le
- 11:49maintien de l'ordre déposée par la
- 11:51droite radicale dont monsieur Retailleau
- 11:53a ouvert d'autres infractions
- 11:55utilisables comme l'article 431-9-1
- 11:58du code pénal est puni d'un an
- 12:00d'emprisonnement et de 15000 euros
- 12:02d'amende le fait pour une personne aux
- 12:04abords immédiats d'une manifestation au
- 12:06cours de laquelle des troubles à l'ordre
- 12:08public sont commis ou risquent d'être
- 12:09commis de dissimuler volontairement tout
- 12:12ou une partie de son visage sans motif
- 12:14légitime.
- 12:15Ce qui donne la possibilité aux
- 12:16policiers d'arrêter toute personne qui
- 12:18se couvre le visage aux abords d'une
- 12:20manif. Charge à vous d'expliquer ensuite
- 12:22devant le juge que vous étiez juste
- 12:24submergé par les gaz lacrymogènes
- 12:26balancés massivement et cetera et
- 12:28cetera. Toute manière, le mal sera déjà
- 12:30fait. Vous aurez été extrait du cortège,
- 12:32vous aurez vécu une garde à vue
- 12:34éprouvante et le politique pourra
- 12:35utiliser les chiffres de votre
- 12:37arrestation pour sa communication.
- 12:40Cette mécanique globale s'accompagne
- 12:41aussi d'une vision beaucoup plus dure de
- 12:43l'atteinte aux biens. Gérald Darmanin,
- 12:45quand il était ministre de l'Intérieur,
- 12:46a clamé en 2023 sous serment devant
- 12:49l'Assemblée nationale, je cite "Je veux
- 12:52rappeler que les biens sont aussi
- 12:53importants que les personnes."
- 12:56Juridiquement, c'est faux.
- 12:57La loi considère quand même encore que
- 12:59l'intégrité physique d'une personne est
- 13:01plus importante que le patrimoine.
- 13:03Mais ce même jour, Gérald Darmanin va
- 13:05donner aussi sa définition de
- 13:06l'attroupement.
- 13:07Pour lui, c'est la participation, je
- 13:10cite, à une manifestation non autorisée.
- 13:13Problème, il n'y a pas d'autorisation de
- 13:15manifester en France. Il y a une
- 13:16déclaration de manifestation préalable
- 13:19qui doit être faite et le cas échéant,
- 13:21la préfecture peut décider de
- 13:22l'interdire. Mais on ne demande pas
- 13:24l'autorisation à la de manifester.
- 13:29Participer à une manifestation non
- 13:31déclarée comme l'ont fait de nombreux
- 13:32lycéens devant leurs établissements
- 13:34n'est pas un délit en soi.
- 13:36Contrairement là encore à ce
- 13:37qu'affirmait Gérald Darmanin en 2023 qui
- 13:40disait "Être présent à une manifestation
- 13:42non déclarée est un délit qui mérite une
- 13:43interpellation." C'est faux.
- 13:46Et ce flou sur lequel Gérald Darmanin
- 13:48joue pour aller vers un affaissement du
- 13:50droit de manifester prend une dimension
- 13:52particulière depuis qu'il est arrivé au
- 13:54ministère de la Justice en 2024.
- 13:57Dans l'histoire de la 5e République, il
- 13:59n'y a eu que deux ministres de
- 14:00l'Intérieur qui sont devenus ministres
- 14:02de la Justice.
- 14:03Michèle Alliot-Marie sous la présidence
- 14:05Sarkozy qui défendait la suppression du
- 14:07juge d'instruction pour donner tous les
- 14:09pouvoirs d'enquête au parquet et Gérald
- 14:11Darmanin.
- 14:12Et ça dit beaucoup de choses sur ce
- 14:14qu'on est en train de vivre aujourd'hui.
- 14:15Pendant ces 4 ans à l'Intérieur, Gérald
- 14:17Darmanin a, souvenez-vous, manifesté
- 14:19devant l'Assemblée nationale pour clamer
- 14:21aux côtés des syndicats de police les
- 14:22plus radicaux que le problème de la
- 14:24police c'était la Justice. Sous-entendu
- 14:26même que ça serait quand même aussi un
- 14:28peu l'État de droit.
- 14:30Ça interroge sur la volonté d'une
- 14:32vassalisation du ministère de la Justice
- 14:34aux logiques de l'Intérieur.
- 14:36Là où historiquement ces deux ministères
- 14:38s'équilibraient, l'Intérieur est censé
- 14:40veiller à l'application du droit de tout
- 14:42un chacun sous le contrôle de l'autorité
- 14:44judiciaire gardienne des libertés
- 14:46individuelles.
- 14:47Alors cette autorité judiciaire est-elle
- 14:49désormais mise à la disposition de la
- 14:51logique répressive de ?
- 14:53Y a-t-il sous nos yeux une inversion des
- 14:55? Là où l'autorité judiciaire devait
- 14:58contrôler, est-elle employée [musique]
- 14:59désormais à légaliser, en quelque sorte
- 15:02à blanchir a posteriori l'action de
- 15:04l'Intérieur quelle qu'elle ?
- 15:07La magistrature, vous savez, est divisée
- 15:09en deux grands corps. Les juges du
- 15:10siège, ceux qui jugent et qui sont
- 15:12totalement indépendants, et les juges du
- 15:14parquet, les procureurs, ceux qui
- 15:16poursuivent, ceux qui accusent.
- 15:19Ces derniers ont une position un peu
- 15:20complexe. En tant que membres de
- 15:22l'autorité judiciaire, ils sont censés
- 15:24être les garants des libertés
- 15:25fondamentales comme leurs collègues du
- 15:27siège, mais contrairement à eux, ils
- 15:29sont aussi dans l'obligation légale
- 15:30d'appliquer la politique pénale décidée
- 15:32par le ministère et donc par le
- 15:34politique. Et en plus, leur nomination
- 15:37dépend d'entièrement du ministre.
- 15:40Si en France, le Conseil constitutionnel
- 15:41considère les procureurs comme membres
- 15:43de l'autorité judiciaire, le Conseil
- 15:45européen des droits de l'homme non. Pour
- 15:46lui, le procureur n'est pas un juge
- 15:48impartial ni indépendant au regard de sa
- 15:50subordination hiérarchique et de ses
- 15:52liens avec le pouvoir politique.
- 15:54Et effectivement, leur rôle de préserver
- 15:56les libertés fondamentales semble
- 15:58parfois fondre sous la pression
- 16:00politique répressive.
- 16:02Début octobre, Gérald Darmanin a envoyé
- 16:04aux procureurs une circulaire les
- 16:05invitant à la fermeté et les
- 16:07encourageant à prendre très rapidement
- 16:08des mesures restrictives contre les
- 16:10mineurs mis en cause dans le mouvement
- 16:12lycéen pour, je cite, "prévenir tout
- 16:14risque de réitération."
- 16:16C'est alors qu'on a vu fleurir des
- 16:18déferrements annoncés par la procureure
- 16:20de Paris comme étant systématique. "Cela
- 16:22questionne, car les parquets avaient
- 16:24d'autres choix de procédure." nous
- 16:26dit-on à la permanence mineur du barreau
- 16:28de Paris. "Le déferrement est une mesure
- 16:29de contrainte qui doit être légitime et
- 16:32proportionnée, surtout en matière de
- 16:34mineurs." rappelle un autre avocat.
- 16:36"Même les policiers hallucinent de la
- 16:38politique du déferrement. Eux, nous
- 16:40annoncent que les jeunes vont sortir
- 16:41alors qu'en fait, le parquet déferre.
- 16:43C'est inédit. Nous n'en avons jamais vu
- 16:45autant." s'alarment plusieurs juges pour
- 16:47enfants.
- 16:48Pour un autre avocat pénaliste, "on
- 16:51assiste là à une radicalisation du
- 16:52parquet."
- 16:53D'autant que les procédures apparaissent
- 16:55particulièrement bancales. Ici, un
- 16:57dossier sans procès-verbal
- 16:58d'interpellation, juste une mise à
- 17:00disposition par la police municipale.
- 17:02Aucun élément de contexte, aucune
- 17:04description de l'infraction reprochée.
- 17:05Là, le policier qui accuse le jeune
- 17:08n'est pas celui qui signe le
- 17:09procès-verbal, qui n'est pas celui qui
- 17:10témoigne, qui n'est pas celui qui accuse
- 17:12le jeune.
- 17:13Dans une procédure, on s'est même rendu
- 17:15compte que le gamin arrêté même pas
- 17:17celui décrit dans les procès-verbaux,
- 17:19s'étouffe une avocate en région.
- 17:21Mais comment est-ce ? Une magistrate
- 17:23nous explique.
- 17:25Les parquets défèrent après un simple
- 17:26échange téléphonique avec la police et
- 17:28ne réalisent pas toujours la minceur du
- 17:30dossier. Elle ne le réalise qu'une fois
- 17:32que le mineur lui est présenté.
- 17:34Pour un avocat, c'est très clair, le but
- 17:36de ces déferrements est de légaliser des
- 17:38gardes à vue arbitraires.
- 17:41Et c'est vrai que les chiffres
- 17:42questionnent.
- 17:43Sur les 7950 gardes à vue, moins de 35 %
- 17:47ont abouti à des poursuites. 1263 ont
- 17:50été classées sans suite. 2225 personnes
- 17:52se sont vues proposer des alternatives
- 17:55aux poursuites.
- 17:56Et celles-ci sont intéressantes car non
- 17:58dénuées d'une certaine perversité.
- 18:01Deux alternatives aux poursuites sont
- 18:02possibles. L'avertissement pénal
- 18:04probatoire, aussi appelé classement sous
- 18:05condition. C'est le remplacement du
- 18:07rappel à la loi. C'est une décision
- 18:09unilatérale du procureur qui impose soit
- 18:11une amende ou un stage de citoyenneté,
- 18:13par exemple, à un jeune et ne donne
- 18:15droit à aucun recours possible.
- 18:18En échange, les poursuites s'arrêtent.
- 18:20Aucune mention au casier. Déferrer des
- 18:22gamins juste pour les envoyer devant un
- 18:24délégué du procureur sans la présence de
- 18:26leur avocat et leur imposer un
- 18:27classement sous condition sans aucun
- 18:29recours possible, c'est une honte, lance
- 18:32un des avocats interrogés.
- 18:34La deuxième alternative, ça s'appelle
- 18:35une composition pénale. C'est une sorte
- 18:37de plaider coupable, donc c'est inscrit
- 18:39au casier judiciaire et vous devez
- 18:41recevoir l'aval d'un juge du siège.
- 18:43Alors comme l'APP, c'est appliqué par un
- 18:45délégué du procureur qui n'est pas
- 18:46magistrat, qui n'a donc aucune marge de
- 18:48manœuvre et qui applique ce qu'on lui
- 18:50demande. [musique] La composition
- 18:51pénale, elle impose aussi des
- 18:52obligations, là encore, proposées à un
- 18:55enfant et ses parents sous peine de
- 18:56poursuites. Du côté des 35 % des
- 18:58poursuites, le parquet demande
- 19:00systématiquement des contrôles
- 19:01judiciaires avec soit des couvre-feux,
- 19:03des interdictions de manifester et des
- 19:05mesures éducatives de réparation comme
- 19:07des stages de citoyenneté avant même
- 19:09l'audience de culpabilité conformément à
- 19:12la circulaire du ministre, cette
- 19:13circulaire, c'est de l'esbroufe, nous
- 19:15dit-on du côté de la PJJ. On n'a pas les
- 19:17moyens de mettre en œuvre tous ces
- 19:19suivis dans les temps demandés. Ils
- 19:21veulent juste faire du chiffre.
- 19:23C'est exactement comme les gamins
- 19:24déférés à la suite de l'affaire Nahel.
- 19:26C'est des primo-délinquants inconnus des
- 19:28services de police. La question très
- 19:31importante qui va falloir se poser c'est
- 19:33combien à la fin seront vraiment ?
- 19:37Et effectivement, comme un certain
- 19:39nombre de procédures sont fragiles,
- 19:40elles risquent la nullité. Mais en plus,
- 19:43les juges du siège semblent ne pas
- 19:45suivre la dynamique du parquet.
- 19:48Même ceux réputés les plus durs, que les
- 19:50avocats surnomment les incarcérateurs,
- 19:52s'opposent aux demandes de contrôle
- 19:54judiciaire avec des restrictions comme
- 19:56les couvre-feux ou les interdictions de
- 19:57manifester.
- 19:58Principalement parce que les mineurs
- 20:00présentés sont inconnus des services de
- 20:01police. Chacun est dans son rôle, nous
- 20:04indique une magistrate.
- 20:05Les juges du parquet appliquent une
- 20:07politique pénale et les juges du siège
- 20:10décident de manière indépendante. Ils ne
- 20:12reçoivent aucune instruction
- 20:13ministérielle, mais en plus, ils sont
- 20:15inamovibles, c'est-à-dire qu'ils ne
- 20:17peuvent pas être mutés sans leur aval.
- 20:19Résultat, ils retoquent massivement. Les
- 20:22juges du siège apparaissent être un peu
- 20:23comme le dernier rempart. Et il se
- 20:26trouve que ça rassure un certain nombre
- 20:27de parquetiers un peu gênés aux
- 20:29entournures.
- 20:30Bon, on sait que ça ne passera jamais,
- 20:32mais nous, on obéit aux ordres,
- 20:34entend-on en substance dans les couloirs
- 20:36feutrés des tribunaux.
- 20:38Par ailleurs, magistrats et éducateurs
- 20:40ont constaté de gros problèmes pendant
- 20:42les gardes à vue et pendant les
- 20:43déferrements. Traces de blessures,
- 20:46insultes, humiliations, mauvaise prise
- 20:48en charge. Nous avons discuté avec un
- 20:50lycéen de 16 ans, diabétique,
- 20:52insulino-dépendant, c'est-à-dire qu'il
- 20:54doit se faire une injection d'insuline
- 20:55plusieurs fois par jour et prendre ses
- 20:57repas de manière très régulière.
- 20:59Et lui, il a fait un coma diabétique
- 21:01pendant sa garde à vue suite au manque
- 21:02de prise en charge par les policiers,
- 21:04alors même que sa condition était
- 21:06connue. Je tapais sur la vitre en disant
- 21:08que je ne me sentais pas bien, que je
- 21:10devais manger. J'étais dans les geôles
- 21:12mineures, juste à côté des policiers et
- 21:14de leur salle de pause. Ils m'ont
- 21:15volontairement ignoré. Ça a duré
- 21:18plusieurs heures et puis j'ai perdu
- 21:19connaissance, nous a-t-il raconté. Il se
- 21:22réveillera aux urgences.
- 21:24Face à ce constat, éducateurs,
- 21:25magistrats du siège, mais aussi certains
- 21:27parquetiers ont déclenché ce qu'on
- 21:30appelle des articles 40 du code de
- 21:32procédure pénale, soit l'obligation pour
- 21:34tout fonctionnaire de prévenir le
- 21:35procureur de la commission d'un crime ou
- 21:37d'un délit, dès lors qu'il en est
- 21:39informé.
- 21:40Alors c'est quand même assez étonnant du
- 21:41côté du parquet, parce que du coup, ils
- 21:44s'auto-préviennent de violences
- 21:45policières sur leur juridiction de la
- 21:48part de policiers à qui ils ont
- 21:50eux-mêmes donné autorisation d'actes de
- 21:52procédure.
- 21:54Ça en dit long sur l'immense difficulté
- 21:56qu'ont les parquets aujourd'hui à
- 21:58encadrer et à réguler l'action
- 22:00policière. Plusieurs tendances semblent
- 22:02donc se dégager chez les magistrats du
- 22:04parquet. Ceux qui obéissent aux ordres
- 22:06en remettant la responsabilité sur les
- 22:08juges du siège, ceux qui essaient de
- 22:10limiter la casse et s'auto-infligent des
- 22:12articles 40 et puis il y a les
- 22:13convaincus, les zélés.
- 22:16On pense notamment au procureur de
- 22:17Nanterre qui a participé à la
- 22:19convocation par le préfet très radical
- 22:21des Hauts-de-Seine et qui assume par
- 22:22ailleurs de ne pas respecter le droit
- 22:24des étrangers, mais bon, lui il sera
- 22:25jamais inquiété pour ça.
- 22:26Ce préfet a convoqué des parents de
- 22:28jeunes placés en garde à vue pour les
- 22:30informer, nous dit-on, de leur
- 22:31responsabilité parentale. Et le
- 22:33procureur de Nanterre a assisté et
- 22:35soutenu cette convocation. Ça
- 22:37questionne, d'une part, sur le principe
- 22:38de séparation des pouvoirs entre
- 22:40judiciaire et exécutif, mais aussi sur
- 22:42la violation du principe de présomption
- 22:44d'innocence
- 22:45et en plus sur le secret de l'enquête.
- 22:47Visiblement, le préfet, lui, il a le
- 22:49droit à avoir accès au fichier des
- 22:50données personnelles des mineurs. Dans
- 22:52d'autres juridictions, on a aussi des
- 22:54substituts qui requièrent des
- 22:55infractions particulièrement exagérées,
- 22:58comme pour ces deux jeunes qui ont
- 22:59montré fait fesses aux policiers et qui
- 23:01se sont vu être poursuivis pour
- 23:03exhibition sexuelle.
- 23:05Alors clairement, ça risque de pas
- 23:06vraiment tenir devant un juge de siège
- 23:08car pour qu'il y ait exhibition
- 23:09sexuelle, il faut qu'il y ait une
- 23:11intention sexuelle. Quand j'ai entendu
- 23:13ça, j'ai pas pu m'empêcher de penser à
- 23:15Jacques Brel qui chantait "Et tous les
- 23:17soirs de chez la Montalant, de jeunes
- 23:20peigne-cul nous montrent leurs derrières
- 23:22en nous chantant "Les bourgeois, c'est
- 23:25comme les cochons et plus ça devient
- 23:26[musique] vieux et plus ça devient un
- 23:28bel édifice", dit-il monsieur le
- 23:30commissaire. "Les bourgeois, après ça
- 23:32devient vieux et plus ça devient
- 23:34Est-ce que ça ne sonne pas plutôt comme
- 23:36une irrévérence, à la limite un ? Depuis
- 23:39quand notre pays est-il devenu si
- 23:42intransigeant face à ce genre
- 23:44d'impertinence qui constitue quand même
- 23:46une certaine part de la culture ? Alors,
- 23:49quel est le résultat de cette politique
- 23:51?
- 23:53Laissez-moi vous donner un extrait de
- 23:55procès-verbal d'audition d'un jeune en
- 23:57garde à vue.
- 23:58Question du policier
- 24:00Que vous en pensent vos parents de cette
- 24:01garde à ?
- 24:02Réponse "Ils ne seraient pas fiers, ils
- 24:04m'en voudraient beaucoup."
- 24:06Que va penser l'armée de cette garde à ?
- 24:08Je ne sais pas encore, j'espère que les
- 24:10portes ne se fermeront pas toutes.
- 24:12Que pouvez-vous dire sur les
- 24:13circonstances de votre ?
- 24:16J'ai été interpellé car je faisais
- 24:17partie des personnes qui manifestaient.
- 24:20Il y a eu une charge de la police et je
- 24:21me suis mise à courir et j'ai été
- 24:23plaquée au sol et interpellée
- 24:25directement.
- 24:27Quelle était la raison de votre présence
- 24:28dans cet ? Attroupement.
- 24:31Car j'étais là en tant que secouriste.
- 24:33De ce que je vois sur les réseaux
- 24:34sociaux et dans les médias, il y a de
- 24:36plus en plus de blessés, il fallait des
- 24:38personnes pour s'en occuper.
- 24:40Quel a été votre comportement dans cet ?
- 24:42Globalement calme, je regardais autour
- 24:44de moi ce qui se passait et puis on a
- 24:46été chargé, donc j'ai couru comme tout
- 24:48le monde.
- 24:50Vous avez jeté des projectiles sur les
- 24:51forces de l'ordre. De quelle nature
- 24:52étaient les ?
- 24:54Je n'ai pas jeté de de sur la police.
- 24:57Quel comportement avez-vous eu lors de
- 24:58votre ?
- 25:00J'ai été coopérative du début à la fin.
- 25:03Quel comportement auriez-vous dû adopter
- 25:06afin de [musique] ne pas vous retrouver
- 25:07en garde à ?
- 25:09J'aurais dû rester chez moi au lieu de
- 25:11repartir à la manifestation. [musique]
- 25:13Alors si le message que voulait faire
- 25:15passer le ministère de la justice aux
- 25:17jeunes de ce pays était celui de ne plus
- 25:19aller en manifestation, il est
- 25:21parfaitement bien passé. Bravo.
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