Ce que la Croissance ne nous dit pas — Transcript
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- 4:12bastante
- 0:00Nous avons aujourd'hui un défi
- 0:01c'est d'aller beaucoup plus vite et de revoir
- 0:04notre modèle de croissance
- 0:05parce que s'il n'y a pas de croissance
- 0:07que ça vaut pour la Grèce
- 0:08ça vaut pour toute l'Europe
- 0:09s'il n'y a pas de croissance
- 0:10nous ne réduirons pas suffisamment nos déficits
- 0:13la question c'est de focaliser sur la croissance
- 0:16et la création de richesse
- 0:18parce que si vous ne donnez pas la peine de créer
- 0:20qu'est-ce que vous aurez à partager ?
- 0:21Nous sommes sur un rythme de croissance de 1% par an
- 0:24et nous pouvons à l'évidence faire plus
- 0:26aller de l'avant, aller plus fort, aller plus loin
- 0:28on a fait plus 0,1% de croissance du PIB
- 0:31La croissance française
- 0:32plus
- 0:321,2%
- 0:34bon de la croissance
- 0:35la croissance de
- 0:35la croissance
- 0:36croissance
- 0:37croissance
- 0:37croissance
- 0:38croissance
- 0:38croissance
- 0:39croissance
- 0:40croissance bah....
- 0:44si vous avez déjà allumé la télé
- 0:46écoutez la radio
- 0:47ou simplement survécu à 1 repas
- 0:48où l'économie
- 0:48s'est invitée entre les
- 0:49pâtes et le dessert
- 0:50vous l'avez forcément entendu
- 0:51la croissance ralenti ! il faut relancer la croissance !
- 0:54on entend ce mot partout dans les débats
- 0:56souvent utilisé comme un indicateur économique fiable
- 0:58il montrerait la prospérité ou non d'un pays
- 1:00à en écouter certains
- 1:01la croissance serait le baromètre de la réussite
- 1:03du progrès, voire même du bien-être national
- 1:07mais au fond c'est quoi exactement la croissance ?
- 1:09pourquoi est-ce qu'on court après ?
- 1:10et surtout, est-ce qu'on vit vraiment mieux
- 1:12parce qu'il y a plus de croissance ?
- 1:13est-ce que ce mot a des super pouvoirs ? Genre...
- 1:15PIB plus 3% et tout le monde devient plus heureux
- 1:17en meilleure santé et les trains arrivent à l'heure
- 1:19spoiler alerte: évidemment non
- 1:21parce que la croissance
- 1:22n'est pas seulement un indicateur
- 1:23je vous propose
- 1:24dans cette vidéo de décortiquer ce mot si commun
- 1:26qui en dit tant sur l'état de nos sociétés
- 1:28on va donc explorer l'illusion qu'elle crée
- 1:30pour imaginer ensuite
- 1:31ce qu'elle pourrait devenir
- 1:32si on arrêtait d'avancer les yeux fermés
- 1:34petit retour en arrière
- 1:36en 1931, en pleine Grande Dépression
- 1:37le Congrès américain demande à un économiste
- 1:40Simon kusnets
- 1:41de trouver un moyen de mesurer l'état de l'économie
- 1:43c'est comme ça que naît le PIB
- 1:45le produit intérieur brut
- 1:46ou en tout cas sa 1ère version
- 1:48plus tard des économistes comme John maynard keynes
- 1:50vont l'améliorer
- 1:51jusqu'à en faire un outil central
- 1:52pour évaluer la performance des pays
- 1:54vers la fin de la
- 1:55Seconde Guerre mondiale, à la conférence de Bretton Woods
- 1:57ce grand rendez-vous où les puissances alliées
- 1:59redessinent les règles de l'économie mondiale
- 2:01et créent le FMI
- 2:03et la banque mondiale
- 2:04le PIB par habitant devient carrément
- 2:05l'indicateur de référence
- 2:07pour mesurer le développement des pays
- 2:09alors c'est quoi le PIB ?
- 2:11en gros c'est la somme de toutes les richesses
- 2:13produites dans un pays en une année
- 2:15qu'il s'agisse de bien ou de service
- 2:16dans le calcul on inclut
- 2:17par exemple les voitures
- 2:18fabriquées à l'usine
- 2:19les coupes de cheveux chez le coiffeur
- 2:20les consultations médicales
- 2:21ou une pizza livrée à domicile
- 2:23bref
- 2:24tout ce qui a un prix et qui fait tourner l'économie
- 2:26c'est un gros chiffre qui permet de dire
- 2:28voilà cette année le pays a produit autant
- 2:30aujourd'hui l'augmentation du PIB
- 2:31autrement dit la croissance est devenue l'indicateur
- 2:33principal de la bonne santé économique d'un pays
- 2:36or comme on va le voir
- 2:37cet indicateur pose de nombreux problèmes
- 2:39d'abord parce que la croissance peut augmenter
- 2:40sans qu'aucun bien ou service supplémentaire
- 2:42ne soit réellement produit
- 2:44un exemple classique
- 2:45si dans un pays
- 2:46les honoraires des avocats ou des médecins augmentent
- 2:48cela fait mécaniquement grimper son PIB
- 2:50pourtant
- 2:50il ne s'agit pas forcément d'un nouveau service
- 2:52mais simplement du même service
- 2:54devenu plus cher
- 2:55si Wikipédia, un service gratuit
- 2:57était racheté par une entreprise qui ajoute de la publicité
- 3:00ça créerait de la valeur pour le pays où l'entreprise est établie
- 3:02et donc ça ferait grimper le PIB de ce pays
- 3:04pourtant on aurait simplement monétisé un service existant
- 3:08aucun bien au nouveau service n'aurait été créé
- 3:10ce serait même une perte nette
- 3:11car on passerait d'un savoir auparavant libre et accessible à tous
- 3:14à un site rempli de pub
- 3:16soumis à des logiques de rentabilité
- 3:17plutôt qu'à l'intérêt général
- 3:18c'est-à-dire, à notre intérêt à vous et moi
- 3:21Bref.
- 3:22plus de croissance
- 3:23ne signifie pas forcément qu'on est plus de bien
- 3:25ou de service
- 3:25dans le pays
- 3:27dans l'imaginaire collectif
- 3:28on associe souvent la croissance au progrès
- 3:30si on écoute certains médias ou politiciens
- 3:32tant que la courbe du PIB monte, tout va bien
- 3:34même si dans le même temps
- 3:35celle de la santé mentale, elle
- 3:37diminue, voir pique du nez
- 3:38parce que le progrès selon eux
- 3:40ça veut dire plus de richesse
- 3:42plus de technologie
- 3:43et donc par un raccourci un peu rapide
- 3:45ça voudrait dire plus de bien-être
- 3:47en prenant le temps de regarder ce qui fait la croissance
- 3:50on se rend vite compte que c'est loin d'être aussi simple
- 3:52par exemple
- 3:53si on installe plus de panneaux publicitaires dans nos villes
- 3:55les entreprises dépensent de l'argent pour les produire
- 3:57les transporter, les louer et les afficher
- 4:00donc mécaniquement ça augmente le PIB
- 4:02tout ça compte dans la courbe de la croissance
- 4:05mais est-ce que plus de pub dans nos rues, c'est du progrès ?
- 4:07et est-ce qu'on peut dire que ça rend nos vies plus agréables ?
- 4:09plus épanouies ?
- 4:12tout à fait
- 4:15sur le front de la marée noire
- 4:16toujours pas de bonnes nouvelles
- 4:18la pollution progresse vers le sud
- 4:20quand un super Tanker
- 4:21se met à déverser des litres de pétrole dans la mer
- 4:23il faut déployer des bateaux
- 4:24du matériel
- 4:25du personnel spécialisé
- 4:26parfois pendant des mois
- 4:27pour nettoyer la pollution des eaux
- 4:29et tout ça, ben ça fait tourner l'économie
- 4:31ça génère des factures, des salaires, de la production
- 4:34et donc ça fait grimper le PIB
- 4:37en conclusion, ce qui génère de la valeur économique
- 4:40n'est pas forcément
- 4:40bénéfique pour la société
- 4:42waouh surprise on s'en serait pas douté
- 4:44et c'est encore plus évident
- 4:45quand on prend l'exemple des fast-food
- 4:47si la population d'un pays se met à consommer moins de fast-food
- 4:50alors la santé publique va s'améliorer
- 4:52mais parce qu'on consomme moins de médicaments
- 4:53et qu'on a moins besoin d'intervention chirurgicale
- 4:56ben on dépense moins
- 4:57résultat: le PIB baisse
- 4:59alors même que la société va mieux
- 5:00d'un point de vue de la santé
- 5:02c'est le grand paradoxe
- 5:03notre principal indicateur économique
- 5:05peut baisser
- 5:06alors que notre qualité de vie s'améliore
- 5:09tout simplement parce que le PIB mesure des "flux économiques"
- 5:12pas le bien-être
- 5:13n'oublions pas que vendre des armes
- 5:14ben ça participe à la croissance du PIB
- 5:18bref.
- 5:19utiliser le PIB pour mesurer le bien-être
- 5:21c'est comme juger de la qualité d'un repas
- 5:23au nombre de calories
- 5:24ça donne un chiffre
- 5:25mais pas le goût
- 5:26dans le but de maintenir la croissance
- 5:27les pays européens
- 5:28ont adopté depuis les années 80', un tournant libéral
- 5:31moins d'impôts, moins de régulation
- 5:33et l'idée que les marchés
- 5:34laissées plus libre
- 5:35allait résoudre la plupart des problèmes économiques
- 5:37c'est-ce qu'on appelle
- 5:38le libéralisme
- 5:40dans ce contexte
- 5:40les États ont progressivement baissé l'impôt sur les sociétés
- 5:43dans l'espoir que les entreprises investiraient davantage
- 5:46créeraient plus d'emplois
- 5:47et que tout le monde en bénéficierait
- 5:49mais en pratique
- 5:50cette stratégie a surtout creusé les finances publiques
- 5:52les grandes entreprises
- 5:53mieux armées pour profiter de ce système
- 5:55s'en sont plutôt bien tirés
- 5:56les États, quant à eux,
- 5:57ont vu leur recette fiscale diminuer
- 5:59c'est-à-dire l'argent dont ils disposent
- 6:01pour financer les écoles
- 6:02les hopiteaux
- 6:02les transports
- 6:03ou encore, la justice
- 6:04pour compenser ce manque à gagner
- 6:06les Etats se sont alors tournés vers la dette
- 6:08ils ont emprunté massivement
- 6:09et quand cette dette est devenue trop importante
- 6:11surtout, après le coup supplémentaire porté par la crise de 2008
- 6:14ils ont appliqué, ce qu'on appelle,
- 6:16des poltiiques d'austérité
- 6:18concrètement l'austérité ça veut dire quoi ?
- 6:20ça veut dire des impôts qui grimpent pour certains
- 6:21et des coupes budgétaires dans les services publics
- 6:24moins de lit à l'hôpital
- 6:25moins de budget pour les écoles
- 6:26moins de soutien pour les plus fragiles
- 6:28moins de culture accessible, et cetera.
- 6:30parfois ça va encore plus loin des secteurs entiers
- 6:32des secteurs entiers comme la santé ou même la distribution de l'eau
- 6:34passent aux mains du privé
- 6:36autrement dit ce qui devait être un droit fondamental
- 6:38devient une marchandise
- 6:40à cela s'est ajouté un phénomène majeur
- 6:42l'évasion fiscale
- 6:43dans une économie mondialisée, une partie importante
- 6:46des bénéfices des grandes entreprises
- 6:48celles qui peuvent se permettre de mettre en place ces montages financiers
- 6:50ont été déplacées vers d'autres pays
- 6:51dans des juridictions à fiscalité très faible
- 6:53voire nulle
- 6:55ce transfert de capitaux
- 6:56aggrave encore plus la perte de ressources pour les États
- 6:58qui doivent pourtant répondre à des besoins sociaux
- 7:00croissants
- 7:01donc au final qui paye la facture
- 7:04pas tellement les grandes entreprises ou les multinationales
- 7:06qui peuvent utiliser les avocats, les fiscalistes
- 7:08ou les failles juridiques pour alléger leurs notes
- 7:10ceux qui payent le plus cher
- 7:11ce sont surtout les citoyens
- 7:12les petites entreprises et les services publics
- 7:14qui subissent plus directement les effets
- 7:16des réductions budgétaires et des réformes d'austérité
- 7:19selon une étude du New Economics Foundation
- 7:21les politiques d'austérité en Europe
- 7:23après la crise de 2008
- 7:24ont coûté à chaque citoyen, citoyenne
- 7:26environ €3.000 par an
- 7:28l'étude conclut également que les gouvernements européens
- 7:31auraient pu investir
- 7:32cinq-cent-trente-trois milliards d'euros supplémentaires
- 7:34dans les infrastructures
- 7:35si les mesures d'ostérité avaient été moins sévères
- 7:38imagine juste ce que cet argent aurait pu financer
- 7:41des logements isolés
- 7:42des solutions énergétiques plus écologiques
- 7:44plus de moyens pour des associations
- 7:45plus de personnel dans les hôpitaux
- 7:47en comparaison
- 7:48les grandes entreprises ont bénéficié d'allègement ou d'aide publique
- 7:51pour maintenir la hausse du PIB
- 7:52un vrai contraste
- 7:54résultat :
- 7:55pendant que les grandes entreprises voient leur facture fiscale fiscale s'allégée
- 7:58dans le but de préserver la croissance
- 7:59les citoyens continuent de payer la différence
- 8:02en gros, on a baissé l'addition de certains
- 8:04mais quelqu'un doit toujours payer la note
- 8:06c'est ainsi que notre protection sociale
- 8:07et nos solidarités collectives s'amenuisent
- 8:10pour servir les exigences d'un indicateur qui mesure
- 8:12l'activité l'activité économique
- 8:13mais pas la qualité de nos vies
- 8:15un autre problème et pas des moindres
- 8:16c'est que vouloir une croissance continue
- 8:18suppose de produire toujours plus de bien ou d'énergie
- 8:20pour alimenter cette machine à créer de la valeur
- 8:23la croissance
- 8:24repose en fait sur un modèle extractiviste
- 8:26pour produire plus
- 8:27il faut extraire toujours plus de ressources naturelles
- 8:30métaux rares, eau douce, énergie fossile et cetera
- 8:33mais notre planète n'est pas extensible
- 8:35contrairement au supermarché
- 8:37la terre ne se fait pas livrer tous les matins
- 8:39ses ressources sont limitées
- 8:40dans le calcul du PIB les dommages écologiques
- 8:42ne sont tout simplement pas comptabilisés
- 8:44une forêt rasée pour construire une autoroute
- 8:46fera augmenter le PIB
- 8:47mais la perte de biodiversité
- 8:49la destruction d'un écosystème
- 8:51l'appauvrissement du sol
- 8:52tout cela n'apparaît nulle part dans les indicateurs économiques
- 8:55c'est une richesse bien réelle qui disparaît
- 8:57mais qui reste invisible pour l'économie
- 9:00là où ça coince
- 9:01c'est qu'on sait que le rythme actuel d'exploitation des ressources est intenable
- 9:05même si on découvre
- 9:06encore ponctuellement de nouveaux gisements pétroliers
- 9:08le pic des découvertes
- 9:09a déjà été franchi depuis plusieurs décennies
- 9:11en fait depuis les années 60
- 9:13cela signifie que l'on extrait plus vite du pétrole
- 9:16que l'on ne découvre de nouvelles sources
- 9:17à terme, cela nous mène droit à la raréfaction
- 9:20voire à l'épuisement de certaines ressources clés pour notre économie
- 9:23pour d'autres matières premières
- 9:24le problème n'est pas tant leur disparition
- 9:26que la difficulté croissante à les extraire
- 9:28prenons le cuivre par exemple
- 9:30il est encore abondant
- 9:31mais les gisements riches se raréfient
- 9:33résultat, il faut creuser
- 9:34et traiter beaucoup plus de roches pour obtenir la même quantité de métal
- 9:37ça coûte plus d'énergie
- 9:38ça abîme davantage l'environnement
- 9:39et ça complique l'approvisionnement
- 9:41ironie de l'histoire : le cuivre est pourtant indispensable
- 9:44à la fameuse transition énergétique
- 9:45pour construire les réseaux électriques
- 9:47éoliennes, voitures électriques
- 9:49sans lui la croissance verte telle qu'on la vend
- 9:51n'est tout simplement pas possible
- 9:53dans ces conditions on le répétera jamais assez
- 9:55viser une croissance infinie dans un monde fini
- 9:58relève d'une contradiction logique
- 10:00et au-delà des ressources qu'on extrait
- 10:01il y a évidemment tout ce qu'on détruit en chemin
- 10:03vouloir maintenir une croissance permanente
- 10:05nous pousse à produire toujours plus
- 10:07à consommer toujours plus
- 10:08et donc à polluer toujours plus
- 10:10la biodiversité s'effondre à un rythme alarmant
- 10:12certains scientifiques parlent d'une 6e extinction de masse
- 10:15les populations mondiales de vertébrés
- 10:17Autrement dit, les oiseaux les poissons, les mammifères
- 10:19les amphibiens, les reptiles
- 10:21ont diminué de 73% en moyenne
- 10:23entre 1970 et 2020
- 10:2773%
- 10:28c'est quasiment trois-quarts des vertébrés en moins
- 10:31la disparition des insectes pollinisateurs
- 10:32et des oiseaux de campagne
- 10:34ou encore la destruction des habitats naturels
- 10:35ça ne représente pas juste des pertes écologiques
- 10:38ce sont des éléments vitaux pour notre survie
- 10:40pour la plupart d'entre nous
- 10:42habitué à vivre en ville, ça peut paraître abstrait
- 10:44mais une nature appauvrie ça donne entre autres
- 10:46une agriculture plus fragile
- 10:47des écosystèmes moins résilients
- 10:49ou encore un risque de pandémie plus probable
- 10:52tout ça dans l'indicateur de croissance
- 10:54ça ne compte pas
- 10:55et c'est bien là le problème
- 10:56ce qu'on perd ne vaut rien tant qu'on ne le vend pas
- 11:00si on prend un peu de recul
- 11:02pas juste quelques pas mais quelques siècles
- 11:04on peut se poser une question simple
- 11:05pourquoi au fond cherche-t-on à faire toujours plus
- 11:09plus de bien
- 11:10plus de service, plus de rendement, plus de vitesse
- 11:13parfois on dirait qu'on optimise la machine
- 11:15juste pour qu'elle continue à tourner
- 11:16sans qu'on sache vraiment si elle nous mène quelque part
- 11:20Nos sociétés n'ont jamais fonctionné dans le vide
- 11:22elles se sont toujours appuyées sur une vision du monde
- 11:24une sorte de boussole invisible
- 11:25qui dicte ce qu'on produit
- 11:27comment on vit, et ce qu'on considère comme normal
- 11:29au Moyen Âge par exemple
- 11:31cette bousole c'était la religion et l'ordre féodal
- 11:33et on lui pellera le Jean comme au baille du Limousin
- 11:37mais à cette époque
- 11:38l'économie n'était pas pensée comme un système devant croître sans limite
- 11:42l'idée qu'on devait produire toujours plus
- 11:44juste pour le principe
- 11:45n'existait pas
- 11:46on produisait pour vivre, pas pour accumuler
- 11:48alors bien sûr dans quelques villes marchandes
- 11:50ou chez quelques négociants
- 11:51on voit déjà apparaître les prémisses du capitalisme moderne
- 11:54mais ça reste marginal
- 11:55l'idée dominante, c'est la stabilité
- 11:57pas la croissance infinie
- 11:59même si l'histoire est le fruit d'une série de changements permanents
- 12:01on peut dire que le siècle des lumières
- 12:03marque le début de l'idée de progrès
- 12:05c'est à ce moment
- 12:06qu'on a commencé à croire que la science et la technique
- 12:08pouvait et devait faire avancer l'humanité
- 12:11le progrès devient une fin en soi, presque une mission
- 12:14Puis, avec la révolution industrielle
- 12:16cette vision s'est concrétisée
- 12:18produire plus, plus vite,à plus grande échelle
- 12:21est devenu l'horizon des sociétés modernes
- 12:23là où le Moyen Âge cherchait avant tout la stabilité
- 12:26le 19e siècle a misé sur l'expansion sans limite
- 12:29et ça révèle une chose importante
- 12:31l'économie n'a jamais été neutre
- 12:33elle reflète toujours une certaine vision du monde
- 12:35et aujourd'hui, la vision dominante repose sur une idée centrale
- 12:38la croissance du PIB serait synonyme de progrès
- 12:41le problème c'est qu'en confondant
- 12:42croissance et progrès
- 12:43on finit par oublier de se demander
- 12:45vers quoi on veut aller ?
- 12:46en fin de compte
- 12:47c'est comme si le PIB nous dit à quelle vitesse on court
- 12:49mais il ne dit rien sur la destination
- 12:51et courir plus vite dans la mauvaise direction
- 12:53ce n'est pas avancé...
- 12:55face à tous ces constats
- 12:56de nombreux chercheurs économistes
- 12:58philosophes et citoyens-citoyennes
- 13:00explorent depuis de nombreuses années d'autres chemins possibles
- 13:02c'est le cas de celui de la décroissance
- 13:04mot qui fait souvent peur
- 13:06parce que notre inconscient l'associe facilement au recul
- 13:08au manque, à la privation
- 13:10pourtant la décroissance ne signifie pas tout arrêter
- 13:12ou revenir à la bougie
- 13:13ce n'est pas simplement l'inverse de la croissance
- 13:15La décroissance, c'est avant tout une invitation à repenser nos priorités
- 13:19en produisant moins de bien inutile ou polluant
- 13:22on peut libérer du temps, de l'espace et de l'énergie
- 13:24pour ce qui compte vraiment
- 13:25l'idée ce n'est pas de freiner pour freiner
- 13:27c'est de ralentir là où l'accélération détruit
- 13:29détruit pour mieux vivre
- 13:31et évidemment
- 13:31dans les limites écologiques de la planète
- 13:35non alors faut-il renoncer à tout progrès
- 13:36bien sûr que non
- 13:37l'enjeu n'est pas de décroître n'importe comment
- 13:39mais de repenser ce qu'on met derrière le mot progrès
- 13:42aujourd'hui, on mesure le progrès d'un pays à la taille de son PIB
- 13:44et à ses innovations technologiques
- 13:46Mais si on changeait de boussole ?
- 13:47si on le mesurait à ce qui rend vraiment la vie meilleure ?
- 13:50par exemple, la santé mentale
- 13:52la qualité de nos liens sociaux, l'état des écosystèmes
- 13:55ou la vie
- 13:59en somme il s'agirait moins de produire toujours plus
- 14:01et davantage de prendre soin
- 14:03et si on change de boussole
- 14:04alors l'économie change aussi de rôle
- 14:06elle n'est plus un moteur qu'on alimente
- 14:07coûte que coûte
- 14:08mais un outil, au service des gens et du bien commun
- 14:11concrètement ça peut passer par plusieurs pistes
- 14:131ère piste : changer nos indicateurs
- 14:15le PIB ne dit rien de notre bien-être réel
- 14:17on pourrait plutôt regarder l'indice de progrès social
- 14:20il prend en compte
- 14:20des critères comme l'accès à l'eau potable
- 14:22la sécurité
- 14:23les droits humains
- 14:24la liberté d'expression ou encore la qualité de l'air
- 14:26et puis il y a l'expérience originale du Boutan
- 14:29un petit pays de l'Himalaya
- 14:31qui a choisi de ne pas faire de la croissance économique
- 14:32son objectif principal
- 14:34à la place il a élaboré un indicateur unique
- 14:37le bonheur national brut
- 14:39BNB
- 14:41L'idée est simple mais puissante
- 14:42Une politique publique ne devrait pas chercher à enrichir le pays
- 14:45mais à rendre la population plus heureuse et épanouie
- 14:48ces indicateurs ne sont pas parfaits
- 14:49mais au moins ils posent les bonnes questions
- 14:51qu'est-ce qu'on veut vraiment mesurer
- 14:53qu'est-ce qui est important pour voir si une société va dans la bonne direction ?
- 14:562e piste : remettre les biens communs au cœur de l'économie
- 14:59l'eau, la santé, l'éducation, le logement, les forêts
- 15:02ce ne sont pas des marchandises comme les autres
- 15:04ce sont des biens fondamentaux
- 15:05les protéger c'est assurer que tout le monde y ait accès
- 15:08peu importe ses revenus
- 15:09comme la montrer Elinor Ostrom
- 15:11prix Nobel d'économie
- 15:13ces biens fonctionnent mieux quand ils sont gérés collectivement
- 15:15que quand ils sont livrés aux logiques du marché
- 15:18donc oui ça veut dire arrêter certaines privatisation
- 15:20et au contraire
- 15:21renforcer tout ce qui garantit un accès équitable pour tous
- 15:243e piste : revoir notre fiscalité
- 15:27Aujourd'hui les grandes fortunes et les grandes entreprises peuvent
- 15:29peuvent contourner l'impôt grâce à l'optimisation ou à l'évasion fiscale
- 15:32pendant que les classes moyennes et populaires
- 15:34supportent l'essentiel
- 15:36repenser l'impôt
- 15:37c'est redonner à l'état
- 15:37les moyens d'agir pour le bien commun
- 15:404e : piste orienter l'investissement
- 15:42Chaque euro investit est un choix de société
- 15:44aujourd'hui une partie énorme de l'argent public
- 15:47continue de soutenir des activités qui détruisent la santé ou les écosystèmes
- 15:50à coup de subvention
- 15:51l'Europe continue de produire
- 15:53comme si nos ressources étaient infinies
- 15:55au contraire
- 15:55on pourrait faire le choix d'investir dans ce qui crée
- 15:57une vraie valeur collective
- 15:58par exemple une agriculture qui préserve les sols et la biodiversité
- 16:01des initiatives citoyennes prometteuses
- 16:04des systèmes de santé solides
- 16:05l'enjeu n'est pas juste d'investir plus
- 16:07dans ce qui nous fait du bien
- 16:09mais aussi, d'investir moins dans ce qui nous détruit
- 16:11Bref. Réorienter l'argent public là où il sert réellement l'intérêt commun
- 16:15et enfin 5e piste
- 16:16revaloriser certains métiers
- 16:18Pour faire progresser une société
- 16:19encore faut-il reconnaître la valeur de celles et ceux qui en prennent soin
- 16:22au quotidien
- 16:23Nos sociétés tiennent debout
- 16:24notamment grâce aux infirmières
- 16:26aux professeurs
- 16:26aux éducateurs
- 16:27aux travailleurs sociaux, aux aides à domicile
- 16:29aux agents d'entretien et à tant d'autres pourtant
- 16:32Pourtant, ces métiers du care
- 16:34un terme anglais qui désigne le travail de soin
- 16:36et de soutien aux autres en général
- 16:38sont souvent mal payés
- 16:39dévalorisés
- 16:40invisibles
- 16:41parce qu'il ne laisse pas de trace sur un graphique
- 16:44Mais sans eux, tout s'effondre
- 16:46Les revaloriser ce n'est pas juste mieux les rémunérer
- 16:48c'est aussi reconnaître ce paradoxe absurde
- 16:50les métiers qui prennent
- 16:51soin des gens sont souvent les moins considérés
- 16:52tandis que ceux qui servent surtout la productivité
- 16:55sont placés sur un pied d'estale
- 16:56revaloriser ces métiers
- 16:57c'est peut-être réapprendre à voir ce qui compte vraiment
- 17:00toutes ces pistes, bien sûr
- 17:01ne constituent pas une liste exhaustive de solutions
- 17:04pour régler tous les problèmes d'un coup
- 17:05mais ce sont des pistes sérieuses
- 17:07étudiées par les chercheurs et professionnels
- 17:09certaines ont été testées par des gouvernements
- 17:11mais elles sont trop souvent écartées par nos dirigeants
- 17:13sans même ouvrir le débat
- 17:16en réalité ce qu'il faut
- 17:17c'est avoir le courage de repenser nos priorités
- 17:19du courage pour reconnaître que les politiques économiques
- 17:21ne sont pas neutres ou techniques
- 17:23ce sont des choix de société
- 17:25et ces choix ne devraient jamais rester uniquement
- 17:27entre les mains de quelques experts ou politiciens
- 17:33après ce tour d'horizon
- 17:34nous pourrions simplement conclure
- 17:36que le dogme de la croissance est une illusion
- 17:38que nous avons confondu accumulation et progrès
- 17:40richesse financière et richesse humaine
- 17:44Cette cette conclusion se vaut
- 17:45Elle est simple mais pourtant si vraie
- 17:47Mais il est aussi important de dénoncer les problèmes
- 17:49que de proposer des solutions
- 17:50comme nous l'avons vu, il y en a plein
- 17:52des tas de gens réfléchissent déjà à l'économie de demain
- 17:54et au type de société qu'elle impliquerait
- 17:56mais il n'y a pas de plan tout fait ni de solution miracle
- 17:59déconstruire ce qu'est la croissance économique
- 18:01c'est ouvrir des questions fondamentales
- 18:02Qu'est-ce qui compte pour nous ?
- 18:04Qu'est-ce qui rend nos vies plus joyeuses ?
- 18:06Qu'est-ce que nous voulons vraiment valoriser ?
- 18:08Les réponses ne viendront pas d'un parti ou d'un plateau télé
- 18:10Elles émergent lentement entre les gens
- 18:12dans la manière dont on parle
- 18:13dont on s'écoute
- 18:14dont on imagine ensemble un autre futur
- 18:17On pourrait par exemple
- 18:17commencer par redéfinir le progrès en terme de bien-être
- 18:20de cohésion sociale
- 18:21d'équilibre écologique
- 18:22et de toutes ces choses qui font qu'une société
- 18:24progresse dans le bon sens du terme
- 18:26Alors oui, l'idée de la roissance peut garder un sens
- 18:29mais si on parle d'une autre croissance
- 18:30celle de la qualité de vie
- 18:32parce qu'une société qui va bien
- 18:33c'est une société où chacun a le temps
- 18:35et les moyens de prendre soin de soi
- 18:37de sa santé
- 18:38de ses proches
- 18:38et de son environnement
- 18:40moins de production, plus de relation
- 18:42moins de performance, plus de sens
- 18:45moins de croissance matérielle
- 18:46et plus de croissance humaine
- 18:48ça peut sembler ambitieux
- 18:49mais cette croissance-là est loin d'être irréaliste
- 18:51elle façonne un autre regard sur l'avenir
- 18:53plus pragmatique
- 18:54plus cohérent
- 18:55et surtout
- 18:56plus désirable
- 18:57réinventer l'économie n'est pas un rêve topique
- 18:59c'est une nécessité
- 19:00face aux urgences sociales et écologiques
- 19:02et sans doute...
- 19:03l'un des plus grand défi de notre génération
- 19:10donc voilà j'espère que vous avez aimé cette vidéo
- 19:11si c'est le cas
- 19:12hésitez pas à vous-abonner
- 19:13à mettre un like
- 19:14et surtout prenez soin de vous
- 4:12prenons un exemple encore plus parlant : une marée noire
- 13:55ou même le sentiment d'avoir du temps pour vivre
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This page contains the full transcript of Ce que la Croissance ne nous dit pas by Raphaël BRS, generated from the public captions YouTube serves with the video. The transcript has 3,905 words across 632 segments, with the original timestamps preserved so you can click any line to jump to that moment in the embedded player.
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